CHAPITRE Vm
de zèle qu'il y mettait les mains lui-même comme un simple ouvrier. Plus tard son propre corps y fut déposé à côté du corps de S. Babylas.
Ces faits sont devenus , sous la plume de Chrysostôme » son traité contre Julien et les Gentils, c'est-à-dire une démonstration de la vérité du Christianisme à l'adresse des philosophes d'Antioche. I^s efforts de Julien pour restaurer le polythéisme déchu leur avaient inspiré tant de confiance , que rien n'égalait leur abattement depuis que leurs prévisions étaient démenties. Jean se moque de leur désespoir, et, sans respect pour son ancien maftre, il tourne en ridicule les longues lamentations de Libanius sur la chute des dieux. Quelle joie dédaigneuse , quelle verve ironique quand il met en regard l'absurdité, l'immoralité du polythéisme avec la beauté et la sainteté de la morale chrétienne , quand il oppose à la honteuse agonie de l'un les progrès croissants et irrésistibles de l'autre ! « Vous aviez pour vous , dit - il , les lois , les empereurs , le peuple , tous les intérêts , toutes les passions , des habitudes prises depuis des siècles, et vous deviez écraser sous le poids de vos haines et de votre puissance une religion naissante qui avait tout contre elle. Un pécheur de poissons, un fabricant de tentes, des hommes de rien, voilà les chefs dont elle osait se glorifier devant un monde ennemi. Et cependant l'erreur des Gentils , si fortement protégée , jamais persécutée , s'éteint et s'écroule d'elle-même comme un corps rongé par un mal ancien qui tombe en pourriture ^ . Vos dieux ne se soutenaient que par la faveur des Césars. Leurs prêtres, en effet , ceux à qui incombe la garde des mystères , «révèrent les Césars plus que des maîtres, plus que des dieux. La seule crainte de l'empereur les retient aux pieds des idoles ; et en vérité , ces méchants démons ne doivent qu'aux
> Chryt., de S. Babyl. cdtiir. in/., o. 8.
ÎM s. JEAN CHRYSOSTOME.
empereurs la grâce d*étre honorés. Mais qu'un prince monte sur le trône avec une religion différente , aussitôt les temples sont délaissés. Entrez-y, vous verrez les murs tapissés de toiles d'araignées , et la statue du dieu couverte d'une telle couche de poussière qu'on ne peut distinguer ni le nez, ni l'œil, ni aucun de^ traits du visage. De l'autel, il ne reste plus que des débris , et l'herbe y pousse si épaisse qu'à moins de savoir qu'il y eut là un autel , on dirait un tas de fumier ^ . Quelle différence avec les chrétiens ! Ce qu'ils ont plus à redouter, c'est la faveur des rois. La paix les énerve, la persécution les grandit. Vienne un empereur ennemi qui les accable de disgrâces , c'est alors qu'ils prospèrent , alors qu'éclate dans toute sa splendeur la divine vertu de leur foi. On cite des villes fidèles aux idoles. Mais d'abord elles sont en petit nombre ; et puis , faut-il le dire, ce sont les danses , les festins , les orgies , les obscénités qui attirent encore quelques adorateurs à ces autels dé^O'norés. Leurs dévots sont des paresseux, des parasites, qui vivent des restes des sacrifices. €hez nous, ceux qui ne sont pauvres que par le fait de leur lâcheté sont invités à travailler. Nous ne nourrissons que les infirmes , les estropiés, les vieillards ; nous ne connaissons ni vos fêtes , ni vos banquets , ni vos orgies ; nulle trace de ces turpitudes pamoi nous ; on ne nous apprend que ce qui est grare , ce qui est chaste, ce qui est juste, ce qui est digne, tout ce qui inspire la vertu , tout ce qui honore l'humanité "< . »
Quelle énergie encore, quel éloquent mépris dans ce tableau de la restauration du polythéisme par l'empereiff apostat ! Les pieds sur la terre, dit-il , il aboyait conire le Ciel, à la mamère des oUens enragés, qui te jettent mur teux'là mêmes qui tes ont nourris <. « Devins, sordere,
1 Chrys., n. 5, t. 2, p. 518.
3 Chrys., tM6., n. 8.
s Chrys., de Hier, martyr, 5. BabyL, n. 1 , t. S, p. 53S.