CHAPITRE Vin
nous , âmes heureuses , nous irons nous confondre dans les antiques éléments > » !
Qu'il y a loin de là , à ce noble et touchant langage de Chrysostôme parlant de l'immortalité avec assurance, du ciel comme s'il en descendait , et montrant à l'âme affligée qui pleure un fils ou un frère , celui qu'elle a perdu , vivant et heureux au séjour des élus , et dans le sein môme de la félicité souveraine occupé avec une tendre sollicitude de ses amis d'ici -bas, qu'il se plaît à protéger, à guider, qu'il aime toujours ! Le souffle de la tombe est passé dans les pages du philosophe ; le souffle de Timmortalité fait palpiter celles du chrétien. La charité , d'ailleurs, est inséparable de l'espérance, et la foi, qui donne la plus vive intuition de l'avenir, inspire la plus délicate compassion du présent. Nul ne sait mieux consoler les douleurs de la terre que celui dont la pensée habite le ciel. S'il gronde doucement l'épouse ou la mère qui s'affaisse sous le poids de son deuil , il commence par pleurer avec elle , et s'il écrit pour la consoler, son livre est écrit tout entier avec ses pleurs « .
Revenons aux travaux du saint diacre. La lettre que nous venons d'analyser fut suivie , bientôt après , d'une autre à la même adresse ^ ; lettre non plus de consolation , mais de conseil et de direction , pour détourner la jeune veuve d'un second mariage. Jean y développe les mêmes considérations que S. Jérôme dans ses admirables lettres à Salvine et à Furia * , et S. Augustin , dans son beau traité du Veuvage, écrit pour l'illustre veuve Julienne*, mère de Démétriade.
Cet éloignement du Christianisme pour les secondes noces, Rome païenne l'avait partagé tant que Rome païenne eut des mœurs. La vénération unanime de la cité récompensait
1 Sen., ad Marc, n. 26.
3 S. Hier., ad Paul. ep. 22 , t. 4 , ait. part., p. 54.
3 Voir la noie J à la fin du volume.
4 S. Hier., t. 4, ait part., p. 063 et 554; —gp. 85 et 47; —a/i(M 9 et 10. & S. Aug., de bono viduUatis, op. t. C, p. 369.
alors la yeuve fidèle qui se refusait à de nouveaux liens , et Tépithëte d'univira, inscrite sur sa tombe à côté de son nom y était la plus belle épitapbe d'une femme honorée . Mais depuis long-temps Tesprit de famille , le respect des traditions , les vertus domestiques avaient fait place à la plus bideuse corruption. Par la liberté et Textréme facilité du divorce , le mariage dépouillé de dignité et de consistance n'était plus qu'un marché à temps , résilié pour la moindre cause, une espèce de prostitution. On se prenait pour se quitter, on se quittait pour se reprendre, et les scandales de ces unions de quatre jours se répétaient dix fois dans la vie K Cicéron n'a- 1 -il pas fait gloire à sa fille des maris qu'elle s'était successivement donnés ^ ? Combien de femmes, et des plus nobles , qui eussent pu , au dire de Sénèque , compter leurs années , non par le nombre des consuls , mais par celui de leurs maris ^ ! On faisait du divorce la condition et parfois le but du mariage *. L'adultère était la plus décente espèce de fiançailles ^ ! Nul homme ne se donnait une épouse qu'il ne l'eût enlevée « ; nulle femme un époux que pour piquer un amant ^^ et celles-là étaient des provinciales arriérées qui ne savaient pas que l'adultère avec un seul s'appelait mariage ». «Combien , dit S. Jérôme, qui n'avaient des maris que de nom , des maris loués pour couvrir leurs désordres, ou ne pas perdre, en restant céUbataires aux yeux de la loi , un legs ou un héritage ^ ! >
^ s. Hier., adv. Jovinian., 1. 1 , t. 4, ait. part., p. 291. — Suet., tu M. Cas., i3. — Mécène épousa et répudia vingt fois la même femme. (Sénèq., ep. 114. — Xiphil., m Aug.)
^ Primaiiis adolacentibus nuptam, (Gicer., epA. 9, 11. )
• Sen., de benef., 1. 3, c. 16.
• Id.y ihid. — Terlull., apolog. 6.
> Sen., tMd.,1. 1 , c. 9.
• /d., ibid.
' W., debenef.t\. 3, c. 16.
» /(/., ibid.
» S. Hier., ibid., p. 192. H cite Sénèque.