‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 70 sur 88 · TION DE THEOPHILE. LE SYNODE DU CHÊNE · texte numérisé non relu

TION DE THEOPHILE. LE SYNODE DU CHÊNE

LE PREMIER EXIL DE GHRYSOSTOME (4oi-4o3).

Quand Eutrope fut tombée quand la révolte de Gaïnas eut pris fin^ Tinfluence de rimpératrice Eadoxie devint toute-puissante. Jean avait d'abord été très en faveur auprès d'elle; elle avait soutenu ses premières entreprises ; elle lui avait donné un appui efficace, notamment lors de son conflit avec les Ariens. Cependant il finit par se brouiller avec elle, comme avec Eutrope. Nous n'avons pas à en être très surpris; Eudoxie ne valait pas au fond beaucoup mieux qu'Eu trope; et Jean, décidé comme il Tétait à ne laisser passer sans la relever aucune injustice, ne pouvait guère éviter de la froisser. Nous aimerions à connaître mieui le détail exact de leur querelle; on verra qu'il reste des incertitudes sur plusieurs points essentiels. Il semble cependant assez bien établi que l'origine en fut analogue à celle du différend avec Eutrope*

Eudoxie, en effet, parait avoir commis, soit à son propre bénéfice, soit dans l'intérêt de ses créatures, des exactions pareilles k celles dont Teunuque avait donné rexemple. Palladius, qui la ménage sans doute, dit peu de chose à ce sujet. Mais Thistorien païen Zosime' lui reproche en termes formels les injustices dont elle se rendit coupable, au profit de son entourage. On a raconté plus tard en quelle circonstance particulière Jean lui avait fait obstacle, et Georges d'Alexandrie nous a transmis Tanecdote suivante, bien souvent rééditée depuis : elle aurait enlevé à la veuve d'un grand personnage récemment condamné, Théognoste, la seule propriété qui lui restât, une vigne dans un faubourg de la ville. On citait à la même époque, et nous l'avons encore, la lettre de remontrances que Chrysostome aurait écrite à l'impératrice ; cette lettre est d'une authenticité plus que douteuse, mais le fond de l'histoire peut être exact. Georges d'Alexandrie est sans autorité^; sa biographie de Jean est pleine de contes ridicules. Un témoin plus digne de foi, et contemporain des événements, nous donne moins de détails sans doute, mais nous incline à penser que la tradition contient au moins une part de vérité : c'est le biographe de Porphyre, évêque de Gaza, le diacre Marc. Porphyre voulait faire fermer les temples de son diocèse, où le paganisme était encore très vivant; il

I. V. 24. — a. Il est du vii« siècle. Sur la brouille de Chrysostome et d'Eudoxie, cf. Funk, Kirchengeschichtliclie Abhandlungen, tome II, p. 23 et 199.

156 SAINT JEAN GHRTSOSTOME.

avait une première fois envoyé Marc à Constantin* nople demander des mesures de rigueur. Chrysostome, qui, nous Favons vu, ne répugnait pas à ces mesures, fut son introducteur auprès d*Eutrope, et lui fit obtenir ce qu'il désirait^ Un peu plus tard, en 4o I , Porphyre, de nouveau aux prises avec les païens dont la résistance fut longue, alla trouver Jean, évêque de Césarée, et, accompagné aussi de Marc, se rendit dans la capitale ; il tenta des démarches analogues, et s'adressa au même intermédiaire. Chrysostome lui répondit : a Pour moi, je ne puis parler à Tempereur; V impératrice Va en effet priçenu contre moi^ parce que je lui ai fait reproche au sujet d'un domaine quelle a désiré et ravi à son possesseur. Et en tout cela je ne me soucie guère de cette colère, et n'en ai cure ; c'est à eux-mêmes qu'ils font tort, non à moi; si même d'ailleurs ils réussissaient ànuire à mon corps, ils rendraient par là service à mon âme. Cependant laissons cela à la bonté de Dieu. En ce qui concerne votre demande, demain, s'il plait à Dieu, je ferai venir l'eunuque Amantius, chambellan de l'impératrice, qui a grand crédit auprès d'elle et qui est un véritable serviteur de Dieu ; je lui confierai l'affaire*. »

Telle était la situation, quand un nouvel incident la compliqua, qui mit de nouveau en présence de Jean Théophile d'Alexandrie. L'influence d'Origène

I Marc le Diacre, Vie de Porphyre (page i% édition de la collection Teubner).

s. Ib, p. 33.

était toujours fort grande en Orient, bien que Ton sentît de plus en plus vivement ce qu* avaient d'hétérodoxe certains éléments de sa doctrine. Il y avait desorigénistes ardents, des adversaires d'Origène non moins passionnés, et une sorte de tiers parti, ceux qui, en condamnant sans hésitation ses opinions partun^Hères, n'en restaient pas moins très attachés à la mémoire du grand docteur alexandrin. De là des controverses qui furent particulièrement vives à Jérusalem, au moment où s*y touvaient saint Jérôme et Rufin, et qui agitèrent presque autant TÉgypte. Là, parmi les cénobites du désert de Mitrie, Origène avait des partisans déclarés; à leur tête se trouvaient quatre moines, quatre frères, Dioscure,^ Ammonios, Eusèbe et Euthymios, que Ton appelait les Grands ou les Longs Frères (*ASeXf ol [JLaxpoQ^ Théophile avait d'abord entretenu d'excellents rapports avec eux, puis une rupture était survenue. L'évêque d'Alexandrie, caractère très personnel, et facilement violent dès qu'on lui faisait obstacle, se brouilla vers le même temps avec un des meilleurs prêtres de son église, Isidore, pour un motif qui semble avoir été peu à son honneur^. Isidore et les Grands Frères unirent leurs causes. Dans un synode

I. U faut, sur cette question des Longs Frères, consulter encore, outre le Dialogue de Palladius, l'Histoire Lausiaque.

a. Théophile était grand bâtisseur, et par suite fort dépensier. Une dame d'Alexandrie a-vait confié une somme assez forte à Isidore, pour une œuvre charitable, à condition que Tévéque n'en saurait rien; Tévêque l'apprit, et déposa Isidore.

Page 1