CAMPAGNES. LA LUTTE CONTRE LES HERESIES
l'oeuvre de CONVERSION DES GOTHS.
Le 27 septembre 897, Nectaire, évêque de Constantinople, mourut. Le premier siège de la chrétienté, après celui de Rome, devenait vacant. Le renom de Chrysostome avait depuis longtemps dépassé les bornes de la Syrie. Chose singulière, ce fut un personnage peu intéressant, Teunuque Eutrope, alors tout-puissant auprès d'Arcadius, qui fut le promoteur de sa candidature ; désigné ainsi au peuple et au clergé, Jean fut élu^, bien que lui-même ne se fut
I. Cette dernière partie de la yie de Jean nous est connue surtout par Palladius, et par celles des homélies prononcées
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pas mis en avant. Son élection dut déconcerter bien des intrigues^ et être amère à plus d*un candidat, avoué ou non. Nous savons en tout cas qu'elle surprit désagréablement Tévêque le plus influent alors de toutTorient, Théophile d*Alexaudriey qui avait pensé à obtenir le siège vacant pour une de ses créatures. Toutefois, quand Tévénement fut accompli, Théophile, qui était un habilepolitique, feignit de l'accepter de bon cœur; ce fut lui qui, le 26 février 398, consacra Chrysostome.
Quels étaient les sentiments de celui-ci ? Gardait-il toujours cette humilité, cette répugnance pour les hautes charges, qui, vingt-cinq ans plus tôt, l'avaient poussé à se dérober à Tépiscopat par la fuite ? Nous avons vu que lui-même n'avait rien fait pour être élu ; bien plus, il fallut l'enlever d'Antioche par surprise, et le conduire de force à Constantinople. Est-il sûr, cependant, qu'une fois le sacrifice consommé il n'ait pas éprouvé involontairement une secrète joie ? Assurément il resta inaccessible à tout sentiment de vanité ou d'amour-propre. Mais put-il se voir sans émotion revêtu d'une puissance qui allait enfin lui permettre de tenter l'application totale de ses idées? Jusqu'alors, il n'avait exercé d'action quepar la parole, et, si grande qu'eût été son influence sur l'évêque Flavien, à Antioche iln'avaitpu librement seconsacrer àson entreprisede correction desmœursqu'aumoyen
à Consuntinople qui sont d*importanta documents historiques. Ajoutons j quelques textes de Socrate ou Sozomène que nous citerons en leur lieu.
de la prédication. Il lai devenait possible maintenant de réaliser maints projets dont le plan avait sans doute été conçu par lui depuis longtemps, et il voyait le champ de son action s^étendre : il ne devait plus se borner à Tamélioration de son troupeau ; il pouvait travailler aussi à réformer le clergé lui-même, tâche qui, dès l'époque où il écrivait le traité du Sacerdoce, ne lui paraissait pas moins essentielle . La promptitude avec laquelle il se mit à l'œuvre, cette sorte de fièvre qui le fit s'engager, dès les premiers mois de son administra tion,dans un si grandnombre d'entreprises diflSciles et très diverses, tout cela montre aisément que, s'ils' étaitdérobélongtempsauxhonneurs, il n'enétait pasmoinsprêtà exercer le pouvoir qu'ils donnent, et que dès longtemps il avait non seulement réfléchi aux devoirs généraux de l'épiscopat, tels qu'il les a si bien analysés dans son traité, mais, d'une façon plus précise, déterminé dans son esprit les réformes urgentes.
C'est donc avec joie sans doute et avec une gêné* reuse confiance, qu'au lendemain de son intronisation il prit possession de sa charge. Et, cependant, quelles désillusions l'attendaient, dont certaines pouvaient être prévues ! Qui sait si lui-même ne les avait pas pressenties? Non seulement en quittant Antioche, il abandonnait son véritable milieu, où tout l'aidait, le favorisait dans son œuvre, et dans le milieu nouveau qu'il allait trouver à Constantinople il devait fatalement être aux prises avec des difficultés nouvelles^ très considérables, mais encore il échangeait ainsi la
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tache pourlaquelle il était aaturellemeat fait : Tévangélisation, le ministère de la parole, pour une autre à laquelle son caractère était moins prqpre. Pendant ces belles années si calmes de sa prêtrise, alors qu'il n^avait d^autres armes que son éloquence et sa charité, les énergies de son âme s'étaient surtout employées en dévouement et en tendresse, et cette passion si véhémente qui Tanimait s'était usée sans danger en beaux mouvements oratoires. Ainsi nous sont toujours apparues, à travers ses phrases les plus ardentes, la justesse et la modération de sa pensée. Mais à Constantinople il allait se heurter à des résistances plus redoutables ; il allait en même temps posséder un pouvoir réel pour les briser. Dès qu'il sentira qu'il y réussit mal, il faut reconnaître qu'i. s'emportera parfois à l'excès et se laissera aigrir; il perdra quelque chose de ce bel équilibre qu'il avait su garder jusqu'alors. Il avait d'admirables qualités d'homme d'action : car quoi déplus précieux que son ardeur généreuse et confiante! Il lui manquait l'empire sur lui-même, le sang-froid et l'habileté du politique; nous nous en apercevrons bientôt ; mais, s'il les avait eus, eût-il été Chrvsostome?
Nous dirons peu de chose de sa prédication à Constantinople, y ayant déjà fait quelques allusions dans notre précédent chapitre, et nous nous bornerons à marquerquelquespoints qui la distinguent de sa prédication à Antioche. A Constantinople, qu'on ne s'y trompe pas, la communauté catholique était moins ^ombreuse relativement qu'à Antio-
clie*. On n'en était plus au temps où Théodose, pour introniser saint Grégoire de Nazianze, avait dû faire appel au concours de la force armée, et les Ariens n^étaient plus les maîtres. Mais une bonne partie de la population était encore à reconquérir. Parmi les fidèles, Jean trouva, auprès des humbles, au moins autant d'attachement qu'on lui en avait donné à Antioche; de la part des riches, une hostilité plus marquée. Trop d'affaires l'absorbèrent, pendant la plus grande partie de son épicopat, pour qu'il pût prêcher avec la même régularité qu'en Syrie. Toutefois il y eut encore des périodes, où il prêcha deux fois la semaine ; ainsi quand il commenta le Psautier'. Mais, en d'autres temps, il ne parvenait pas à prêcher plus d^une fois par mois, parfois même le mois se passait sans qu'il parût à l'ambon'. Le plus souvent, c'était à la Grande Église qu'il parlait : elle était située sur la place principale, au centre de la ville, près du palais du sénat et du palais impérial. C'était parfois aussi à l'Église de la Résurrection (Anastasie), où saint Grégoire de Nazianze avait commencé à prêcher, devant un petit nombre de fidèles, alors que toutes les autres églises de la ville étaient aux mains des Ariens. C'était encore à Sainte-Irène, ou dans quelque chapelle aux champs. Les homélies^ qui