CHAPITRE Vn
s'alanner si les biens et les maax sont inégalement répartis sur la terre? Dieu exerce par plus d'afflictions ses plus fidèles serviteurs , parce qu'il réserve à leurs vertus plus éprouvées une part plus belle. Que de fois, d'ailleurs, les gens de bien jouissent ici-bas de la fortune, du repos, de l'estime publique , tandis que les méchants sont plongés dans l'adversité! Ce fait détruit en grande partie l'objection, puisqu'il est faux de dire que les amis de Dieu sont toujours les plus maltraités et ses ennemis les plus heureux. Admirez la Sagesse suprême dans sa conduite vis-à-vis des hommes : à ceux qui nient la vie future , il donne , dès la vie présente , un aperçu de sa justice ; mais pour que la nécessité et la vérité de la vie future soient plus senties , il laisse le mal se mêler au bien , en telle sorte que nous appelions de nos vœux le jour de la justice , le jour qui rendra à chacun selon ses œuvres. L'impunité du méchant sur la terre est le présage d'un châtiment éternel dans l'enfer. Les souffrances du juste sont le gage d'une récompense infinie dans le ciel < . »
Cette doctrine si chrétienne est admirablement développée dans ce livre. Jean s'appuie sans cesse d'exemples empruntés aux saintes Écritures , qui devaient frapper et toucher son pieux ami. Il finit par faire remarquer à Stagyre qu'il est lui-même une preuve évidente des avantages de la tentation et de l'affliction , puisque , tiède , négligent , plein de luimôme avant ses épreuves , il est devenu , après ses tribulations, l'édification et le modèle de tous les religieux. «Ainsi, lui dit-il , loin de te décourager et de te plaindre, tu dois bénir le Seigneur qui, par l'humiliation et la souffrance , t'a ramené dans les voies du salut. S'il a souffert que tu sois traité de la sorte , c'est uniquement dans ton intérêt , et ce que tu as pris pour un signe d'abandon de sa part est une preuve de sa tendresse ». » ^
« Chrya., t. 1, p. n3-i7i.
2 Ibid., p. 179.
Dans le second livre, Chrysostôme s'occupe plus spécialement de Tétat personnel de son ami, des sombres pensées qui l'obsèdent et le poussent au suicide < , et il cherche à lui faire comprendre que c'est moins à Satan qu'à lui-même qu'il doit s'en prendre de son désespoir et de ses maux. «Ces noirs desseins , lui dit-il , te sont inspirés non par le démon seul , mais par ta tristesse plus que par le démon , et peut-être exclusivement par ta tristesse . Combien qui , sans être possédés du démon , et sous la seule influence d'un grand chagrin, ont porté atteinte à leurs jours ! Chasse de ton âme cette funeste mélancolie, et l'ennemi cessera de te suggérer ces pensées ; car il fait comme ces voleurs qui profitent des ténèbres de la nuit pour se glisser dans les maisons qu'ils veulent piller ; il commence par répandre la tristesse , en guise de nuit , sur l'âme qu'il veut perdre , et après lui avoir dérobé tous ses appuis^ quand il la voit seule et au dépourvu, il fond sur elle et Técrase. Celui qui, plein de confiance en Dieu , tient son âme ouverte au soleil de justice , celui-là fera trembler le démon au lieu de le craindre. Mais, dis-tu, je ne puis guérir de mon chagrin sans être préalablement arraché au démon. Erreur, mon cher Stagyre ! Ce n'est pas le démon qui engendre ta tristesse ; c'est elle qui attire le démon et t'inspire tes funestes peasées. Quel mal cet esprit pervers peut-il nous faire par lui-même? Mais le chagrin tout seul pousse quelquefois aux plus grandes extrémités. Non , ils n'étaient possédés que de leur chagrin tant d'infortunés qui ont mis fin à leurs jours , soit par le fer , soit en se précipitant dans les flots ou de toute autre manière. Que faire , ajoutes-tu, et comment ne pas être triste dans l'état où je suis? — Ce qu'il faut faire , mon ami , c'est de t'affranchir des opinions du vulgaire pour te laisser condmre par les maximes du Ciel. Ta position ne
> Chrys., t. 1, p. 179.