I. Palladius, Dialogue
3. C'était un sénateur de Tarse, qui n'était pas encore baptisé quand on pensa à le faire éTêque.
fermer sa porte aux oisifs et aux hommes du monde ; de faire cesser l'habitude de ces banquets luxueux qui avaient valu à Nectaire une grande popularité. L'opinion publique lui en sut mauvais gré ; on se scandalisa de cet évêque a qui mangeait seul » ; on alla répétant qu'il menait une « vie de Cyclope* ». Il ne se borna pas. à mettre de Tordre dans le palais épiscopal ; il regarda autour de lui ; il s'aperçut qu^un certain nombre d'ecclésiastiques adroits, et peu scrupuleux, avaient pris de l'autorité sur une très riche veuve, Olympias, aussi généreuse que riche, et l'exploitaient ; il sut très vite substituer son influence à la leur, il habitua Olympias à bien administrer ses largesses, et à leur faire produire le maximum d'utilité véritable. Le cas n'était pas isolé, s'il était plus caractéristique que d'autres ; Chryso« stome a donné une foisà tout le monde, du haut de la chaire, les mêmes avis qu'il faisait entendre discrète* ment à Olympias : a Quand un des chefs de l'Église vit dans l'abondance, ne lui donnez pas, même s'il est un homme pieux; mais préférez-lui celui qui a soif, ne fût-il pas distingué de même par sa piété. C*est ce que veut le Christ, quand il dit : si vous donnez un repas du matin ou un repas du soir, n'invitez pas vos amis ni vos frères, mais les boiteux, les paralytiques, les aveugles, qui ne peuvent vous le rendre (Saint-Luc, i4) ; car ce n'est pas au hasard que nous devons dispenser ces bienfaits, mais il faut les distri-
I» Ct. Palladius, ib»
bueràceux qui ont faim, à ceux qui ont soif, à ceux qui sont nus. Le Seigneur ne dit pas seulement : on m*a donné à manger, mais en même temps :
j'avais fiaiim; il dit en effet (Matth., 25, 35) : J'ai eu faim, et on m'a fait manger. Si donc, d'une façon générale, nous devons donner à manger à celui qui a faim, nous le devons surtout quand celui-là est en même temps un homme pieux. Si au contraire, il s'agit d'un homme pieux, mais qui n'a pas de besoins, ne lui donnez pas ; car cela ne serait pas utile, et le Christ ne l'a pas commandé. Que dis-je? Celui qui vit dans l'abondance et accepte des dons, celui-là n'est pas un homme pieux ^ • On s'imagine assez aisément quelle Impression devaient faire de telles paroles et de tels actes sur ces membres d'un clergé relâché que visait Chr^sostome. Il ne trouvait pas moins à redire à l'existence de beaucoup de moines de Constantinople. Nous verrons bientôt comment, dans les derniers temps de sa vie, il s'appliquait de plus en plus à provoquer l'activité des moines, et à les détourner du strict ascétisme vers des tâches fécondes. Il fut scandalisé du nombre de ceux qui vivaient dans la capitale comme des paresseux et des mendiants. Parmi eux au moins autant que parmi les ecclésiastiques se recrutaient ces parasites qui faisaient le ^iège de la fortune d'Olympias.
Le clergé de Constantinople ne comptait pas seulement dans ses rangs certains membres trop cupides
. I. In £p. ad Phil. ii.
et égoïstes; il était atteint d'un mal plus grave, le plus dangereux de tous : la pureté des mœurs y était parfois compromise. Depuis longtemps, et ailleurs que dans la capitale, TEglise combattait cette coutume périlleuse : la cohabitation d'ecclésiastiques et de vierges qui, tout en prétendant observer la continence, revendiquaient le droit de vivre ensemble, soit que les clercs prétendissent avoir besoin des femmes pour l'entretien de leur ménage, soit que les vierges allégassent qu'elles ne pouvaient se passer des clercs pour l'administration de leurs biens. Nous savons que dès l'époque de Cyprien pareils abus étaient constatés en Afrique, et le grand docteur les a condamnés avec une extrême sévérité dans sa lettre à Pomponius *. A Antioche il y avait eu de bonne heure aussi des cas analogues : le plus célèbre est celui du fameux évêque hérétique, Paul de Samosate, dont les mœurs ont été fort critiquées par ses adversaires*. Le concile de Nicée avait défendu aux ecclésiastiques de cohabiter avec d'autres femmes que leurs sœurs, mères ou tantes. Mais le Canon fui mal observé, et celles qu'on appelait les Suneisactes' ou les Agapètes subsistèrent. Jean voyait là, comme tous les esprits sages, un grand danger, qui menaçait de ruiner insensiblement le céHbat des prêtres. Toute sa vie il l'a combattu. Et nous voyons déjà
I. Ep. 3. (éd. Ilartel). — 2. Eusèbe, H. E, VII, 10. — 3. 2vve(<raxToi, en latin SubintroductsB ; subintroduites ; Agapètes, ou sœurs spirituelles. Voir l'étude d'Achelis : Virgules suhintroductœ, Hinrichs, 1902.
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qu'il le signale dans une des homélies sur saint Mathieu \ qui datent d^Antioche. A G)nstantinople il prit pour le réformer des mesures très énergiques. On est donc tenté de penser que les deux traités, que nous avons de lui sur ce sujet, remarquables par leur véhémence, et une franchise de langage et d'analyse peut-être encore plus grandes que dans les homélies, ont été composés lorsqu'il était évéque. On ne peut d'ailleurs démontrer avec une entière certitude qu'ils sont bien de ce temps. Ils sont intitulés l'un : Contre ceux qui introduisent chez eux des vier^ geSy et l'autre : Contre les vierges consacrées à Dieu qui cohabitent avec des hommes^ et envisagent ainsi, — avec la même sévérité, — les deux cas possibles. Beaucoup de celles mêmes, qui, parmi les vierges consacrées au Seigneur, avaient des mœurs irréprochables, ne paraissaient pas cependant à Chryso* stome être à l'abri de toute critique. Il trouvait évidemment qu'elles avaient beaucoup trop de tendance à la coquetterie, et il les réprimandait avec esprit, comme fait saint Jérôme dans certaines Lettres. On ne sait trop à quelle date, et où furent prononcées les homélies su* la i^ Epître à Timothée, dont la 8® contient sur ce thème une page curieuse : a II peut y avoir dans une toilette simple assez de recherche pour qu'elle surpasse une toilette riche..., on peut choisir dans les étoffes sombres une nuance particulière ; on peut mettre de l'art à bien arranger sa cein-