‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 62 sur 88 · I. In Annam · texte numérisé non relu

I. In Annam

a. De prophetarum obscurîtate, %,

par des mesures effectives quand il fut revêtu du pouvoir épiscopal à Constantinople. Qu'on ne l'oublie pas, pour expliquer Timportance qu'il y attachait : c'est à Antioche, sous Févêque Léonce, que l'usage de l'antiphone (chant alterné de deux chœurs) s'était ajouté à celui du psaume à répons. Fia vien et Diodore avaient ensuite adopté avec enthousiasme cette non velle psalmodie, que saint Ambroise introduisit en Occident*.

La prière en commun suppose l'assiduité a l'église, et Tattention à l'office ; l'une et l'autre, en Syrie et à Constantinople, étaient fort imparfaites. Aux grands jours de Pâques et de Pentecôte, les églises regorgeaient de monde ; il était de mode de s'y montrer, et d'y venir en grande toilette. En temps ordinaire, l'assistance était peu nombreuse, et surtout composée de petites gens*. Qu'il y eût beaucoup de monde ou peu, le public syrien était fort distrait et assez peu respectueux. Le diacre, qui parcourait les rangs, et jouait à peu près le rôle que nous attribuons au Suisse, ne se lassait pas de répéter : Attention ! (Qpéa^aijjiev); mais on bavardait sans cesse : « Quelle honte ! quand on vous donne lecture des rescrits impériaux, vous n'oseriez souffler mot ni faire le moindre mouvement; vous savez qu'à la moindre imprudence vous seriez taxés de lèse-majesté. Et vous ne craignez pas de commettre un crime pire, de courir un danger plus

I. Voir Duchesne, Origines du culte chrétien, p. io8. a. In Ep. II, ad Thess. 3, etc.

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grave, en mancguant de respecta la parole divine*.* On venait À l'église causer avec ses amis, comme dans les boutiques de I>arbiers; on s'y donnait rendez-vous pourtraiteruneaffaire; on s'y trouvait,au moment des grandes chaleurs, plus commodément qu'à l'agora. Tout était prétexte à distraction. Un jour, Chrysostome entend un léger murmure et voit les regards se détourner de lui pendant qu'il prêche : c'est qu'on allume les lampes*. On se bousculait pour avoir les premières places, afin de mieux entendre la voix nnpeufaible du prédicateur; même désordre quand on se présentait à la distribution de l'Eucharistie. Les deux sexes étaient séparés par une balustrade de bois, qui n'était pas inutile et que Chrysostome trouvait même insuflisante : « Il faudrait un mur entre vous et les femmes ; maïs au moins nos pères, puisque vous ne voudriez pas du mur, ont établi cette balustrade. Car j'ai ouï dire- aux vieillards qu'à l'origine elle n'existait pas. On disait alors qu'en Jésus-Christ il n'y a pas de distinction de sexes, etautempsdesApàtres, hommes et femmes étaient confondus* ». Enfin on mettait une hâte indécente à quitter l'église; Jean se résignait encore, quoique avec peine, à voir partir ceux des auditeurs qui trouvaient le sermon fatigant; mais il s'indignait qu'on ne voulût pas rester jusqu'au bout de la lituT"

. la Act. Ap. aç). Id Ep. 1 ad

gîe, qui était alors, il est vrai, assez longue. Il défendait de partir avant que les prières lussent termi- ^ nées ; il y en avait cependant que le prêtre était réduit à dire à peu près seul. C^était une grande peine pour Jean qui eût souhaité non seulement qu'on ne s'en allât pas trop tôt, mais encore qu'on demeurât quelque temps, une fois l'office terminé, pour mé» diter* et se recueillir.

Telle est en son ensemble, cette admirable prédication de Chrysostome. Admirable d'abord par son ampleur, car tout y est prévu, tout y est examiné, tout y est réglé; peu de discussions théologiques sans doute, et un enseignement dogmatique extrêmement simple; mais au contraire pas un point important de la conduite morale ou de la pratique religieuse qui soit négligé; pour tous les moments de l'existence du chrétien, pour tous ses actes, l'orateur donne, avec justesse, le bon conseil . Il connaît avec une merveilleuse sûreté, fruit d'une observation très attentive et d'un pouvoir de divination incomparable, toutes les questions qui préoccupent ses auditeurs, toutes les faiblesses dont ils sont coutumiers ; il ne sait pas moins comment on peut les toucher, s'ouvrir accès dans leurs âmes, gagner leur confiance et leur imposer son autorité. C'est un manuel complet de la vie chrétienne que le recueil de ses homélies, et lui-même nous apparaît comme un des meilleurs directeurs de conscience qui aient été, directeur non

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de quelques âmes d'élite, mais, ce qui est plus re» marquable encore, d'une grande cité tout entière, sans que son influence, pour s'étendre et se répandre davantage, devienne moins prenante et moins directe.

Non moins admirable est cette prédication par quelques autres qualités tout à fait rares. D'abord^ et j'y ai insisté assez pour n'y revenir que d'un mot, par le zèle, l'activité, l'ardente flamme de charité qui le dévore, Jean est véritablement un apôtre» Comme il a aimé ses fidèles ! Avec quelle joie il s'est dévoué k eux ! Quels que soient les obstacles qu'il rencontre, si exigeantes que soient ses ambitions, et si maigres que soient les résultats qu'il constate, jamais il ne se refroidit, jamais il ne se décourage! Avec une continuité dansFeffort non moins merveilleuse que cette inépuisable fécondité qui permet à son talent de se renouveler sans cesse, il conduit sans une hésitation, sans une faiblesse, cette entreprise générale de réforme des mœurs, dont il a si vite compris la nécessité, et qui s'agrandit sans cesse devant lui, à mesure qu'il y travaille. Et par un contraste surprenant, autant l'âme de Jean déborde de cette passion sans laquelle nul ne peut rien entreprendre de grand, autant elle est brûlante et agitée, autant, — tout au moins pendant les belles années d'Antioche, — son esprit reste mesuré et maître de lui-même. Sa passion ne l'emporte point alors, si imprévus et si tumultueux en apparence que soient les mouvements d'éloquence qu^elle lui inspire ; il

la gouverne à son gré, il sait tantôt la ménagèf, tantôt lui lâcher les rênes, selon les nécessités du moment. Et dans toutes les questions souvent si délicates qu'il soulève, la solution qu'il donne est tou jours mûrement réfléchie, éloignée de tout excès Qu'on ne se laisse pas tromper parla véhémence d^ langage, sur la modération réelle des idées. Les deus premières nécessités auxquelles doit se plier le pré» dicateur sont de se répéter souvent, et de demander beaucoup pour obtenir quelque chose. Il faut faire deux parts dans la prédication de Jean. On n';^ voit d'abord que Tidéal très élevé qu'il présente à ses auditeurs, qu'il espère faire accepter par une élite, auquel lui-même cherche à se conformer et qu'il est toujours beau de présenter aux es* prits, même si la plupart doivent le trouver trop éloigné et inaccessible. Qu'on lise attentivement chacune de ses homélies, on reconnaîtra bientôt aisément quelles sont les exigences effectives que Jean impose à la moyenne des fidèles. On verra combien, soucieux ainsi qu'il l'était de ne pas travailler en vain, de ne prononcer que des sermons efficaces, il sait proportionner ce qu'il demande aux forces de ceux qui l'écoutent. Je l'ai montré en exposant quelle intimité l'unit toujours à son auditoire, «t avec quelle attention il s'informait de l'impression qu'avait produite sa parole, pour se surveiller toujours, se corriger au besoin. Jean ne vit pas en rêveur, se nournssant, dans sa pensée solitaire, d'un idéal stérile; il vit en pleine réalité, au milieu de

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ses frères, les interrogeant, les invitant à venir k lui, à lui ouvrir leur cœur, et il n'est pas une de ses homélies qui ne soit sortie spontanément de ce commerce familier, affectueux, qu'il entretient avec eux. Il y a donc, en ce même homme, dont Tàme sait concilier des éléments en apparence contradictoires, à la fois un zèle impétueux qui l'emporte jusqu'à l'utopie, et un sens pratique très sûr qui le ramène bientôt au réel. Qu'on prenne, entre toutes les questions qu'il a traitées du haut de la chaire, celle qui le passionne le plus : la question des riches. Certes c'est une utopie de vouloir ressusciter dans l'Anlioche du iv* siècle la primitive Église de Jérusalem ; mais que de sagesse au contraire, et combien efficace, dans ces innombrables conseils par lesquels Jean enseigne à ses fidèles les menues pratiques de la charité, de l'hospitalité, de l'aumône !

Et de même que Chrysostome, si nous le considérons en cette époque de sa pleine maturité, a l'âme assez vaste pour qu'elle contienne ces deux qualités opposées et remplisse l'entre-deux, de même, si nous le suivons de nouveau, de période en période, nous ne pourrons nier qu'il se transformait, mais naturellement, et avec harmonie, dans le sens d'un perfectionnement et d'un véritable développement. Revoyons-le tel qu'il était quand il menait la vie monastique, ou même quand, revenu récemment de la solitude, il écrivait ses premiers traités. En cette première ferveur, il semblait qu'il eût renoncé pour toujours au monde, qu'il ne pût satisfaire à ses aspira-

lions que par l'ascétisme, et qu'il fît peu de cas de ceux qui, restés dans le siècle, essayaient cepen* dant d'y mener une conduite conforme à l'Évan-» gile. Mais il rentre à Anlioche, reçoit les ordres, s^abandonne de nouveau à Tinfluence de cet évêque Mélèce, qui semble avoir été si modéré et si sage. Il apprend à connaître de nouveaux devoirs; il se rend compte que tout n'est point dans ces luttes contre soi-même et dans ces austérités de l'ascétisme, qui lui paraîtront d'ailleurs toujours utiles pour tremper les caractères, et auxquelles il souhaitera seulement désormais qu'on ne se borne pas ; il voit d'un autre œil ce relâchement des mœurs et cette grossièreté générale des croyances qui l'avaient d'abord indigné au point de lui faire fuir le siècle ; maintenant il sent qu'il y a mieux à faire que de s'en indigner, puisqu'on peut les corriger. A l'ascète succède l'apôtre. Certes il ne renonce pas à cet idéal de vie sainte et pure qui l'avait attiré dans les montagnes syriennes et l'y avait longtemps retenu ; il n'y renonce ni pour lui ni pour les autres. Mais pour lui-même il l'é* largit et y ajoute l'activité sociale, ou, pour employer une expression plus chrétienne, la charité; pour les antres, il le rend plus accessible, acceptant le ma* riage, acceptant la vie dans le siècle, résigné à se contenter, pour la plupart de ceux qui Técoutent, de quelques progrès, si petits qu'ils soient, mais leur proposant cependant comme le modèle vers lequel ils doivent tous tendre, la vie monastique, seule conforme à l'Évangile. Par un curieux sophisme, ses

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fidèles s'autorisaient souvent de l'eiemple même des moines pour excuser leurs faiblesses. Il n'aurait pas fallules pousser beaucoup pour leur faire avouer qu'il y avait et devait y avoir deus morales ; l'une pour les solitaires et le clergé, l'autre pour les simples chrétiens. Mais Jean leur rappelait au coutraîre qu'il n'y a qu'uu Évangile, et qu'il faut l'appliquer partout. Si l'on veut être sincère, qu'on le reconnaisse : on doit mener dans les villes même la vie monastique, c est-h-dire la vie évangélique ; car elle n'est pas autre chose. On doit être sobre comme les moines; on doit prier comme les moines; on doit travailler comme eus. «Tous les préceptes delal^î nous sont communs avec les moines, un seul excepté, le célibat'. ■

Ainsi, ce n'est plus dans les déserts de Nitrie, dans les grottes du Liban ou du Taurus, parmi les anachorètes ou les cénobites, que Jean place désormais son rêve ; mais il ne l'a point abaissé ; il Ta fait plus ambitieux au contraire. Ce qu'il voudrait réaliser, c'est, à Antioche ou à Constantinople, la véritable cité clirétienne, peuplée de fidèles entièrement soumis à la loi nouvelle, accomplissant sans réserve les préceptes de l'Évangile, vrais moines eu un mot dans le siècle, et semblables en tout aux plus sévères des ascètes, le mariage excepté, nX'^v Toiî

I. In nr.-iiili., 7, et rilus tard dans les méniei termes, in Ep. ad Hebr., ;.

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