‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 35 sur 88 · I. In £p. ad Pleb · texte numérisé non relu

I. In £p. ad Pleb

monastère ? C'est ce qui, à certaines heures du moins, ne paraissait pas tout à fait à Jean une chimère; c'était, en tout cas, le rêve dont son esprit se nourrissait, où son cœur alimentait sa flamme, où son caractère puisait la force nécessaire pour poursuivre sans découragement la grande œuvre une fois entreprise. — Utopie, assurément ; mais utopie de paix et d'amour, de sacrifice et de pauvreté.

Ce qui montrerait encore, — s'il était besoin d'y insister davantage, — combien Chrysostome est éloigné de l'esprit révolutionnaire, c'est le relevé que Ton peut faire des textes où il a parlé de l'esclavage. Comme tous ses contemporains, Chrysostpme a quelque peine à imaginer que l'esclavage puisse être supprimé. Certes, il ne l'approuve pas, mais il le tolère, se préoccupant à peu près uniquement de l'amé* liorer.

Avant d'examinerquels conseils il donne aux maîtres et aux esclaves en vue de leurs relations mutuelles, recherchons cependant les tendances un peu contradictoires que laissent apercevoir certains de ses développements sur le fond de la question. A diverses reprises, nous le voyons se demander quelle est Forigine de l'institution de l'esclavage, et il nous apprend en même temps que ses auditeurs aussi se le

demandaient volontiers*. Il cherche d'abord une solution dans rÉcriture, et le texte de la Genèse (aS): « Maudit soit le fils de Chanaan, qu'il soit le serviteur de ses frères », qui la lui fournit aisément, est certainement une des causes qui Font empêché de se prononcer plus nettement. Mais d'autre part ce vif sentiment de l'égalité entre les hommes* qu'il a puisé aussi dans FEcriture, son instinct humain et généreux, l'influence aussi, dans quelque mesure, de certaines idées venues de la philosophie antique, le poussent souvent à laisser de côté l'exégèse, et à soutenir que la cupidité seule et l'avarice ont permis l'établissement de l'esclavage et en expliquent le maintien. Il remarque, en effet, que même après le pcché originel les premiers hommes, Abel, Seth, Noé ont vécu sans le connaître'. Bref, la servitude n'est pas naturelle^] elle est d'institution humaine; ce sont nos vices qui l'ont créée. Aussi pourrait-on la supprimer, et une fois au moins, par exception, Clirysostome s'est avancé jusqu'à l'extrême limite du préjuge régnant ; serrant la question de très près, il a examiné s'il n'y aurait pas un moyen pratique d'abolir l'esclavage, ou tout au moins de le restreindre. Les riches ont des milliers d'esclaves, et com-

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