I. Ch. V
a. Ch. XLI. — Cf. Evang. Matth. 19, 10.
22 SAINT JEAN OHRYSOSTOME.
^Exhortation à Théodore vaut la peine qu'on ne la passe point sous silence, puisqu'elle est peutêtre le plus ancien écrit de Jean. Le Théodore auquel elle est adressée est-il le célèbre théologien qui fut plus tard évêque de Mopsueste, le plus remarquable avec Chrysostome des élèves de Diodore de Tarse, et qui finit par l'hérésie ? Cela est fort incertain. Quoi qu'il en soit, le Théodore que Jean réprimande, saisi du même enthousiasme que Jean, et la plupart des amis qui l'entouraient, s'était engagé dans la vie monastique. Il avait ensuite regretté assez vite sa rupture avec le siècle ; il pensait à y rentrer; il s'était laissé aller à un amour très vif pour une jeune fille, du nom d'Hermione. La lettre véhémente que Chrysostome lui écrivit pour lui faire honte de ce qu'il considérait comme une trahison et un sacrilège est pleine de beaux mouvements d'éloquence, ou d'anecdotes curieuses, très caractéristiques des mœurs du temps.
L'histoire du jeune Stagire, à qui Jean adressait vers la même époque un écrit qui n'est point, comme la lettre à Théodore, une remontrance, mais plutôt une consolation mêlée de conseils, n'a pas moins d'intérêt à cet égard. Né dans une grande famille, Stagire était entré dans un monastère à l'insu de son père, et avec la complicité de sa mère. Sa santé était faible, son esprit d'une assiette peu solide ; peutêtre était-il victime de quelque hérédité msKsaine. Dans la communauté où il s'était fait admettre, on le traitait avec les ménagements que demandait son
état ; on lui avait confié le soin du verger ; on ne l'astreignait pas à assister régulièrement aux oflSces nocturnes. Bien que la règle s'adoucit ainsi pour lui, répreuve de la vie ascétique lui fut trop dure. Une maladie soudaine se déclara, que Chrjsostome nous décrit, et qui consistait en de terribles accès, sortes de convulsions, suivies d'une prostration profonde, et accompagnées d'hallucinations violentes. Dans l'intervalle de ces crises , il restait en proie à une mélancolie invincible, et se sentait incessamment en proie à la tentation du suicide. Les contemporains, et Stagire avec eux, et Jean luimême avec Stagire, voyaient dans cet état tous les signes d'une possession démoniaque. Aussi Stagire avait-il surtout cherché, mais inutilement, un remède à son mal, en visitant les tombeaux des martyrs, ou en allant trouver les anachorètes les plus vénérés ; il n'avait pas obtenu le miracle qu'il espérait. Du long ouvrage en trois livres que lui adressa Clirysostome, deux presque en entier, le second et le troisième, ne sont guère remplis que d*une éaumération de malheurs analogues, destinés à montrer à Stagire que son cas n'est point exceptionnel comme il se l'imagine. Mais ailleurs Jean lui donne de fins ou touchants conseils, qui montrent déjà un maître dans la direction des âmes, et qui font songer parfois à Sénèque conversant avec Sérénus; il lui apprend comment il faut combattre les noires pensées qui l'assiègent : s'il n'y a point de remède au mal physique qui le tenaille, il en est
contre le découragement qui l'angoisse. Bien qu'il soit persuadé, comme Stagire lui-même, que cette humeur désolée est due à une action démoniaque, Jean essaie de faire sa part à l'esprit mauvais : « Le démon n'est point l'auteur de ce sombre chagrin ; mais ce chagrin vient en aide au démon, et te suggère toutes ces mauvaises pensées*. » C'est au contraire une suggestion bienfaisante que par tous les moyens Chrysostome essaie d'exercer sur Stagire : il veut lui inspirer la confiance et la force morale qu'elle donne.
Nous verrons plus tard avec quel soin scrupuleux , avec quelle observation pénétrante, avec quelle modération et quelle élévation à la fois Chrysostome a traité, principalement dans les homélies prononcées à Antioche, toutes les questions relatives au mariage. La situation des veuves, fort délicate d'ordinaire dans la société antique, le préoccupait tout particulièrement. Il l'a souvent dépeinte en couleurs fort sombres, soit qu'il rappelle les dangers qu'elles couraient, de la part de parents cupides, dans l'administration de leurs biens, soit qu'il signale le péril moral auquel elles sont exposées. Parfois il a tracé au contraire des peintures plus consolantes, comme dans ces belles pages du i^^ livre sur le Sacerdoce, où il a payé à sa mère le tribut de reconnaissance qu'il lui devait. Parmi les écrits que j'ai mentionnés plus haut, et où est