‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 24 sur 88 · I. la £p. ad Ueb. 4i exorde · texte numérisé non relu

I. la £p. ad Ueb. 4i exorde

bS SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

Chrysoslome est par excellence Tapôtre de la charité, et c'est ce qui lui donnait tant d'admiration et d'amour pour saint Paul, dont il diffère beaucoup à d'autres égards. Parmi ceux qui se pressaient à l'église pour entendre sa parole, s'il ne négligeait personne, cependant sa prédilection allait surtout aux humbles et aux simples. Ses invectives contre la richesse sont si fortes, son zèle pour les pauvres est si passionné qu'on Ta présenté souvent, — bien à tort, — comme une sorte de tribun posant et discutant du haut de la chaire la question sociale. Mais avant d'examiner quel est le véritable sens des idées qu'il a exprimées, voyons d'un peu plus près quelle était la distance qui séparait alors les différentes classes de la société, ou du moins ce que lui-même nous apprend à ce sujet.

Au premier rang des familles riches d^Antioche, nous rencontrons l'aristocratie municipale, les membres du conseil ou sénat (^ouXt^), dont la haute situation avait du reste à cette époque ses charges très graves : liturgies considérables ou légations coûteuses à remplir, responsabilités de toute nature à supporter. A Antioche, comme partout ailleurs au IV** siècle, on cherchait donc plutôt à se dérober à cet honneur qu'à le briguer. Composé de 1 200 membres au commencement du siècle, fort diminué à l'époque de Julien, qui le compléta, le sénat paraît

n'avoir plus compté qu'une soixantaine de membres vers 386, et moins encore peu après la sédition de 387*. Mais les familles riches ne manquaient point en dehors de lui. La Syrie était avec l'Egypte celle des provinces orientales où le commerce et Tindustrie* étaient les plus actifs; les négociants syriens parcouraient le monde entier, et on les trouvait jusqu'en Gaule; saint Jérôme les appelle « les plus avides des hommes' ». Les fabriques de lin ou de pourpre à Béryte, à Byblos, Tyr, Laodicée, le commerce de la soie, qui se faisait surtout par leur entremise, alimentaient leurs fortunes. Sil'onenjuge par les frais qu'imposaient les liturgies, et sur lesquels Libanius nous donne certaines indications, ces fortunes devaient être extrêmement grandes. A Constantinople, oii résidait la cour, Jean fut naturellement témoin d'un luxe plus considérable encore.

Quelle était, à Antioche, la proportion respective des riches et des pauvres? D'après la "66® des homélies sur saint Matthieu, — cette série comprend quelques-unes de celles où il a traité le plus volontiers la question du luxe, — les riches et les pauvres auraient formé à peu près les uns comme les autres un dixième de la population ; les huit dixièmes restants auraient eu des ressources à peu près suffi san-

I. Voir deux discours de Libanius, le discours Tipbç t^v pouXi^v et le discours 6icép Tâv pouXâv.

3. Voir Mommsen^ Rœmische Geschichte, V, p. 465« 3. £p. i3o (à Dëmëtrias).

les. Témoignage intéressant, qui montre que les éléments d'une classe moyenne ne manquaient pas dans les cités du iv* siècle. Mais, sans que nous puissions lui emprunter de chiffres précis cette fois, Chrysostome nous donne partout l'impression que la distance était immense des riches aux petits bourgeois aisés.

Je ne citerai point ici les textes très nombreux où il nous décrit le luxe des grandes familles, et nous donne tant de détails si pittoresques sur les mœurs du temps. Je me bornerai à constater que tous nous conduisent à conclure que les patrimoines de ces familles étaient immenses, et que le luxe qu'elles déployaient restait à peu près aussi excessif qu'il l'avait été aux premiers siècles de l'empire. Le christianisme avait pu sans aucun doute réformer les mœurs d'un grand nombre de particuliers ; il n'avait pas encore réussi à transformer les mœurs publiques.

Quant au menu peuple, Chrysostome nous a donné parfois — moins pourtant que nous ne voudrions — quelques renseignements précis sur son existence précaire. Le plus souvent, il se borne à vanter les vertus de ces petites gens qu'il aime tant, cordonniers, forgerons, artisans de toute espèce *. Un jour cependant il nous apprend que, parmi ces travailleurs libres, les uns se nourrissaient et s'entretenaient eux-mêmes, les autres se louaient à des pa-

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