I. In PriscllI., et Aq
a. Contre Timocrate.
}. In Genesim 6.
reste les spectacles sont réglés par la loi, présidés par les magistrats ; Tempereur et la cour y assistent. Voilà les raisonnements ironiques qu'entendait sans cesse Ghrysostome. . . . Il ne répondait pas sur le même ton ; ii n*est aucun autre sujet au contraire à propos duquel il s'échauffe plus vite et se passionne plus fort. Il fait voir que la fréquentation du théâtre à deux conséquences inévitables : l'ennui et la débauche. On passe quelques heures dans un monde idéal, plus beau que nature, et quand on rentre chez soi, on souffre d'un ennui sans cause apparente. Votre maison trop simple vous déplaît parce que vous avez dans Tesprit les splendeurs de la mise en scène; votre femme vous déplaît parce qu'elle est moins belle et moins parée que Tactrice ou la danseuse que vous venez d'applau« dir ; et vous faites retomber votre mauvaise humeur sur tous ceux qui vous entourent'. Vous rapportez du spectacle des images obscènes qui restent en votre âme, qui aiguillonnent vos sens, et mieux vaudrait que vous eussiez encore réellement devant vous Tactrice ou la courtisane ; votre femme aurait vite fait de la chasser, tandis qu'elle ne peut rien contre l'obsédant souvenir que vous dissimulez. Comme ses auditeurs protestaient, l'accusaient d'exagération, affir* maient qu'ils allaient au théâtre sans mauvaise intention, et en sortaient sans mauvaise pensée, Jean tantôt leur faisait quelques concessions : a Soit, j'admets que
I. Je résume la partie essentielle de rhomélie sur le» spectacles prêchëe par Jean en 399.
vous-mêmes vous sortiez du théâtre sans avoîr éprouvé aucune concupiscence; j'admets que vous ayez assez d'empire sur vous-mêmes pourn'avoir rien à craindre . Mais pouvez-vous répondre du prochain? et, si vous ne le pouvez, n'êtes vous pas toujours très coupables de favoriser ce qui cause la perte de tant d'âmes...*? » Tantôt au contraire il les poussait dans leurs derniers retranchements. Voici un de ses mouvements oratoires les plus hardis. Il commence par décrire, avec un réalisme qui rappelle plutôt le ton de la satire que celui de l'éloquence sacrée, la toilette impudique des actrices, et tout leur manège de courtisanes. Puis brusquemment il s'interrompt, il s'écrie : « N'avezvous rien ressenti pendant que je parlais ? — Oh ! ne rougissez pas, et n'ayez point de honte, car c'est la nécessité de la nature qui l'exige. Mais si, en m'écoutantici, à l'église, moi prêtre, vous n'avez pu rester maîtres de vous-mêmes, qu'est-ce donc au théâtre ? Oserez-vous encore dire que vous y restez froids comme marbre*? »
On le voit, Jean, comme il était naturel, a réservé pour le théâtre ses plus fortes invectives. Ce n'est pas cependant qu'il épargnât les jeux du cirque. En les condamnant, il se conformait d'abord à cette ancienne tradition de l'Église, qui proscrivait tous les spectacles comme entachés d'idolâtrie ; cette tradition avait peu à peu créé une sorte de préjugé qui durait encore,