‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 122 sur 282 · CHAPITRE VUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VUI

pas connu les douleurs de Tenfantement avant la malédiction 1 ? » Partant du fait révélé de la perfection et de Timmortalité de l'homme primitif , et supposant que son corps lui-même était dans un état voisin de celui des corps glorifiés , ils en ont conclu que la transmission de la vie humaine , dans le plan primordial, devait être unie à la gloire de la virginité. Une autre manière de la concevoir leur semblait incompatible avec cette pureté parfaite et cette quiétude céleste du paradis.

S. Augustin embrassa d'abord cette opinion s, mais il ne tarda point à l'abandonner ; et généralement il enseigna que la loi de la génération , pour le genre humain , était , dans l'état d'innocence , ce qu'elle est aujourd'hui depuis le péché, avec cette différence toutefois que , dans l'état d'innocence , l'union des sexes se fût accomplie , par le seul commandement de la volonté, avec une parfaite tranquillité de corps et d'esprit , sans le cortège des mouvements désordonnés qui la troublent présentement , sans que l'homme ressentit en sa chair l'aiguillon de la volupté , ni que la virginité de sa femme en souffrit aucune atteinte. «La génération, dit-il, se serait accomplie avec la même facilité que l'accouchement ; car la mère aurait enfanté sans douleur, et l'enfant serait sorti du sein maternel sans aucun effort , comme un fruit , quand il est mûr, se détache de l'arbre qui le portait 3 . »

S. Cyrille d'Alexandrie ^ a pensé là -dessus comme S. Âi^ustin, et leur opinion, suivie par S. Thomas et par S. Bonaventure ^ , est l'opinion générale des théologiens. Il est difficile de ne pas reconnaître avec eux que le sentiment contraire tend à aviUr le mariage , en le présentant comme la conséquence et la punition du péché.

I Chrys., de virg,, c. 15, p. 180, t. 1.

3 S. Ang., de retract., 1. 1, c. 13, n. 8, t. 1, p. 21, et I. 2, c. 22, p. 49.

3 S. Àug., de Civit, Dei, 1. li, c. 26.— Voir la note £ à la fin du volume.

4 Adv. Jul.j 1. 3.

& Sum, 1. P. quœtt. 98, art. 2. — S. Bon., m 2. diitinct. 20. q. 1.

340 S. JEAN GHRYSOSTOME.

Quoi qu'il en soit , Gbrysostôme , éloigoé par le caractère de son esprit des vaines recherches et des hypothèses curieuses, insiste peu sur cette question, et n'établit l'excellence de la vii^inité que par une série de hautes et belles considérations entremêlées aux avis pratiques les plus sages.

«Prenons garde, dit-il, nous exposerions à tomber dans l'abyme de l'impureté ceux que nous pousserions témérairement à la virginité. Toute âme n'est pas faite pour prendre son vol aussi haut.... Je sais quels efforts, quels combats exige cette vertu . Une guerre pareille ne peut être soutenue qu'à l'aide d'un grand courage, d'une grande résolution, d'un grand éloignement des plaisirs. Il faut marcher sur le feu sans se brûler, passer au travers des épées sans recevoir de blessures ; car telle est la force de la concupiscence , qu'elle est plus redoutable que le fer et le feu , et si l'on n'est disposé à tout braver pour la vaincre , on est sûr de se perdre. Nul espoir de résister si l'on n'a une patience extrême , une vigilance incessante, une volonté aussi inattaquable que le diamant , si l'on n'entoure son âme de murs , de fossés , de boulevards , d'une garde attentive et puissante , et surtout si l'on n'a pour soi la faveur du Ciel ; car, si le Seigneur ne garde lui-même la ville, c'est en vain que l'an veille pour la garder > . Cette faveur, nous ne l'obtiendrons qu'à condition d'unir à nos bons sentiments de généreux efforts , les jeûnes répétés, le respect des commandements, l'observation exacte de la loi. Surtout défendons - nous d'une confiance téméraire en nous-mêmes, et, quoi que nous fassions , restons pénétrés de ces paroles : Si le Seigneur ne garde lui-même la ville , c'est en vain que l'on veille pour la garder. Notre lutte , en effet, n'est pas seulement contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances infernales, contre les princes du monde, c'est-à-dire

• Pi. 126.

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