‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 40 sur 88 · I. In Ep. II, ad Thess · texte numérisé non relu

I. In Ep. II, ad Thess

transFormadon assez profonde que le temps et la fréquentation d'un milieu nouveau avaient sans doute opérée en lui ; mais sur beaucoup d'autres et dans Tensemble nous saisirons de nouveau le lien qui unit les périodes différentes de sa carrière, et donne son harmonie à sa vie.

Sur un point, dis-je, Chrysostome n'est pas sans avoir modifié assez sensiblement ses idées. On se souvient du ton passionné qui distingue une de ses premières œuvres, le traité de la Virginité, et de la sévérité avec laquelle il jugeait alors le mariage. Après avoir reçu la prêtrise, et quand Texercice de son ministère, la direction journalière des fidèles lui eurent donné plus d'expérience, Jean ne changea rien d'essentiel sans doute à sa thèse, mais il ne l'exprima plus avec la même rudesse. Quand il prêchait devant son auditoire, presque uniquement composé de gens mariés, il se gardait désormais de déprécier le mariage ; il en voyait mieux la valeur relative qu'il avait déjà signalée d'ailleurs, même dans le traité de la Virginité. « Le mariage est bon parce qu'il retient Thomme dans le devoir et Téloigne de la fornication. » Il ne faisait plus le tableau des ménages désunis en ayant Tair d'insinuer que tel est le lot commun à tous ; s'il le retraçait encore, c'était pour en inspirer l'horreur à ses fidèles, et les provoquer à la concorde, à l'affection mutuelle. Et il leur présentait en constraste cette belle peinture de la famille chrétienne qui termine sa 38® homélie sur la Genèse. Quand il reprenait à son compte,

sans se souvenir du chapitre 25 de son traité*, l'exemple d'Abraham que lui opposaient alors ses contradicteurs, quand il trouvait bon que la mère des Macchabées eût été mariée, puisqu'elle a donné le jour à des héros*, quand il célébrait l'union admirable d'Aquilas et de Priscille', quand il rappelait que Pierre fut marié, et affirmait sur son saliit que l'état de mariage ne nuit en rien à la vie chrétienne*, il n'était plus tout à fait celui qui avait écrit : « Puisque l'union conjugale nous ôte la libre disposition de nous-mêmes, qui ne se révolterait contre une loi aussi tyrannique*? »

Venons maintenant aux recommandations précises que fait Chrysostome afin d'assurer une bonne organisation de la famille. Puisque le mariage a d'abord pour but, d'après lui, de réfréner la concupiscence, il conseillera aux jeunes gens de se marier le plus tôt possible, et il s'appliquera sans cesse à réfuter les raisonnements égoïstes qui rendent la plupart des unions si tardives*. Aux parents de chercher, l'heure venue, la fiancée qui convient à leur fils, et d'habituer celui-ci de bonne heure à souhaiter qu'elle soit non pas tant riche, que douée de vertus. Dans le traité de la Virginité déjà"^, il avait très sévère-

Page 1