I. In Math, il, Ib. 62. De libelle repudii, etc
étaient difficiles à convertir sur ce point. Et non seulement à Constantinople, mais peut-être plus encore à Ântioche, dans cette ville de plaisir d*où Rome faisait venir une bonne part de ses joueuses de flûte et de ses courtisanes, les fautes contre les mœurs ne comptaient guère. Jean nous a cité certaines anecdotes caractéristiques, certains exemples curieux. Indiquons-en un, celui de la famille de ce malheureux Stngire, à qui il adressa la consolation que nous avons analysée. Le père, homme de haute naissance, et de grande fortune, avait abandonné sa femme légitime, et vivait publiquement avec une maîtresse dont il avait plusieurs enfants^ Si Jean ne fait pas, quand il prêche, des personnalités aussi précises, il ressort de toutes ses homélies que le cas était loin d*ètre rare, et que le mal était grand.
En même temps que Chrysostome établit ainsi la stricte égalité de Tépoux et de l'épouse, il s'attache, avec infiniment de bon sens, à assigner à chacun d'eux son rôle propre : « Dieu n'a pas tout permis indistinctement à l'homme et à la femme; il leur a partagé la tâche. A la femme la maison, à l'homme l'agora. A l'homme de nourrir les siens par le travail de la terre ; à la femme de les vêtir par le tissage*. » Puis il montre cohiment l'ordre règne dans une famille où chacun des deux époux remplit exactement sa fonction ; comment la femme, quand
T. AStagire, liv. II.
'a. In £p. ad Cor. 34*
elle s'en tîenl à la sienne, n'en prend que plus d'influence peu à peu sur le mari, et peut insensiblement Ta méliorer*. II enseigne d'autre part, avec une très grande finesse de moraliste, comment le mari peut agir sur la femme, si elle est un peu coquette^ un peu dépensière, la corriger en louant en elle, pour les faire naître ou les faire croître, les qualités mêmes qui lui font défaut, ou dont elle n'a que le germe*. Ce n'est pas seulement sur le mari que la femme peut avoir une heureuse influence ; à elle revient surtout un des plus essentiels devoirs : la première éducation des enfants. Jean lui-même, privé de son père, avait été élevé par Anthusa ; il est donc naturel qu'il compte beaucoup sur les mères. Il ne semble pas au contraire faire grand fonds sur les pères, soit qu'il pense que leurs occupations les absorbent trop, et qu'ils se déchargent volontiers de leur responsabilité sur un pédagogue, soit qu'il s'imagine que, plus préoccupés des nécessités de la vie, ils sont tentés de sacrifier quelque peu l'éducation religieuse à l'enseignement profane. Elever leurs jeunes enfants, imprimer dans leurs âmes encore molles toutes les bonnes habitudes, c'est là le privilège des mères, privilège tellement important que Jean regarde les liens de la famille comme formés moins par la communauté du sang que par l'accomplissement exact
I. « Les conseils sont d'ordinaire désagréables; seuls ceux que donne la femme ont une séduction qui n'appartient qu'à eux, à cause de l'amour qu'elle inspire. » In Joannem 6i«
a. In Ep. ad Ëph. ao.
84 SAINT JEAN CHRYSOSTOMB.
des devoirs mutuels. « C'est l'œuvre de la divine Providence, qu'elle n*a pas laissé les enfants privé» d'un sentiment naturel d'affection envers leurs pa-^ rents, et, d'autre part, qu'elle n'a pas fait reposer uniquement la famille sur ce sentiment ^ » Et saint Paul a loué la mère non de mettre au monde ses en* fantSy mais de les élever*.
Tai déjà dit, en parlant de la jeunesse de Chryso» storoe lui-même, qu'il avait reçu l'éducation classique la plus soignée, mais que plus tard il avait gardé peu de reconnaissance à ses anciens maîtres'. Il n'a point conservé du temps où il se laissait enchanter par la rhétorique ce souvenir lumineux que laissa chez Grégoire deNazianze le séjour à Athènes; il ne s'est jamais préoccupé, comme l'a fait saint Basile, de déterminer en quelle mesure l'étude des auteurs profanes pourrait être introduite dans l'éducation chrétienne* Ne cherchons donc pas chez lui des renseignement» sur cet ordre de questions. Nous le verrons au contraire sans cesse préoccupé de Téducation morale. Réformer profondément la famille, assainir et purifier le foyer, obtenir, commeQuintilien le demandait déjà^ et comme Juvénal l'a réclamé dans un des plus beaux vers qu'il ait écrits, qu'aucun mauvais exemple ne vienne corrompre l'enfant, qu'il n'entende même pa» une parole inconvenante, persuader au pcre et à la
I . In Annam ï. — a. In Tim, 5, 10. — 3. Nulle part il ne se nomme Libanius, et quand il fait allusion à lui, c'est avec une parfaite indifférence. — M. Noegele (Byzantinische Zeitschriftf t. XIII) ne parait pas avoir vu que je ne nie pas. l'influence exercée sur Ghrysostome par les modèles classiques (cf. p. 190 et 192); mais j'ai voulu dire, et je maintiens qu'elle a été purement formelle.
mère non seulement de s'observer eux-mêmes avec soin mais de surveiller autour d'eux leurs serviteurs ; voilà sa pensée de tous les instants : a Souvent, nous recommandons à la servante qui a besoin d'une lampe de ne pas la porter dans une pièce où se trouve de la paille ou quelque autre matière inflammable, de peur qu'à notre insu une étincelle ne vienne à y tomber, et, se communiquant à cette matière, ne mette le feu à la maison. Ayons donc la même prévoyance quand il s'agit de nos enfants; et ne laissons pas leur regard pénétrer là où se trouvent des servantes efirontées, des filles provocantes, des esclaves impudents ; mais donnons-leur des ordres sévères, et prenons garde, si nous avons quelque servante, quelque voisine de cette espèce, ou si, enfin, de quelque façon que ce soit, ce danger est près de nous, qu'ils ne puissent ni par la vue, ni par les conversations y être exposés, de peur que ce ne soit là l'étiacelle qui embrase l'âme tout entière et rend la chute inévitable. Éloignons-les aussi des paroles libres et indécentes, de peur qu'elles ne les séduisent comme par un charme magique. Ne les menons ni au théâtre, ni dans les banquets où l'on s'enivre ; mais gardons les jeunes gens avec plus de soin encore que les jeunes filles qui ne sortent pas du gynécée, car il n'y a pas de plus belle parure pour cet âge que la couronne de la tempérance, et la gloire de se présenter au mariage pur de tout désordre *. »