CHAPITRE VIII. 25i
inspiré les plus beaux génies du Christianisme, à Tépoque dont nous parlons. S. Ambroise , S. Grégoire de Nysse, S. Chrysostôme, S. Augustin y ont consacré d'admirables traités » ; S. Methodius, son Banquet des vierges^; S. Grégoire de Nazianze, l'un de ses plus élégants poèmes »; S. Jérôme, sa lettre célèbre à Eustochium , son premier livre contre Jovinien *, et en grande partie celui contre Helvidius. Nous ne croyons pas nous avancer trop , en affirmant qu'entre ces œuvres remarquables à plusieurs titres , celle de Chrysostôme occupe peut-être le premier rang.
Le but des saints docteurs dans ces écrits est d'encourager, de propager le culte de la virginité , en même temps que de diriger par de sages conseils les âmes qui l'ont embrassé. Quelle que soit la diversité de leurs arguments, ils sont unanimes dans la plupart des assertions , dans celle-ci entre autres : que la vertu qu'ils célèbrent , bien que connue des anciens dans une certaine mesure et par eux entourée d'une religieuse vénération , est cependant , tout considéré , une vertu chrétienne , née de l'embrassement du Verbe divin avec la nature humaine.
S. Athanase y voit une preuve saisissante de la vérité du Christianisme ; car il n'y a , dit-il , qu'une reUgion divine qui ait pu enseigner et répandre une vertu si fort au-dessus de la nature , et qu'on dirait l'apanage exclusif des anges. Et qui donc, en voyant ces phénomènes surnaturels de la virginité et de la charité éclore de toutes parts au souffle de l'Évangile, comme des fleurs au souffle du printemps, n'admirerait cette mystérieuse puissance capable de trans-
* s. Âmbr., t. 2, op, DB de virginil. — de virginib. — de instiluend. Virgin. — S. Aug., t. 6, p. 341. — S. Chrys., l. 1, — S. Cyprien les avait devancés {Tracl, de habit, virgin.).
2 S. Melhod., Convivium. virg. — Cailleau, Collect. S«. Pair., 1. 19, p. 5. — Rien n*est beau comme Thymoe final.
s S. Greg. Naz., t. 2, op., p. 298.
4 S. Hier, t. 4, ait. part., p. 27, lit et lU.
figurer, d'angéliser la chair humaine , et ue reconnaîtrait la main de Dieu? D'autant plus que pendant trois siècles la virginité ne fut, suivant Fexpression de Tertullien, que le noviciat du martyre. Combien de jeunes filles payèrent de leur vie cet insigne honneur d'être les épouses de Jésus-Christ ! Elles allaient au supplice , le sourire sur les lèvres , comme d'heureuses fiancées à l'autel qui va ratifier leur bonheur. Comparez à de telles femmes les vestales du paganisme. Des unes aux autres , il y a la même distance que de la terre au ciel * .
Un autre point sur lequel nous avons aussi l'unanimité des docteurs chrétiens , c'est le. prix attaché par l'Église, de tout temps, à la virginité. La fleur de la virginité, disait S. Chrysostôme, est le vêtement de l'Église^. Elle en fit, dès l'origine , la parure du sanctuaire , la condition du sacerdoce , et ne confia qu'à elle l'apostolat et la charité. Un cœur vidé sans cesse par les canaux des sens dans les ivresses du plaisir peut-il comprendre le prix des âmos , le cœur de Jésus-Christ et ses sublimes angoisses? L'homme enchaîné à une famille , fût-il le plus pieux des hommes , ira-t-il au-delà des mers chercher des sauvâmes pour les arracher à l'enfer, voudra-t-il mourir pour des inconnus? L'Église imposa donc la virginité aux ministres de ses autels, et voulut aussi en faire la décoration et la gloire de ces nobles femmes qu'une foi plus tendre, une piété plus expansive portent à devenir les auxiliaires du sacerdoce par la prière et la bienfaisance. A côté de la grande milice vouée aux combats et aux conquêtes de la vérité , elle composa de vierges une milice plus modeste , principalement destinée à faire contre-poids par ses saintes immolations aux
' s. Ambr.. de virginib. 1. 1, c. 14, n. 15. D'après Saiote-Groix {Rech. tur les myst., 11 , â ) , l'impureté présidait au culte même des vestales. {Voir k cet égard le chapitre l du 28« livre de Plint. }