‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 120 sur 282 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

supérieur qui s'élève à la sainteté ; mais il a droit à ne pas être blâmé. Puisque je ne condamne pas ceux qui se marient, en quoi prétendrait -on que je prohibe le mariage? Je réprouve la fornication et Fadultère ; et ceux qui s'en rendent coupables, je les punis, je les exclus de la communion de FÉglise. Mais j'honore le maris^e comme étant d'institution divine , et en cela même je rends un hommage plus éclatant à la vertu que je préfère. Condamner le mariage, en effet, c'est dégrader la virginité. Ce qui n'est bien que comparativement à une chose mauvaise , n'est pas absolument bien; mais ce qui l'est comparativement à une chose reconnue universellement comme bonne, lest avec une incontestable supériorité. L'apologie du mariage tourne à l'honneur de la virginité, comme la censure de l'un retombe sur l'autre. Le mariage est bon, mais la virginité est meilleure ; elle l'est dans la proportion du ciel avec la terre, des anges avec les hommes. De même que ces pures intelligences ne connaissent ni le poids de la chair, ni la servitude des aUments , ni les orages des passions , ni les illusions des sens, et que, semblables au soleil en plein midi quand aucun nuage ne voile son éclat, rien n'altère la transparence de leurs natures sans tache; ainsi les vierges , affranchies du joug du mariage , n'ont d'autres soins que de servir Dieu. Si, enchaînées au corps, elles sont forcées de rester sur la terre , elles ont du moins la consolation de recevoir sur la terre le Roi du ciel , car elles sont saintes d'esprit et de cœur. Voyez-vous ce que c'est que la virginité? Par elle , les habitants d'ici-bas deviennent semblables aux habitants des cieux ; des êtres vêtus d'un corps Calent les êtres incorporels et rivaUsent avec les anges « . » « On accuse la virginité , poursuit Chrysostôme , de nuire à la propagation de l'espèce humaine. Dites plutôt que ce

« Chrys., t. 1, devirgin , c. 9 et 10, p. 274 et «uW.

sont les désordres des mœurs , les conjonctions illicites , les

profanations du mariage Si l'espèce humaine s'affaiblit

et se dégrade , accusez , non la virginité , mais le péché < . »

Chrysostôme avait raison : épurer les sources de la vie , ce n'est pas les appauvrir, c'est les féconder. En cela, le pieux écrivain devançait de quelques siècles , cette parole profonde de Montesquieu : que la continence publique esi naturellement jointe à la propagation de l'espèce 2 ; et celle-ci , d'un médecin philosophe : que la chasteté est une des causes principales de la fécondité des sexes , tandis que la stérilité accompagne nécessairement le libertinage 3 . Vérité de fait , que S. Ambroise avait signalée quand il disait que, de son temps, là ou la pureté chrétienne était moins en honneur, la population était moindre , et qu'au contraire , les villes où elle prenait plus d'essor comptaient aussi plus d'habitants ^.

En thèse générale , il est impossible de le méconnaître , tout ce qui relève l'humanité dans l'ordre moral l'améliore dans l'ordre physique. En célébrant la virginité, le Christianisme fit plus pour l'accroissement des générations en vigueur et en nombre, que la loi Julia ou autres, qui enjoignaient, sous des peines sévères, le mariage et la paternité. Certes , elles s'attaquaient à un mal sérieux , à ce célibat funeste , fruit du libertinage et de l'égoïsme , plaie rongeante de la société qui , par le dégoût du mariage et de la famille, produit l'affaiblissement et le dépérissement des peuples. Mais, plus vexatoires qu'efficaces, elles rendaient le mariage odieux , en l'imposant , en substituant au culte de la famille , aux plus doux sentiments du cœur

* Chrys., l. 1., c. 18, p. 282.

^ Montesquieu, Esprit des lois, 1. 23, c. 2.

* Dict. d'hist. natur., 1» édit (an HI), t. 11, p. 17C.

* S. Ambr., de virginit., c. 7, n. 36. Ubi paucœ virginet, ibi paucioret hominei.

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