‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 127 sur 282 · CHAPITRE VIII. 5M · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. 5M

magiciens, araspices, augures, tous les ateliers de sorcellerie, étaient accourus de partout. II fallait voir le palais impérial regorgeant d'esclaves fugitifs, d'hommes infâmes. Tous ceux qui mouraient de faim, qui avaient été condamnés pour maléfices et empoisonnements , tous les échappés des prisons et des mines , cent qui gagnaient leur vie à grand'- peine dans de honteux métiers, étaient transformés en pontifes, en prophètes, et comblés d'honneurs. Quant aux généraux , aux gouverneurs de provinces , Julien les tenait à l'écart, il les méprisait. En revanche , il traînait à sa suite par la ville et dans les rues les plus vils débauchés et des courtisanes tirées des lieux de prostitution. Le cheval impérial et les prétoriens suivaient par derrière à une grande distance. Tout ce que le vice a de plus hideux marchait à côté de l'empereur, avec des éclats de rire et des paroles dignes d'une telle société. La postérité croira difficilement qu'on ait porté à ce point la turpitude et l'absurdité. Le plus obscur des hommes , le plus vil , n'en viendrait pas là. Mais les témoins oculaires vivent encore; ils sont au milieu de nous. Aucun ne m'accusera de vouloir faire accroire des mensonges. Jeunes et vieux, je les adjure de dire si j'ajoute quelque chose à la vérité. Je puis omettre, je n'ajoute pas.... Qui pourrait dénombrer les opérations magiques auxquelles ce misérable s'est livré , les enfants qu'il a immolés? Car les sacrifices humains, abolis depuis l'avènement de Jésus-Christ , il a essayé de les rétablir 1 . »

Du reste , le thème de ce livre , qui n'est d'ailleurs que l'ébauche d'un livre , avait été traité déjà avec autant de talent que de succès par Lactance dans ses Institutions divines; par Eusèbe, dans sa Démonstration évangétiqtce , trésor d'érudition en tout genre ; par Matemus , dans son

1 Chryi., de S. Babyl, ado. JuL, u. 15, p. 559.

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livre des Religions profanes, écrit avec tant de chaleur ; par S. Athanase , dans ses admirables discours cimlre les Gentils et sur Y Incarnation du Verbe,, où il montre dans la chute originelle le principe et le point de départ de l'idolâtrie et de Féloignement de Dieu. Un peu plus tard, ce fut le sujet d'un des beaux ouvrages de S.Augustin, la Cité de Dieu, magnifique apologie et la seule complète du Christianisme , où le grand docteur ne se borne pas à réfuter les divers systèmes de mythologie , celui des poètes , celui des politiques , celui des philosophes , non plus qu'à cx)mbattre le Néo-Platonisme avec son idolâtrie quintessenciée et sa théurgie ; mais où il présente dans toute sa beauté la cité de Dieu , en commençant par la création , et poursuivant la destinée de la race humaine et le développement de la pensée divine depuis l'origine des temps jusqu'à l'éternelle félicité des élus dans le ciel.

Certes , le livre de Jean , qui , tout inachevé qu'il est , impressionna vivement ses concitoyens, est loirt de ces grands et savants travaux. Au surplus, il semble avoir traité Julien comme il méritait de l'être : tant les objections du sophiste roi et de ses amis trahissaient une inconcevable ignorance du Christianisme , de ses dogmes, de sa nature , de son esprit ! La polémique , d'ailleurs , n'avait qu'un médiocre intérêt pour la grande masse des sectateurs du paganisme. Ce n'était point une aversion prononcée de l'Évangile qui les retenait dans l'erreur , mais plutôt leur indolence morale , le poids des habitudes , l'absence de besoins religieux. Une observation du saint docteur en est la preuve frappante : il assure que , de son temps , les écrits des philosophes païens contre la religion de Jésus Christ étaient en grande partie perdus , et qu'on n'en retrouvait les restes que chez les chrétiens > •

1 CUrjs., de S. Balfyl., n. t in /Su., t. 2 . p. 539.

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