‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 102 sur 282 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

qu'en rêve , et courant droit à lui , le serra sur son cœur, lui baisa respectueusement la main , les yeux , la poitrine , lui raconta sa vision , et Tentoura , jusqu a la fin , des empressements et des hommages d'une filiale vénération K

Le concile , présidé par ^lélèce , eut d'abord à donner un évéque à Constantinople. Théodose , grand admirateur de l'éloquence et des vertus de S. Grégoire de Nazianze, ne trouvait personne qui fût plus digne que lui de cette haute position. Tout le monde fut de son avis. Grégoire résista mais se laissa vaincre, et fut solennellement installé sur la chaire de Byzance. Des discours célébrèrent cette installation comme une fête ; mais les joies de la fête furent vite troublées par la mort de Mélèce. Le noble vieillard mourut au moment où sa grande expérience , son esprit si conciliant, la douce autorité de son âge et de ses vertus, étaient le plus nécessaires à cette orageuse assemblée. Sa perte fut un deuil public 2. S. Grégoire de Nysse prononça son éloge funèbre dans l'église de Sainte-Sophie , en présence de l'empereur et de ses collègues , et n'hésita pas à dire que déjà , /ace à face devant Dieu , Mélèce demandait grâce pour ses frères et pour les ignorances du peuple 3 . On lui fit des funérailles magnifiques , au miheu d'un immense concours de peuple , du chant des psaumes à deux chœurs et en plusieurs langues, et d'une telle profusion de luminaire que la ville semblait en feu. Son corps embaumé, couvert de lin et de soie , fut provisoirement déposé dans l'égUse des Apôtres. On passait sur son visage des linges dont les fidèles se partageaient les lambeaux comme autant de gages des célestes bénédictions. La translation de ses reUques à Antiocbe fut une longue et touchante ovation. Partout, sur la route , les populations catholiques allaient à leur rencontre

1 Theod., 1. 5, c. 6 et 7.

2 Soc, 1. 5, c. 9. — Sozom., l. 7, c. 10

s Gr. Nyss., de MeL — Tillem., Mcm., t. 8, p. 375.

et les escortaient processionnellement. La métropole de la Syrie les reçut avec des hymnes et des pleurs , comme un riche trésor et le plus beau legs d'un père • . Il fut enseveli auprès du martyr Baby las, dans Féglise qu'il lui avait dédiée, où, cinq ans après, Chrysostôme célébra l'anniversaire de cette translation > et la mémoire bénie de celui qu'il appelait son père.

Mais la mort du saint vieillard, qui devait être la fin du schisme , ne fit que l'aggraver. S. Grégoire de Nazianze proposa de laisser Mélèce sans successeur, et de réunir les deux partis sous la houlette de Paulin. « Tant que cet homme divin est resté parmi nous, disait-il , nous avions à le défendre conlre les Occidentaux ; et l'on était pardonnable de leur opposer quelque résistance. Maintenant que la tempête cesse , et que Dieu donne la paix à son Église , assurons le trône épiscopal à celui qui le possède. La mort apportera bientôt la solution des difficultés. Paulin arrivera au terme de sa vie ; et nous , aidés du Saint-Esprit , avec l'assentiment du peuple et des évêques , nous placerons sur la chaire d'Antioche quelqu'un qui rétablira la concorde au milieu du troupeau divisé. Cette mesure, d'ailleurs, nous rapprochera de l'Occident , qui nous est , je le vois , trop étranger ^ . »

Ce sage avis , loin de prévaloir, mit en fureur les jeunes évêques, que S.Grégoire compare *, dans cette circonstance, à un troupeau de geais croassant tous à la fois, ou à un essaim de guêpes sautant au visage de quiconque les approche. L'esprit des Photius et des Michel Cérulaire commençait à poindre. Entraîné par une minorité irréfléchie et passionnée, le concile céda à un malheureux sentiment

* Gr. Naz., t. 2, p. 756, v. 1575.

2 Chrys., in S.MeUt,, t. 2.

s Gr. Naz., t. 2, p. 758.

< Gr. Naz., t. 2, p. 763.

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