‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 125 sur 282 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

qu'il ait parlé de S. Babylas sur des bruits populaires plutôt que d'après des documents authentiques. Néanmoins, ce qui manque à ce travail n'empêche pas qu'il n'ait , au point de vue historique , un véritable intérêt , et qu'il ne renferme des pages d'une admirable énergie et tout-à-fait dignes du grand orateur.

S. Babylas , successeur de Zébin et douzième évéque d'Antioche, gouverna cette église depuis Tan 237 environ jusqu'à l'an 250, sous les empereurs Gordien III, Philippe et Trajan-Dècè. « Cet homme admirable, dit notre Saint, si toutefois nous pouvons l'appeler un homme, illustra son épiscopat par un acte de courage digne d'Élie et de Jean- Baptiste'. »

«Un empereur régnait à cette époque, poursuit Chrysostôme, qui s'était souillé d'un crime affreux. Sans respect pour la foi jurée, sans pitié pour la faiblesse et l'innocence, foulant aux pieds l'honneur, la religion, la nature, il mit à mort un jeune enfant déposé dans ses mains , comme un gage de paix , par un prince allié de l'empire , qui croyait confier son fils à un ami et le hvrait à une bête féroce > . . . ... Quand je pense à ce scélérat, avec ses armes, avec son épée nue , quand je vois à ses pieds la victime sans défense , ne pouvant ni fuir ni se venger, recevant le coup fatal , se débattant sur le pavé, l'inondant d'un ruisseau de sang, mes entrailles se déchirent, ma pensée s'obscurcit, un nuage s'étend sur mes yeux. Mais le monstre n'est pas autrement ému que s'il venait de frapper un mouton ou un veau. Et l'enfant gisait , mort de sa blessure ; le meurtrier, fier de son 'crime, en préparait un autre... Il osa, l'impudent , l'endurci , se présenter à l'église 3 . Mais Babylas gouvernait le peuple de Jésus-Christ. Sans s'inquiéter du

< Chryt , de 5. Babyl.y d. 6, t. 2, p. 5U « /Wd., n. 5, t. 2. p. 5i2.

> !bid., p. 5ii.

titre ni de la puissance da coupable, il le cbassa du saint lieu avec autant de calme que le berger chasse du troupeau une brebis galeuse > pour ne pas infecter les autres. Il montrait ainsi , conformément à la parole du Sauveur , que celui-là seul est esclave qui fait le péché , esclave même quand il porterait cent diadèmes et qu'il verrait le monde à ses pieds, tandis que le plus humble des sujets, s'il a sa conscience pure, est plus roi que tous les rois 2.... Un vieillard, un homme pauvrement vêtu arrêta sur le seuil de l'église un empereur, le chef d'un grand empire, le maître d'une grande armée , comme il aurait fait d'un homme de rien. Traversant la foule des gardes, des tribuns, des courtisans , il fut droit à l'autocrate , lui mit la main sur la poitrine ' et lui enjoignit de se retirer. L'œil divinement éclairé, le généreux pontife ne vit dans cette pompe impériale qu'une peinture, une ombre, un songe. Cet éclat d'une majesté terrestre , loin de l'éblouir ou de le troubler , le faisait penser à cette majesté souveraine dont le trône est assis sur les Chérubins , à ce grand tribunal qui ne fait aucune acception de personnes. Il monta en esprit de la terre aux cieux ; et comme s'il eût entendu le juge terrible condamner et repousser cet affreux criminel , il le séquestra du bercail «... Mais , aussi sage que ferme , il fit voir par sa modération que sa liberté n'était ni témérité ni violence , mais l'accomplissement d'un devoir. Il ne dit que ce qu'il fallait dire , et se borna à mesurer le remède à la grandeur du mal. Par là il apprenait à tous, païens ou fidèles, que dans l'église de Jésus-Christ , quand il s'agit de correction et de punition , les plus grands ne sont pas au-dessus des plus petits. En même temps il donnait une grande leçon aux

' Voir la note iV à la fin du volume. * Chrys., 1. de S. Babyl.9 n. 6, t. S, p. 545. 3 ld.,ibid.

« Ibid., p. 546.

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rois et aux prêtres futurs , abaissant Forgueil des uns , relevant le courage des autres , et déclarant que le prêtre préside aux choses d'ici-bas plus véritablement que celui qui porte la pourpre , et qu'il doit se laisser dépouiller de la vie plutôt que de renoncer au pouvoir qu'il tient de Dieu ^ . »

Selon notre Saint >, la sagesse du pontife fut perdue pour le tyran. Furieux contre celui qu'il eût dû bénir «, il le fit jeter en prison et mettre à mort *. Babylas avait demandé à être aiterré avec ses chaînes <^, et les voilà, dit Chrysost6me, à côté de ses cendres pour exhorter tout ce qui est chef dans l'Églis^ à souffrir avec empressement , avec bonheur, la prison , h mort, tous les maux , plutôt que de trahir ou de déshonorer la Uberté sainte qui leur a été confiée».

Un siècle s'était écoulé lorsqu'on 351 le césar Gallus fit transférer les reliques du martyr à Daphné. Il voulait sanctifier un lieu que profanaient depuis long-temps les fêtes licencieuses et les orgies impures du paganisme. Là, à côté du temple do Soleil , une église fut dédiée au vrai Dieu , et Von y déposa le corps de S. Babylas. Dès ce jour, l'oracle d'Apollon garda le silence. Julien^ venu à Antioche en 362, voulut lui rendre la parole et n'épargna rien pour cela : il multiplia les libations et les victimes , couvrit de sang les autels de Ds^hné, ajouta aux hécatombes de bœufs les sacrifices humains ?. Le Dieu s'obstinait à se taire. A la fin > il retrouva la voix pour demander Féloignement des morts qui le gênaient, et là-dessus l'histrion couronné, ditChrysostome s, enjoignit aux chrétiens d'emporter au plus tôt les

I Chm., de 5. Babyl., n. 9, p. 551.

' Ibid. — Eusèbe dit au contraire que Philippe se soumit è la pénitence imposée. (Eus., i>ûf.)

' Chrys., VAd., n. 9, p. 552.

4 Voir la note 0 à la fin du volume.

* Chrys., ibid., n. il, p. 554.

« Ib., iM,

' Chrys., ibid., p. 560, n. 14.

• Id., ibid., p. 562, n. 16.

cendres de leur martyr. La châsse qui les renfermait fut placée sur un char, que les fidèles se disputèrent Thonneur de traîner eux-mêmes , et ramenée triomphalement à Antioche au milieu d'un immense concours de peuple , chantant des psaumes et répétant de temps à autre » en forme de refrain , ces paroles du prophète : Que tous ceux qui adorent les idoles soient confondus ! Qu'ils soient couverts de hante, ceux qui mettent leur espérance dans les faux dieux!

Julien blessé de cette démonstration résolut d'en punir les . auteurs. Il fit arrêter et appliquer à la question un certain nombre de chrétiens. Sur le chevalet, livrés au bourreau, ils répétaient d'un visage calme et riant les cantiques de la veille : Qu'ils soient confondus les adorateurs des idoles, ceux qui mettent leur gloire dans les faux dieux ! Quelques jours après, la foudre tomba sur le temple d'Apollon. La statue du dieu fut brisée en morceaux et la toiture de l'édifice réduite en cendres ; le feu du ciel n'épargna que les quatre murs et les colonnes qui les entouraient. L'autocrate furieux essaya de tromper l'opinion publique en lui persuadant que ce fatal incendie était le fait de la négligence des prêtres des idoles , ou de la criminelle vengeance des chrétiens. Il n'y réussit pas. On resta convaincu que la foudre seule avait abattu le dieu et son sanctuaire. Aux yeux des païens c'était un sinistre présage. Julien , qui avait sur les bras son expédition dans la Perse , différa sa vengeance jusqu'à son retour, qui n'eut pas heu , et se borna , pour le moment , à fermer la grande église d'Antioche , après l'avoir dépouillée de ses ornements les plus riches et de ses vases sacrés ' .

Quant aux reliques du saint martyr, la ville ne voulut plus s'en séparer. Mélèce bâtit , pour leur servir de demeure, une belle église, dont il pressa la construction avec tant

> Cbrys., de S. BabyL, n. U, 15, 16, 22, etc. — Soiom., 1. 5, c. 19 et 20. --Theod., 1. 3, c. 9 et 10.— RufBa., 1. 10, c. 36. — Liban.» ont. 6. — Am. Marc, 1. 22, n. 13.

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