CHAPITRE VII
d'opposition à FOccident , et Flavien , qui avait suivi Méièce à Constantinople , fut nommé à sa place évêque d'Antioche. S. Grégoire quitta rassemblée avec indignation, se démit de son siège et gagna , pour ne plus en sortir, sa solitude chérie d'Arianze. Mais que dire de Flavien et comment expliquer sa conduite , surtout si la convention dont nous avons parlé , d'après Socrate , existait réellement entre les deux communions et qu'il y eût adhéré avec serment * ? Le concile pouvait-il le relever d'un engagement précis et sacré ? Si l'esprit de parti n'avait troublé son jugement, il aurait suivi l'exemple que lui donnait en ce moment Tillustre ami de S. Basile, et se fût effacé comme lui. Il n'y avait pas autre chose à faire. Accepter l'épiscopat dans de telles conditions, ce n'était pas s'immoler au bien public, mais prolonger indéfiniment des discordes déjà trop longues. L'opposition de TÉglise romaine qu'il avait à braver et qui lui refusa sa communion , devait , ce semble , l'éclairer assez et le faire reculer. Un nuage , sans doute , obscurcit sa vue et mit en défaut sa bonne foi.
Du reste , son ordination produisit l'effet qu'il fallait en attendre : elle augmenta la mésintelligence entre l'Orient et l'Occident , et la division entre les catholiques d'Antioche «. L'élu du concile , adopté par les évêques de Syrie , de Palestine, de Thrace, de Cappadoce, de Galatie , eut contre lui Chypre , l'Egypte , la Macédoine , l'Illyrie , l'Arabie , l'ItaUe , Rome surtout et S. Ambroise. A Antioche, le schisme ruinait la discipline , chaque parti ménageant les siens aux dépens des canons, dans la crainte qu'une sévérité trop grande ne jetât les faibles dans le parti opposé » .
1 Admettons que le fait de cette convenlion ne soit pas suflisaminent établi : n'était-il pas évident que succéder à Méièce du vivant de Paulin , c'était perpétuer et aigrir le schisme, enmérne temps qu'affliger TLglise romaine?
^ Th«od., 1. 5, c. 23. — Plusieurs personnes qui suivaient la communion de Méièce la quittèrent alors pour celle de Paulin (Soz., 1. 5, c. 11 ).
s Cfarys., hom. 11 ad Eph., t. 11 .
Chrysostôme , attaché à la communion de Mélëce , embrassa celle de Flavien , qui , à ses yeux , ne faisait que continuer Mélèce. Sa profonde vénération pour la mémoire de l'un , pour les vertus de l'autre , rempéchait-il de voir ce qu'avait de défectueux l'ordination de FlavienI? D'ailleurs, en laissant celui-ci hors de sa communion , Rome ne l'avait frappé d'aucune censure * .
Avant tout , Jean était l'homme de la charité ; aussi ne cessa-t-il de s'employer de toutes ses forces pour amortir des rivalités funestes, et opérer une réconcihation qui ne devait avoir lieu que beaucoup plus tard , mais qui fut due en partie à son intervention persévérante.
Est-ce dégoût de ces divisions , est-ce mauvais état de sa santé, qui se rétablissait lentement et difficilement, il ne quittait pas sa demeure. Une faiblesse extrême et de grands maux de tête le condamnaient à une inaction non moins fatigante que la maladie > . Néanmoins son diaconat fut loin d'être perdu pour la charité. Il nous en reste entre autres une œuvre immortelle , dans ses trois livres de la Providence, écrits pour l'ascète Stagyre.
Né de parents nobles et riches , Stagyre avait trouvé dans sa maison et dans sa fortune trop de facilités à satisfaire ses passions pour avoir résisté à leur attrait. Son père , quoique chrétien , lui donnait le fâcheux exemple de toutes les dissipations 3 . Cependant il eut à peine connu le monde , qu'il s'en dégoûta. Jeune , il eut le courage de s'arracher aux séductions qui l'environnaient , et, malgré la vive opposition de sa famille , il se retira dans les mont^^es d'Ântioche et embrassa la vie monastique. Mais il portait dans la solitude, avec de généreuses pensées , une nature faible , amollie par une éducation trop mondaine. On le trouvait lâche à accom-
' Voir la note (r à la fin du volume. 2 Chry»., t. 1, p. 154.
• Chryi.,t. i, p. 183.