‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 121 sur 282 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

humain , l'esprit de spéculation , et la pire espèce de mercantilisme. « Les Romains, disait Plutarque, cité par Montesquieu , se marient pour être héritiers , non pour avoir des héritiers 1. > Or, le Christianisme, du même coup, abolit l'impraticable et humiliante loi Julia, et remit le mariage en honneur. Le célibat, qu'il célébrait, d'après S. Paul, était une vie de dévouement , d'austérités , d'immolation , sanctifiée par la prière , par la charité , par la pratique des plus hautes vertus , une vie d'ange au milieu des hommes, et par conséquent la vocation du très-petit nombre. Sans préjudice réel pour le développement des nations , il réalisait dans l'humanité l'idéal le plus haut de la dignité des mœurs; et à mesure que la notion de cet idéal entrait plus avant dans les âmes , à mesure que de plus grands exemples lui donnaient une lumière plus vive, elle faisait monter le niveau moral de la société. Plus que la loi d*Âuguste , elle écartait le célibat du vice , poussait au mariage ceux qu'une vocation plus sainte n'enrôlait pas sous un autre drapeau , et en écartant de celui-là l'immoralité, les profanations, en lui donnant le frein de la chasteté, le rendait aussi plus fécond 3.

Chrysostôme, dans le cours de ce livre, émet une opinion qui, sans lui être absolument personnelle, compte peu de partisans dans les saints docteurs. Selon lui , les lois qui régissent la reproduction de la race humaine ont subi , par l'elTet du péché, un changement radical. « Dans le paradis, dit-il , Adam et Eve vivaient comme dans un autre ciel , et ne cherchaient rien au-delà du bonheur de s'entretenir avec Dieu. Point de désirs sensuels , point d'enfantements douloureux; la virginité, leur parure, s'épanchait de leur cœur,

• Esprit des lois, 1. 23, c. 21, p. 460. — Plut., (Euvr. moral, de Tamour des pères envers les enfants.

^ Voir Champagny, Césars, t, 1 , p. 387, et Dufneu , Nature et virginité , p. 111, 470, 478, 481. Il est à remarqrer que Téioge de la virginité, ches les Pères, entraîne toujours celui du mariage. (Voir S. Chrys., de virg. — S. Afflbr., de virg., — et S. Aug., de bono conjugali )

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comme un beaa fleuve d'une source limpide Mais après

qu'ils eurent désobéi au Créateur, et qu'ils furent condamnés à devenir cendre et poussière , ils perdirent le privilège de la virginité avec celui du bonheur Vaincus, punis, dépouillés de ce vêtement royal , de cet auguste diadème , ils furent dévoués aux souffrances , au trépas , et le mariage commença, signe de servitude et de mortalité. Ce qui l'a rendu nécessaire , c'est le péché , c'est la mort ; car, là où est la mort, là est le mariage.... Si l'homme, persévérant dans l'obéissance, eût dédaigné l'arbre de la volupté, le genre humain se serait multiplié par une autre voie. Quel moyen Dieu eût-il employé pour arriver à son but? Je ne saurais l'exphquer ; mais il est certain qu'il l'eût fait sans le secours du mariage ^ . »

Cette opinion , singulière et naïve , est partagée par quelques Pères. S. Grégoire de Nysse a dit : « Si l'homme n'eût pas péché, s'il ne fût pas déchu de son état presque angélique , la propagation charnelle n'eût pas été nécessaire à la perpétuité de la race humaine. Le péché a fait succéder la loi des brutes au mode presque angélique par lequel la génération aurait eu lieu dans le paradis ^ . »

S. Jean Damascène est du même avis 3. Les Pères qui le suivent se sont fondés sur les paroles de la Genèse : qu'Adam et Eve étaient nus et ne rougissaient pas , et sur celles-ci du psalmiste : Uhomme, élevé en honneur, n'a pas compris sa dignité; il s'est comparé à la brute, et lui est devenu semblable. « Si ce n'est pas le péché , disent-ils , qui a changé le mode de reproduction , pourquoi , avant le péché , n'est-il pas question du mariage? Pourquoi l'homme n'approclia-t-il pas de sa femme dans le paradis ? Pourquoi la femme n'a-t-elle

1 Chrys., de vir%. c. 14, 15 et 17 m fin. S. Cbrysostdme a exprimé le môme avis dans la dix-huitième homélie sur la Genèse (t. i, p. 155). * S. Grég. Nyss., de opif, /lom,, c. 17 et 22, et de Provid , 1 8 , c. 8. s S. J. Dam., de ùrthod. fid., 1. 2, c. 11, et 1. 4, c. 25.

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