CHAPITRE Vm
entrafnements du inonde, à être, sous une direction supérieure , Finstrument le plus souple , le plus délicat , le plus actif de la charité. Ces lis de Jésus-Christ , comme dit S. Ambroise, dont le céleste parfum est si salutaire à l'humanité, formaient autour du sacerdoce proprement dit un sacerdoce secondaire. L'évoque bénissait les vierges en leur imposant les mains , et , soit que consacrées à Dieu elles continuassent à vivre dans leurs familles , soit qu'elle vécussent en commun sous la même règle et le même toit , leur modestie , leur douceur, leur pureté, leur vie recueillie, austère, dévouée, toute à Dieu et aux pauvres, justifiait cette parole de S. Cyprien : • La virginité est ici-bas l'image de la sainteté de Jésus-Christ « . » L'Église s'occupait d'elles avec une sainte fierté de mère , comme de la plus précieuse portion du troupeau du Seigneur, et c'est pour elles que les Pères écrivaient leurs beaux livres sur la virginité. S. Ambroise exprimait la pensée de tous quand il disait qu'une vierge est un don de Dieu , la gloire et la joie de ses parents ; qu'elle exerce au milieu de sa famille le sacerdoce de la chasteté ; que , victime volontaire , chaque jour immolée ,
elle apaise la colère du Ciel par son sacrifice ; enfin
qu'elle est reine , soit comme épouse du plus grand des rois, soit parce que , domptant ses passions , elle exerce sur elle-même le plus grand empire » . »
Toutefois on pouvait adresser, et l'on adressait dès-lors à l'enseignement chrétien deux reproches ' : le premier, de se rapprocher par ses tendances , sans le vouloir, des doctrines gnostiques et autres contre le mariage , et d'avilir ainsi une institution divine sur laquelle repose la société ; le second , de nuire à la propagation de l'espèce , et , contrai-
^ s. Cyprien , de hab. virg,
^ S. Ambr., ]. 1, de virginib , c. 7, et p. 15i et i55. '* Uontesquieu les a reproduits : Esprit des lois, 1. 23, c. 21» p. 457, i67, iC8, 4G9 et ilO, édit. de Paris (Freretj» 1827, t. S.
rement aux \rues du Créateur d'inspirer un sentiment qui , s'il venait à prévaloir, dépeuplerait vite le monde. Les Pères se défendent énei^quement sur ces deux chefs. « Moi, condamner le mariage! s'écriait S.Ambroise, je le condamne si peu que je blâme hautement les hérétiques qui le censurent , et que je ne cesse de proposer comme modèles d'une vertu parfaite les Sara , les Rébecca , tant de saintes femmes de l'Ancien Testament. Qui condamne le mariage réprouve la société ^ . »
« Blâmer le mariage , disait Chrysostôme , c'est tomber dans l'erreur de Marcion , de Manès, de Valentin.... Jésus- Christ ne parlait point par leurs bouches.... Ils n'ont été que les organes du démon, père du mensonge, homicide des âmes ^ . . . . Parce que je trouve la continence plus sainte que le mariage , je ne condamne pas pour cela le mariage ; au contraire , je l'honore , je le loue. Pour ceux qui en usent légitimement , c'est le port de la vertu , une digue opposée aux flots des passions. Mais il y a des gens qui n'ont pas besoin de ce secours pour être chastes , auxquels les jeûnes , les veilles , les pénitences suffisent pour dompter la nature : ceux-là je les exhorte à ne pas se marier, sans toutefois leur interdire le mariage. Entre un conseil et une prohibition il y a la même distance qu'entre la nécessité et la liberté. J'ouvre un avis , mais vous pouvez ne pas le suivre . J'exprime ma préférence , je n'improuve pas ceux qui en ont une autre. Si je blâmais le mariage, si je le déclarais mauvais, je prendrais le rôle de législateur, non celui de conseiller. A Dieu ne plaise qu'il en soit ainsi ! Mais en admirant ceux qui s'enrôlent sous les drapeaux de la virginité , je me garde bien d'accuser ceux qui ne l'ont pas adoptée. L'homme qui se contente d'une vertu médiocre , sans aspirer plus haut , n'a pas droit à être loué et admiré, autant que l'homme
1 s. Ambr., de virginib,, c. 7, n. 3i, t. 2, p. 155. 3 Chrys., t. 1, p. 270 et 37i.