‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 117 sur 282 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

Le Christianisme, qui devait remonter ce courant, refaire cette société , avait à s'occuper sérieusement du mariage , pour le relever de la boue, pour lui rendre son unité, sa force, sa sainteté. C'est pourquoi, non content d'avoir marqué d'un sceau sacré l'union des époux , de l'avoir déclarée indissoluble , il se plaisait à exalter la virginité et le veuvage, à détourner des secondes noces. Quand le sensualisme pesait d'un côté de tout le poids de ses désordres , il pesait de l'autre par la grandeur de ses enseignements, par la beauté de ses exemples , par les aspirations et les conseils d'un spiritualisme sévère et ardent , mais sage et nécessaire. Jamais, cependant, il n'oppose un excès à un autre. A l'égal des immoralités du paganisme, il réprouve les folies des Docètes, des Encratites, des Manichéens, aussi bien que les orgueilleux anathèmes de Montan et de Tertullien contre les secondes noces. S'il les déconseille, il est loin de les condamner ' . Mais quand il recommande aux veuves une inviolable fidélité à leurs premiers 4iens , il entend honorer le mariage en le couronnant comme d'une auréole de vertus : il veut aussi relever la condition de la femme, trop abaissée sous la loi païenne.

("hrysostôme regarde , comme fausse et funeste , la persuasion commune que la femme est trop faible pour porter à elle seule le fardeau des affaires et le gouvernement de la maison. « Que de femmes , dit-il, mieux que les hommes, ont administré leurs biens , élevé leurs enfants , conservé et accru leur fortune ! Non , Dieu n'a pas voulu que tout dans la vie dépendît de l'homme , et que la femme inutile ne fût qu'un objet de mépris. De l'un à l'autre sexe il n'a mis aucune infériorité ; et cette intention est manifeste dans ces mots du Créateur : Donnons à l'homme une aide qui lui ressemble a. Par là, il a montré que les affaires d'ici-bas ont

> s. Aug., de bon, viduU*^ t. 6, p. 376. 3 Genêt., 2.

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autant besoin de la femme que de l'homme , et il en a partagé la direction entre les deux : à Thomme le forum, à la femme la famille. Renversez cet ordre , il n'y a plus sur la terre que confusion < . » En parlant ainsi , Téloquent diacre songeait à sa mère. « Ce n*est pas la nature , dit-il ailleurs , c'est l'éducation qui fait la faiblesse de la femme 2.»

Du reste, le livre de Jean, inférieur en verve et en éclat aux œuvres de S. Jérôme sur le même sujet, l'emporte par la modération , le sens pratique , la connaissance du cœur humain, par cette dignité et cette sérénité de langage qui est comme le reflet habituel de cette âme si lumineuse et si pure. Le traité de S. Augustin 3 cité tout-à- l'heure, et le livre des Veuves de S. Ambroise*, si complets qu'ils soient, ne lui sont pas supérieurs.

Nous n'hésitons pas à rapporter à la même époque , c'està-dire au diaconat de notre Saint , son grand et bel ouvrage sur la Virginité. Qu'il l'ait écrit à Antioche, c'est indubitable. Lui-même nous l'apprend dans une de ses homélies sur la première épitre aux Corinthiens : homélies, que de l'aveu de tous s, il a prêchées dans la métropole de la Syrie, avant d'être évêque. «Je n'insiste pas sur ce sujet, dit-il à son auditoire à propos de la virginité , parce qu'ayant publié là-dessus un Uvre où j'ai mis la plus grande application , un plus long discours serait superflu <^.> D'autre part, il est probable que ce travail a précédé sa promotion à la prêtrise, époque où ses loisirs étaient moindres , où d'ailleurs il avait l'habitude de ne rien publier que sous forme d'homélie 7.

Ce thème de la virginité , brillant et délicat , a attiré et

» Chrys., t. 1 , p. 35i.

2 Chrys., t. 14, p. 275.

3 S. Aug., ibid.

4 S. Amb., t. 2, p. 185. * Chrys., l. 10, p. 188.

^ Chrys., hom. 19, in 1. ad Corinth. in /in. 7 Voir la note A' à la fin du volume.

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