‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 69 sur 88 · MINEURE · texte numérisé non relu

MINEURE

La chute d'Eutrope ne mit pas fin aux menées de Gainas, qui d'exigence en exigence passa bientôt à la révolte ouverte. Il commença, après avoir conclu définitivement une entente avec ce Tribigîlde qu'il avait eu d'abord mission de combattre, par réclamer qu'on lui livrât trois autres personnages importants: le consul Âurélien, Saturnin et un certain Jean. Il était alors campé tout proche de Constantinople, sur l'autre rive de la Propontide, à Chalcédoine (Scutari). Ârcadius était comme toujours incapable de prendre une résolution. Âurélien et ses deux compagnons se sacrifièrent, et, de leur propre mouve« ment, allèrent se livrer à Gainas. Chrysostome, qui semble avoir entretenu de bonnes relations avec Aurélien, et qui redoutait vivement que le chef goth, un Arien, ne poussât trop loin ses avantages, s'offrit alors pour tenter une médiation et se rendit au camp

barbare. Il obtint que Gainas se déclarât satisfait si Aurélien, Saturnin et Jean étaient bannis. Arcadius eut une entrevue avec le chef rebelle dans une chapelle voisine de Constantinople, et lui accorda le commandement supérieur de son armée. Pendant tout ce temps, oùTintervention de Chrysostome fut très active, il ne put prêcher, et il s*en explique dans la première homélie qu'il prononça, aussitôt la paix conclue ; il y fait fréquemment allusion à ces événements récents et développe une fois de plus ces lieux communs sur Tinconstance du sort, qui lui étaient si familiers.

Une des raisons qui expliquent l'activité qu'il mit à servir de négociateur entre Gainas et l'empereur est bien vraisemblablement qu'il redoutait que la puissance ne passât aux mains d'un chef arien, entouré, jusque dans son camp, d'un clergé arien nombreux et instruit. Il n'avait pas tort de craindre, car à peine Gainas eut-il contraint l'empereur à composer avec lui, qu'il réclama pour ses coreligionnaires une église à l'intérieur de la capitale. Rien ne pouvait faire plus d'impression sur Chrysostome, dont on se rappelle la conduite récente dans l'affaire des processions ariennes; il risquait non seulement de perdre le terrain gagné, mais de voir la situation respective des deux partis en revenir presque au point où elle était avant Théodose. Il eut une nouvelle entrevue avec le Goth, et réussit à le convaincre de ne pas maintenir sa demande. Après de nouvelles complications au courant desquelles Cons-

tantinople fat menacée d'un assaut et d*un pillage. Gainas se retira en Thrace, etréyéque et ses fidèles respirèrent.

C'est peu de temps après que Chrysostome reprit le cours régulier de sa prédication, et prononça (en* core en 4oo ou au commencement de 4oi) une importante série de sermons sur les Actes des Apôtres. Il y fait souvent allusion aux dangers qu'on venait de traverser, et y développe volontiers ce thème : que si les catastrophes produisent un grand effet sur nos &mes, lorsqu'elles sont imminentes ou présen* tes, rien n'est plus vite oublié, et nous retombons le lendemain dans notre indifférence et nos vices coutumiers*.

Cette même année 4oo, où les circonstances imposèrent à Jean un rôle politique considérable, le vit aussi étendre hors de son propre diocèse son ac« tivité réformatrice. L'archevêque de Constantin nople avait fini par acquérir une sorte de suzeraineté sur les provinces même du Pont, de la Cappadoce et de TAsie. Sous la présidence de Chrysostome, un synode, où figuraient des évéques d'Asie à côté d'évèques de Thrace, s'ouvrit à Byzance au mois de mai 4^0. Un des évéques présents, Eusèbe, de Valentinopolis, y déposa une plainte contre Antonin, métropolitain d'Ëphèse, contre lequel il relevait six griefs pour la plupart fort graves. Ne rete-

I. Par exemple dans la 49* homélie, dont j'ai parlé déjà dans le liTre précédent.

nons que le dernier, qui avait un caractère plus général et impliquait dans la plainte un certain nombre d'autres personnes ; comme Antonin mourut bieur tôt après, c'est le seul qui motiva dans la suite les démarches de Chrysostome. Eusèbe disait qu' Antonin, de qui les autres évéques du diocèse d'Asie étaient Suffragants, avait pour habitude de vendre à prix d'argent les évêchés vacants. Chrysostome, qui craignait qu'il n'y eût au fond de toute cette affaire une inimitié personnelle entre les deux parties, essaya d'abord de l'arranger. Mais il trouva Eusèbe intraitable, et, comme les événements politiques du moment ne lui permettaient pas à lui-même de quitter la capitale, il fit décider qu'une commission de dix évéques irait sur les lieux procéder à une enquête. L'enquête fut assez compliquée, et finalement, à la fin de l'hiver 4oi, Chrysostome fût obligé de se rendre personnellement à Ëphèse, où un S3mode se réunit. Il fut établi que six évéques avaient acheté leurs sièges à prix d'argent; ils le reconnurent sans trop de peine, et les excuses qu'ils alléguèrent sont très curieuses; elles montrent combien la peinture peu flatteuse que Chrysostome avait faite plusieurs années auparavant* de certaines élections épiscopales demeurait vraie : ils prétendirent — et en cela ils furent sans aucun doute sincères — qu'ils n'avaient brigué l'épiscopat que pour se soustraire aux charges municipales, que tout le monde fuyait

r. Dans son traite du Sacerdoce.

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en ce temps, et ils coDscntirent à être- déposés h

conditioa de rentrer dans leurs débours. Ce qui en

dît long BUT les mœars da siècle, c'est que l'affaire

se termina en effet aux conditions qu'ils avaient

souhaitées.

Jean ne quitta pas Éphèse sans avoir pourvu à la vacance ouverte par la mort d'Antonin. Il fit élire un ancien moine, réputé par ses austérités, et qu'il connaissait bien, puisqu'il l'avait eu pour diacre, Héraclide.Onle lui reprocha plus tard parce qn'Héraclide avait des tendances orî^énistes. En retournant dans son diocèse, il fitencore une station àNicomédie, où avait été élu évêque depuis quelque temps un ancien diacre de Milan, déposé par saint Ambroise, Géronce, qui semble avoir été une sorte d'aventurier, mais fort habile et très populaire. Géronce Fut déposé, et remplacé par un excellent homme, Pansophios, que les habitants de Nicomédie ne subirent que contraints et forcés.

Ce voyage de Jean dura plus d'un trimestre; et pendant ce temps il courait le risque qu'en son absence on cherchât à miner secrètement son influence, puisque déjà des haines très fortes conspiraient con- •-° '"■ *on diacre Sérapion, qui avait toute sa conqui lui était entièrement dévoué, semble ezmal remplacé et avoir commis quel que s jes. Un habile intrigant, prédicateur de taque sans âme, et dont nous avons conservé S mal d'homélies, Sévérien, de Gabala en qui résidait peu dans son diocèse et préfé-

rait se faire applaudir à Constantinople, où Jean Tavait bien accueilli, parait avoir manœuvré contre lui. Le détail de ces événements nous est imparfaitement connu, mais nous savons que lorsque Chrysostome rentra dans sa métropole, il fut très mécontent de la situation nouvelle qu'il y trouva*; il rompit net avec Sévérien, le chassa, et s'en fit un adversaire irréconciliable.

I. Bien qu'il eût été accueilli avec de grandes dëmonstralions de joie parle peuple, comme en témoigne la i'* homélie qu'il prêcha après son retour.

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