CHAPITRE Vin
gravité imposante et douce respire sur son visage, plus disposé à pleurer qu'à rire. Et quand je parle de larmes, ne vous im^^inez rien de lugubre ; ces larmes , en effet , portent avec elles plus de plaisir que les joies du monde < . Affranchie de toute importunité , tranquille dans sa maison comme dans le port le plus calme , au milieu d'un silence profond , dans une parfaite sérénité , la vierge a le bonheur de s'entretenir avec Dieu et de le contempler sans cesse. Et qui pourrait mesurer une volupté de cette nature ! Quel discours pourrait exprimer la joie d'une âme ainsi impressionnée ! Ceux-là seuls qui mettent en Dieu leurs délices , peuvent apprécier une félicité pareille et savoir combien elle est au-dessus de toute comparaison ^ . »
En résumé , ce livre , où Ton respire la fleur la plus exquise du spiritualisme chrétien , et tout entier écrit de verve , ^ malgré les détails de mœurs qu'il renferme , malgré l'argumentation serrée de lauteur, est presque autant un hymne à la virginité qu'un traité sur cette vertu. En dehors du point de vue surnaturel où il fut écrit , rien n'avait alors plus d'à -propos: car il s'agissait de poursuivre en ses derniers retranchements le sensualisme païen. Le culte de la virginité était l'antipode du culte des dieux. Le propager sur la terre , le préconiser avec succès , c'était la manière la plus brillante et la plus sûre à la fois de combattre l'idolâtrie , nn moyen plus direct et plus prompt d'en finir avec elle , que la CUé de Dieu de S. Augustin et le Discours contre les Gentils de S. Chrysostôme. L'effort d'une vertu commune ne suffisait pas à soulever l'humanité affaissée sur elle-même, à guérir ce grand malade. Pour la sauver, il fallait renouveler l'air empoisonné qu'elle respirait , verser dans ses poumons de l'oxygène , dans ses veines pourries quelques gouttes au moins d'un sang virginal ; il fallait la
' Chrys., de virgin., c. 63, 64.
2 Jbid., c. 68.
M4 S. JEAN GHUYSOSTOME.
pénétrer, la saturer de spiritualisme. Le monde avait échoué dans ta boue y il y sombrait. Pour le renflouer, pour l'arracher à Tabyme , le spiritualisme le plus intense était nécessaire. Pour que l'homme redevînt homme , il fallait que quelques hommes se fissent anges.
De là , les anachorètes , la foule des vierges et des veuves consacrées à Fautel et aux pauvres, le célibat ecclésiastique, et les écrits de Chrysostôme et des autres Pères sur la virginité. C'était la réaction nécessaire de l'esprit chrétien contre le paganisme , l'élan de l'âme régénérée '))ar l'Évangile , heureuse d'échapper le plus possible à un ordre de choses qui la souillaient et la dégradaient , et , dans le bonheur de sa Uberté , prenant son vol jusqu'à la hauteur des anges. Le chrétien qui poursuit, comme le plus noble but de son existence , son union à Dieu , se fût dépouillé de ses sens, s'il l'avait pu, pour être plus complètement et plus tôt consommé en un avec Jésus-Christ. La vii^inité était le moyen et le commencement de cette transformation. Elle amoindrissait la chair, elle la purifiait et semblait la spirituahser.
Du reste , le livre de Jean fut accueilli avec faveur dans le monde religieux. On peut dire qu'il contribua à fonder sa réputation et à préparer ses succès apostoliques. Il compte à bon droit parmi les œuvres les plus belles du saint docteur. Lui-même , il le citait du haut de la chaire , non sans complaisance , et engageait à le lire < .
Nous croyons pouvoir rapporter aussi au diaconat de Chrysostôme un autre écrit, assez long, mais inférieur à bien des égards à ceux déjà cités: je veux dire le livre sur 5. Babylas contre Julien et les Gen/i/s 3; livre diffus, négligé, où il n'a guère fait que jeter d'une main rapide les notes sur lesquelles il avait le projet de travailler. On regrette
^ Cbryg., t. 10 , p. 168; — hom, 19 m 1. ad Corinth., in fin, 3 Voir la note Af â la fin du volume.