‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 14 sur 88 · I. Au début du IP litre.v · texte numérisé non relu

I. Au début du IP litre.v

examinée cette question du veuvage, j'indiquerai comme particulièrement attrayante la consolation qu'il adressa à la veuve du jeune Thérasius (Ilpèç

Le plus considérable de tous les écrits de cette première période, à la fin de laquelle d'ailleurs il est probable qu'il se place, c'est, je l'ai déjà dit, le traité sur le Sacerdoce. Ce long ouvrage, en six livres, est composé sous la forme du dialogue, — sans que d'ailleurs Jean cherche véritablement à rivaliser avec Platon ; c'est toujours le ton oratoire qu'il garde de préférence. Bien que le préambule, où l'auteur expose les événements auxquels il a été mêlé avec Basile et présente à son ami* l'apologie de sa conduite, soit fort développé, ce n'est néanmoins qu'une introduction, et le véritable but que Jean se propose est bien d'exposer, d'une façon didactique, et aussi complètement qu'il le pourra, les devoirs et les fonctions du prêtre ou de l'évêque. Nous sommes visiblement ici en présence d'une œuvre oii Chrysostome atteint son équilibre et sa maturité. Malgré la restriction que j'ai faite tout à l'heure en ce qui concerne l'art du dialogue, la composition est plus régulière qu'elle ne l'est d'ordinaire dans les traités de notre auteur, où l'on retrouve

I . Cette apologie est curieuse par Teffort que fait Chrysostome, suivant la trace de Platon dans un texte bien connu (Rép. III, p. 266), pour justifier certains mensonges qui ont un but honorable, ce qui, dit-il, n'est plus àTuàti) (tromperie), mais olxovofjifa (politique ou tactique).

sans cesse la liberté d'allure de Timprovisation oratoire; la langue est remarquablement pure, et le style a été revu de près. Pour le fond, ce qui surprend d'abord, c'est la fermeté de la pensée, la sûreté de l'observation, ou la divination avec laquelle Jean supplée à l'expérience qui lui manque encore. Qu'on n'oublie pas en eflFet que, pour tant qu'on cherche à placer la composition du traité plusieurs années après les événements qui en furent l'origine, il est en tout cas antérieur à l'époque où Chrysostome reçut la prêtrise, et ne peut guère être postérieur* à 38i. L'auteur n'a donc point encore l'expérience des hautes fonctions dont il traite. Mais il a d'abord l'idéal très élevé qu'il porte en lui-même ; il a ensuite les résultats d'une observation déjà étendue et très pénétrante. Il sait combien est difficile, en son temps, la tâche du véritable prêtre, d'autant plus exposé à se créer des ennemis qu'il a plus de vertus. Il semble avoir prévu dès lors les hostilités violentes ou les misérables intrigues avec lesquelles il devait se trouver aux prises, quand, sur le siège de Constantinople, il entreprit son œuvre réformatrice. Mille petits détails qu'il nous donne ainsi sur les rapports du clergé avec les fidèles sont confirmés parles exemples analogues que nous retrouvons en foule dans ses homélies postérieures*.

I. Jean fut ordonné prêtre, comme on Ta tu plus haut^ en 386.

a. Cf. par exemple De Sacerdodo III, 14 et Thomëlie sur rEp. ad Phil. 9.

La transformation qui s'opérait à cette date dans : âme de Chrysostome, et qui, le détachant peu à peu de Tascëtisme, le ramenait vers la vie active et ses devoirs, se révèle à nous quand nous le voyons comparer le moine non plus au roi, mais à Tévêque, et, sans aller jusqu'à déclarer inférieur le moine, proclamercependantqu'ilne surpasse pointl'évêque, ce père de famille dont la famille est à la fois si étendue et si indisciplinée, qui ne gouverne qu'une cité, et qui a pourtant plus de soucis que l'empereur même ; car il ne peut guère agir que par persuasion, et rarement par autorité*, a L'évêque doit connaître tout du monde, aussi bien que ceux qui vivent dans le commerce du monde, et pourtant son esprit doit rester libre, plus encore que celui du moine qui vit sur la montagne. Les austérités qui signalent le moine dépendent de la constitution du corps ; les vertus de l'évêque ont toutes leur siège dans l'âme, et peuvent se développer quel que soit l'état du corps, et dans toutes les circonstances extérieures. Si l'on admire celui qui vit dans la solitude et fuit tout rapport avec la foule, j'accorde bien volontiers qu'en effet c'est là une preuve de constance ; mais je ne puis concéder que la force de l'àme s'y démontre suffisamment; car celui qui, à l'intérieui* du port, se tient au gouvernail, n'a fourni encore aucune preuve véritable de son art; mais celui qui en pleine mer et pendant la tempête est capable de

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