I. Socrate, H. E. IV
a, 6" Hom. inédite de Montfaucon,
SON ÉLÉVATION A L'ÉPISGOPAT. 135
transporte au troisième ciel, a-t-il jamais osé parler ainsi de lui-même? Non; tout au contraire; il se traite d'avorton (I. Cor, i5, 8), de dernier des Apô-^ très ; il ne se juge pas même digne du nom d'Apôtre. Quelle est donc cette assurance? cette prétention? cette folie? Tu es un homme, et tu t'appelles pur. Absurdité ! Si tu te dis pur, c'est comme si tu disais que la mer est pure de vagues. Mais comme la mer n'est jamais sans vagues, ainsi nous ne sommes jamais^ sans péché. Mille passions ont troublé l'âme, mille incommodités, mille maladies du corps, une infinie souillure des choses terrestres, et tu oses dire que dans cette mer tu restes pur de tous ces flots ! Et que parlé-je de la vie tout entière? Réponds-moi r quelqu'un peut-il dire d'un seul de ses jours, qu'il fut pur? » Le sujet lui tenait tellement à cœur, qu'il ne se contenait plus quand il le traitait. Or Sisinnius était un homni^ froid, incapable de comprendre les transports de l'âme de Chrysostome, ami des chicanes et éplucheur de syllabes. Isolant du contexte un des cris passionnés de Jean, il lui reprocha d'avoir dit, en faisant, à son ordinaire, le panégyrique de la pénitence : « Même si tu as déjà fait mille fois pénitence, reviens cependant ici», et il composa à ce propos un livre de violente polémique contre lui. Mais il avait mal compris son rival ; Chrysostome ne provoquait personne à pécher; comme l'a si bien dit Néander, « il était impitoyable pour le péché, plein de miséricorde pour le pécheur », çt n'est-ce pas là le christianisme?
Tant qu^il resta en Syrie, Chrysostome connaissait mal les Barbares; il apprit à les connaitre à Constantinople. Depuis la défaite de Yalens surtout, ils étaient restés nombreux dans la ville et aux environs ; peu à peu ils envahissaient Tempire, et les moins dangereux n^étaientpas toujours ceur qui s'y introduisaient pacifiquement, à titre d'auxiliaires ; ils avaient fini, dans la capitale et aux alentours, par former une partie considérable de la population : c'étaient sur-, tout des Goths, et la plupart étaient convertis à l'arianisme. Un des projets que forma le plus vile Chrysostome, après son intronisation, fut de les gagner à l'orthodoxie. Il envoya, sur les côtes de la mer Noire, où ils étaient en grand nombre, des missionnaires, choisis surtout parmi les moines, et il conçut le plan plus original et plus difficile de recruter les éléments d'un clergé national, parlant la langue gothique, au sein de la petite communauté barbare qu'il avait réussi à former dans la ville même. Combien est curieuse, parmi les homélies que Montfaucon a le premier publiées, la huitième où Jean nous raconte une cérémonie qu'il organisa pour faire éclater aux yeux de tous l'importance de cette œuvre ! C'était la i*^ ou la 2® année de son épiscopat. Il convoqua ses fidèles dans une des principales églises de Constantinople, celle de saint Paul, et devant eux il fit célébrer l'office par un prêtre goth, qui prêcha ensuite dans sa langue. Et prenant la parole à son tour, il exprime. le saint orgueil que lui donnent ses nouvelles conquêtes. Il voudrait que les païens aussi
fussent là, pour constater que les Barbares à leur tour se convertissent. Leurs philosophes n'ont jamais réussi à convertir personne, et voilà que le Christ, après avoir soumis à sa loi le monde romain tout entier, pousse plus loin son triomphe, et qu'il conquiert des peuples dont Platon n'avait jamais même soupçonné l'existence. Quant aux Juifs, qu'ils rougissent de se laisser dépasser par une crue nouvelle de Gentils, et, pour achever de leur faire honte en même temps que pour consacrer par des exemples bibliques ou évangéliques,Ia noblesse des nouveaux convertis, l'orateur invoque Abraham, un barbare lui aussi, et il rappelle le souvenir des Mages. — Dès lors, la communauté gothique ne fut jamais perdue de vue par Jean. Pendant son exil, même à Gueuse d'où il ne devait pas revenir, il songeait à donner un successeur à l'évêque catholique goth qui venait de mourir.
Ainsi réforme de la maison épiscopale, réforme générale du clergé, organisation de la charité ecclésiastique et, à cet effet, création d'hôpitaux, évangélisation des campagnes, polémique contre les hérésies arienne ou novatienne, évangélisation des Goths, telles furent les multiples entreprises que dès les deux premières années de son épiscopat Chrysostome osa engager. Qu'on se rappelle maintenant qu'il continua, dans la mesure où il le put, sa prédication coutumière, et que c'est à la même époque qu'il a prêché avec le plus de véhémence, contre le luxe et la richesse, ou contre les spectacles, et l'on se rendra compte de l'émotion que dut produire, dans une ville
mondaine, accoutumée au gouvernement indiQorcnt de Nectaire, tant d*activité et tant d*audace; on comprendra les dévouements passionnés que Chrysostome sut conquérir ; on comprendra aussi les haines qui commencèrent à couver sourdement, et que nous verrons bientôt éclater.