I. La l'y
Il ■ lu 11^ II.
SON ÉLÉVATION A L'ÉPISGOPAT. 127
ture, et il est des vierges qui s'y montrent aussi expertes que des actrices; qui savent éviter qu'elle ne soit lâche sur Je côte, ou trop serrée au contraire, et se gardent habilement de l'un ou Tautre excès. Elles combinent des plis harmonieux, et tout cela a plus de séduction que des vêtements de soie. Ainsi encore, les chaussures ont beau être noires; qu'importe, si ce noir est d'un beau luisant, si la forme est élégante, la pointe fine, le talon bas?. . . Qu'importe aussi qu'on ne se farde pas, si l'on se lave avec le plus grand soin, si l'on porte un voile d'une blancheur plus éclatante encore que le visage, et au-dessus de €e voile, pour le faire habilement ressortir, un bandeau noir? Que dire des mouvements des yeux, de la démarche, des^ gestes?... Mais, disent certaines, je ne pense pas à mal ; je n'ai pas de coquetterie ; je fais cela tout naturellement et sans y penser ; aussi on n'honore plus les vierges, on les raille, et c'est leur faute » . Ces paroles ont peut-être été prononcées à Antioche, mais nous savons par Palladius que Jean, à Constantinople, se montra très sévère contre les vierges trop mondaines, et que ce fut une des causes de la haine qu'il souleva dans certains milieux.
Par la sévérité de ses avis et de ses règlements, il mécontenta autant les veuves que les vierges, quand elles restaient dans le veuvage non pour renoncer à la vie du siècle, mais au contraire pour la mener avec plus de liberté et d'agrément; il eût alors encore préféré les voir contracter un second mariage.
128 SAINT JEAN CHRTSOSTOME.
Il en avait connu de telles au début de sa carrière, et les avait décrites dans sa Contolation à la veuve de Thérasius; il eo rencontra de pareilles encore, à la fin, et se fit parmi elles trois implacables ennemies, Marsa, Gistricia, Eugrapbia, qui travaillèrent à le perdre de concert avec l'impératrice. Il est vrai qu'il trouva aussi parmi ces veuves d'élite où l'Eglise recrutait ses diaconesses, des dévouements inaltérables; et c'est à elles, avant de quitter Constantinopie pour son second exil, qu'il adressa ses suprêmes conseils et ses derniers adieux.
En même temps qu'il corrigeait ainsi les mœurs de son clergé *, Jean travaillait à réformer l'administration des biens de l'Église. Dés l'époque ob il écrivait le traité du Sacerdoce, il insistait sur cette tâche difficile ; c'était, depuis que les communautés étaient riches, une des principales qui incombaient à l'évéque, devenu une sorte d'économe. Il ne manqua pas d'appliquer ses idées quand il le put. Toutes les dépenses de luxe ob s'était complu Nectaire, nous avons vu que d'un trait de plume il les supprima. Il alla plus loin. Très frappé sans doute par l'exemple, remarquable que Basile avait donné à Césarée, il voulut organiser l'assistance publique à Conslantinople, où presque tout était à faire. Il voulut tout de suite instituer les hdpîtaux ou les maisons de re-
t. AjoutODt ennare, aux motir>, qui, «elon PalladïuB, indisposèrent beaucoup de prîtres contre lui, la centatiTe pour organiser, ï l'usage des hommes, des prières nocturnes dans les Églises.
traite qui faisaient défaut ^ On lui reprocha plus tard d'avoir aliéné une partie des biens de T Église à cet effet. Nous sommes trop éloignés des évéïxements aujourd'hui et trop mal informés pour savoir s'il y eut réellement dans la conduite de Jean, en ces affaires, quelque imprudence généreuse. Soyons sûrs, en tout cas, que si Chrysostome avait véritablement appauvri pour quelque temps la communauté qu'il administrait (et d'abord ce n'était pas sans un résultat utile), il n'eût pas été embarrassé, si on lui en eût donné le temps, pour lui procurer de nouvellesressources.
Nous avons vu que Jean s'était étonné, en arrivant à Constantinople, de voir que la communauté catholique y était moins nombreuse qu'il ne s'y attendait. Nous avons vu aussi que, dés la période de sa prêtrise, il donnait à ses fidèles d'adroits conseils pour convertir les païens ; mais évidemment, en Syrie, il se préoccupait plutôt de réformer la société chrétienne que d'organiser une active propagande en dehors d'elle. A Constantinople, il engagea au contraire de grandes entreprises d'apostolat et de con*. version.
Tout d'abord, si les campagnes syriennes, au moins dans le voisinage d'Antioche, contenaient déjà, semble-t-il, à peu près une aussi forte proportion dechrétiens que la ville, il n'en était pas de même au-
I. Palladius, Dialogue 5, nous apprend qu'il créa plusieurs^ i établissements de ce genre, et les fournit d'un nombreux-
personnel de médecins, surveillants et infirmiers.
130 SAINT JEAN GHRYSOSTOME.
tour de Constantinople; et, en tout cas, les prêtres étaient rares en dehors des villes et fort ignorants ; les fidèles, parmi les pauvres colons, dans les vastes domaines des riches, étaient privés de presque toute instruction religieuse. Jean, qui était si sensible à toutes les misères des humbles, fut touché de ce délaissement. Ah! s'il avait eu plus de loisir, comme il aurait aimé à évangéliser les paysans*. Mais il avait trop à faire dans la ville ; se tournant alors vers les grands propriétaires, il leur disait : « Vous créez des bains et des marchés à la campagne, vous y introduisez ainsi les mœurs amollies des cités; vous corrompez les paysans, et la conséquence fatale est qu'ils deviennent indisciplinés. Ainsi, dans votre vaine recherche d'une popularité fugitive, vous allez directement contre vos propres intérêts. Essayez plutôt d'amener les paysans à la foi chrétienne, s'ils sont encore païens ; à la pratique des vertus chrétiennes» s'ils sont déjà des nôtres. Mais comment les corrigerez-vous s'ils continuent à voir votre négligence à l'endroit de leurs âmes? Élevez donc des églises à la place des bains. Que personne n'ait une terre sans église. Ne dites pas qu'il y en a une dans quelque bourg voisin : il faut qu'elle soit sur votre domaine même. Fournissez en même temps la somme nécessaire à l'entretien d'un prêtre, d'un diacre, de toute la hiérarchie indispensable. Dotez comme votre fille cette église, qui sera votre fille en vérité. Si
!• In Ep. ad Col., g.
Tempereur vous demandait de lui bâtir une maison pour le loger, ne fiàt-ce qu*un seul jour, vous vous empresseriez d'obéir. Ne faites pas moins pour Dieu. Vous trouvez que c'est une dépense trop considérable ? Commencez par une construction modeste : votre héritier l'augmentera* ».
Constantinople avait été longtemps une des forteresses de l'arianisme ; les Ariens y régnaient encore en maîtres quand saint Grégoire de Nazianze y débuta. Mais le très orthodoxe Théodose les avait dépossédés des églises, et ils étaient obligés depuis lors d'aller tenir leurs réunions hors des murs. D'ailleurs ih étaient nombreux encore^ et ne voulaient pas se laisser oublier. Ils se donnaient rendez-vous, les dimanches et jours de fêtes, sous les portiques, dans certaines places de la ville, d'où ils partaient en procession, chantant leurs hymnes. Chrysostome voyait là comme un défi, et, à ces processions ariennes, il répondit en instituant, aux mêmes heures et aux mêmes lieux, des processions catholiques où l'on chantait des psaumes, et où l'on portait de magnifiques croix d'argent ornées de cierges ; il était alors très bien en cour, et c'était un eunuque de l'impératrice, nommé Brison, qui organisait ces cérémonies et marchait à leur tête. La rencontre entre les deuit troupes rivales était inévitable, et Chrysostome devait bien le prévoir : elle se produisit, des pierres furent échangées, des rixes s'engagèrent ; Brison fut blessé.
I, In Act. Ap., i8.
A la suite de ce scandale, Arcadius frappa d'interdiction les processions arien nés ^
A côté des Ariens, il y avait à Constantinople une communauté de Cathares, c'est-à-dire de Novatiens. La discipline, plutôt que le dogme, les séparait de rÉglise. Ils n'admettaient pas que celui qui, après le baptême, était retombé dans un péché capital, pût recevoir Tabsolution ; ils Texcluaient, ne lui laissant d'espoir de pardon qu'après la mort, et ne reconnaissant qu'à Dieu le pouvoir de l'absoudre. Les Novatiens avaient pour évèque Sisinnius, homme d'esprit, homme du monde, qui, si nous en croyons l'historien Socrate, peut-être quelque peu partial en sa faveur, était fort bien en cour et avait beaucoup de crédit auprès des grands. Jean, avec son esprit si juste et son cœur si tendre, ne pouvait avoir que répugnance pour une secte hautaine, raide, inhumaine. Nous avons vu déjà comment il s'était toujours montré disposé à rendre la pénitence accessible, et nul plus que lui n'a été bienveillant au repentir. Raillant là prétention des Cathares à une perfection qui n'est pas de ce monde, il disait, dans une des premières homélies qu'il prononça à Constantinople* : « Celui qui parcourut la terre et la mer comme s'il avait eu des ailes, celui qui gagna au Christ tant de nations, celui à qui furent révélées les profondeurs de la sagesse divine, celui qui fut