‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 115 sur 282 · CHAPITRE Yin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yin

Mais revenoDS au livre de Jean. Les sages conseils y sont entremêlés partout aux consolations. A cette âme affligée et souffrante , il indique le remède puissant déjà conseillé à Stagyre, la charité. 11 voudrait que l'ambition de sa foi fût la grande diversion de son deuil. « Cherchez le royaume de Dieu , lui dit -il, et sur la terre rien ne pourra vous nuire, à moins que vous ne vous nuisiez à vousmême. Si vous tenez à mettre en sûreté votre fortune et même à la grossir, je vous en indiquerai le moyen; je vous désignerai un lieu où ne pénétreront jamais les fourbes occupés à tendre des pièges à la probité : ce lieu , c'est le ciel ; confiez vos richesses à votre mari , et dans ses

mains nul n'y touchera Voyez quels avantages vous

obtiendrez ainsi : d'abord , la vie éternelle , les biens que Dieu a promis à ceux qui l'aiment, ces biens que l'œil n'a pas vus , ni l'oreille entendus , ni le cœur de l'homme soupçonnés.... Ensuite, vous retrouverez, pour le posséder à jamais , l'homme excellent dont vous pleurez la perte < . . . . et vous lui serez unie par des liens plus forts que ceux du mariage. Car ceux-ci n'enchaînent que les corps , ceux-là plus doux et plus beaux unissent une âme à une âme > . » Nous voudrions qu'il nous fût permis de mettre en regard , sans trop sortir de notre sujet , le Uvre de Chrysostôme avec d'autres comolcuions adressées par des hommes célèbres du paganisme à leurs parents ou à leurs amis, celles de Sénèque , par exemple , à Polype ou à Marcia < . Certes , on trouve dans celles-ci , avec un magnifique langage , de grandes et belles pensées. Mais le philosophe romain , en s'imposant le rôle de consolateur, ne se dépouille pas de son amour-propre d'écrivain , et avant tout il est occupé de faire un beau Uvre. Jean, dans quelques paroles simples

« Chrys., t. 1, p. 3i7,

2 /Wrf., p. 349.

> S. Hier., ep. 35, t. 4, ait. part., p. 2G8.

et vraies, cherche à ranimer Tespérance dans an cœur abattu; s'oubliant lui -môme, il ne veut qu'essuyer ou sanctifier des larmes , et son livre est encore plus une bonne action qu'un livre. Sénëque s'élève par moments à de hautes considérations ; mais , comme si son œil ne pouvait soutenir l'éclat de la vérité , il se trouble aussitôt , et se démentant lui-même , après avoir célébré l'immortalité , il célèbre le néant. Il écrit d'abord ces belles lignes : « Il ne s'agit point , Marcia , de courir au tombeau de ton fils. Là , tu ne trouveras que ses cendres , qu'une dépouille gros* sière et gênante qui ne faisait pas plus partie de lui que son vêtement. Sans rien perdre, sans rien laisser à la terre , il a pris son essor, il s'est dérobé tout entier, et après avoir quelque temps séjourné sur nos têtes pour se purifier, pour se laver de la souillure des vices inhérents à toute vie mortelle , il s'est élancé au plus haut des cieux , où il plane au milieu des âmes heureuses ^ » Et , un moment après , il n'hésite pas à dire : « La mort nous rend au sommeil tranquille dont nous jouissions avant de naître. Si vous pleurez les morts, pleurez aussi ceux qui ne sont pas nés. La mort n'est ni un bien ni un mal; car , pour être un bien ou un mal , il faut être quelque chose : or, la mort n'est rien , et elle réduit tout à rien >. » La belle consolation à donner à une mère que de lui apprendre qu'il ne reste de son fils qu'une cendre froide ! Quelle dureté , d'ailleurs , dans ces paroles : « Si tu pleures parce que ton fils est mort , tu as dû pleurer toujours , parce que tu as toujours su qu'il devait mourir 3 » ! Quel vide dans celles-ci : « Quand les temps seront venus où le monde s'éteindra pour renaître, les astres viendront heurter les astres , et tout se consumera dans un même brasier. Alors

' Sen., ad Marc, n. 25.

> Sen., ad Marc, o. 19.

S Ibid.

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