I. De Lazaro, I. In Matth. 35. In Ep. ad Ileb. ii
d'utîle, j'éteins la lune, je ferme le sein de la terre, je barre les lacs, les sources et les fleuves, je retiens les pluies annuelles ? Non, mais il fournit toujours ses dons avec la même largesse ; il les prodigue non seulement aux oisifs, mais même aux méchants *. » Admettons qu'il y eût, comme je Taî dit, quelque justesse dans certaines objections des auditeurs de Chrysostome. Chrysoslome ne l'ignorait sans doute pas, mais il savait aussi qu'à l'excès de l'égoïsme il fallait opposer l'intempérance de la charité.
On voit exactement, je pense, après toutes ces citations, quelle est la portée réelle de cette prédication. Evoquera propos de Chrysostome, comme il est arrivé qu'on l'a fait, le souvenir des Gracques et voir en lui une sorte de tribun, c'est à la fois une faute de goût et une erreur de jugement. Malgré certaines violences de langage parfois extrêmes, Chrysostome n'a rien de révolutionnaire, sauf une certaine tendance à l'utopie. Il ne veut en aucune façon autoriser le pauvre à revendiquer sa part des biens du riche; il veut convertir le riche à la pratique dé la charité, et cela tout autant dans l'intérêt du riche que dans celui du pauvre. Qu'on se rappelle cette parole que je citais tout à l'heure : «La charité a un double but : elle doit profiter autant à celui qui l'exerce qu'à celui qui la reçoit. » Quel est donc l'idéal que Chrysostome présente à ses auditeurs ? Ce n'est pas le bien-être pour tous, c'est la pauvreté