‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 106 sur 282 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

privilège de s'entretenir avec lui , Fimmortalité, une sagesse supérieure , la grâce , le don de prédire Favenir, et tout cela sans le moindre mérite de sa part.

» Comment Fhomme a4-il répondu à tant de bontés ? Il a préféré son ennemi à son bienfaiteur, écouté le perfide qui voulut le perdre et désobéi à celui qui l'avait créé. Est-ce que Dieu a détruit sur-le-champ cet être ingrat qui débutait par un acte de rébellion î La justice l'eût exigé ; Dieu n'écouta que la miséricorde , et continua à combler l'homme de ses bontés. En effet, l'exclusion du paradis , la condamnation à mort , qui semblent n'annoncer que colère et vengeance, sont autant de traits de cette inépuisable bonté , qui , en châtiant le coupable , en le dépouillant de prérogatives imméritées , ne songeait qu'à le corriger et à le sauver < •

» Impuni , l'homme eût été tenté d'accuser le Créateur de jalousie et de mensonge ; il eût pris le séducteur , l'auteur de tous ses maux , pour son bienfaiteur et son ami , et n'eût mis ni mesure ni terme à ses désordres. Condamnés au travail et à Taffliction , nous péchons encore ; a quel excès ne se fût pas portée notre audace , si Dieu offensé nous eût laissés dans les délices et le repos ^ ? En nous laissant vivre , mais en nous châtiant , il n'a suivi que l'impulsion de son amour ; et tout est disposé pour que le péché ne soit puni que d'un châtiment paternel , propre à nous préserver, si nous le voulons , d'un châtiment plus terrible ^ .

» Quant au démon , s'il lui permet de nous tenter, c'est aussi dans notre intérêt. L'esprit pervers, en effet, ne pouvant nous contraindre , ses efforts n'aboutissent qu'à donner à nos vertus le mérite d'une victoire. Quoi! parce qu'il y a des lâches qui succombent, les cœurs généreux ne pourraient

1 Chrys., t. 1 , p. 157-158.

2 Chrys., t. 1, p. 159.

5 !bid., p. 162.

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montrer leur valeur? Parce que quelques-uns redoutent le combat , les autres devraient rester sans mérite et sans gloire ' ? Si nous reprochons à Dieu de permettre les tentations qui nous sont parfois funestes, reprochons-lui également de nous avoir donné des yeux et une bouche, puisque les yeux peuvent lancer des regards criminels et la bouche prononcer des blasphèmes; reprochons 'lui la lumière, Tair, les parfums, les boissons, les ahments, toute la création, puisqu'il n'est rien dans la création dont nous n'abusions quelquefois. Vous voyez à quelle absurdité on arrive en procédant ainsi > .

» Ce qui est certain , c'est que les tentations excitent notre vigilance, aguerrissent notre courage, et, par la crainte du péril , nous font chercher Dieu avec plus d'ardeur. L'enfant effrayé par un objet hideux se jette dans les bras de sa mère , s'attache à sa robe , implore sa protection. Quand il n'a plus à craindre , il est indocile et revéche , et plus d'une fois la mère, qui n'obtient rien par ses supplications , simule la peur et crie au fantôme afin de contraindre le jeune mutin à revenir à elle. Dieu fait ainsi vis-â-vis de nous 3 .

» Les tentations , comme les afflictions , domptent et rabaissent l'orgueil , bannissent la tiédeur et la paresse , nous donnent , avec une connaissance plus vraie de nous-mêmes , plus de ferveur pour notre salut. Les plus grands amis de Dieu ont été aussi les plus éprouvés.

» On demande pourquoi les gens de bien souffrent , tandis que les méchants sont heureux : question vaine et ridicule , quand on sait que la vie présente n'est que le prélude de la vie à venir, et que la récompense de la vertu se donne , non pas ici-bas, mais au ciel. On sera traité dans l'éternité suivant qu'on aura mérité dans le temps. Pourquoi donc

• Chns., t. 1, p. 16Î, î» /Wrf., p. i63.

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