CHAPITRE NEUVIÈME
L'évéqne Flarien. — Ordination de Jean. — * Flavien lui confie le ministère 4e la parole et une partie de son autorité. — Origine de la ville d*Antioche.
. — Sa situation. — Son importance. — Mœurs et caractères de ses habitants. — Histoire de Pélagie, surnommée la Perle, ~ Église d*Antioche.
— Maison de 3. Paul. <- Épiscopat de S. Pierre. — Premiers étéques d*Antioche. — École d'Anlioche. — Ses hommes illustres. ~ Ses tendances. — Son opposition à Técole d'Alexandrie. — Paul de Samosate.
— Attachement de TÉglise d*Antioche h TÉglise Romaine. — Richesses et juridiction de TÉglise d'Anlioche — Décadence d*Antioche. — Premier discours de Chrysostôme. ~ L'église d*Or. — La Palée. — Concile de la Dédicace. — Jours de prédication.
Tels furent , du moms en partie , les travaux de Jean pendant les cinq années de son diaconat. lis le préparaient à ce grand ministère redouté de sa modestie , dont il avait retracé en de vives peintures les devoirs et les périls, mais dont il ne pouvait plus décliner le fardeau.
Nous Favons dit : Mélèce descendu dans la tombe , Flavien lui avait succédé. Son élection, combattue par S. Grégoire de Nazianze dans le concile de Constantinople, inspirée à la majorité de cette assemblée par un déplorable esprit d'opposition à Rome et à FOccident , était an malheur ; et , même en supposant qu'il ne fût pas lié par une convention antérieure , on ne s'explique pas qu'un homme d'un caractère aussi élevé , d'une piété si sincère que Flavien , ait consenti à s'asseoir sur la chaife d'Ântioché , au moment où il ne le pouvait , dit Tillemont , qu^avec scandale et en troublant la paix de l^ Église > .
> Tillem., I. 10, p. 528.
Certes , si quelque chose pouvait racheter le vice et les ioconvénients d'une pareille situation , c'était le mérite personnel de Flavien. Nul dans le clei^é d'Ântioche n'avait rendu plus de services , ni donné plus de gages à l'orthodoxie. Simple laïque, il combattait pour elle avec un courage redouté des Ariens. Devenu prêtre , il fut , pendant de longues années de périls et d'orages , en l'absence du pontife exilé, l'appui, le guide, le salut de l'Église d*Antioche. Elle s'était habituée à le vénérer et à l'aimer, et il lui semblait que la succession de Mélèce ne pouvait échoir à un autre. Flavien avait soixante-et-dix ans le jour de sa consécration ; mais l'épiscopat , loin d'écraser sa vieillesse , parut le rajeunir. La charité lui rendant les forces que l'âge éteignait , on le vit , vingt-trois ans durant , suffire à tout par l'abondance de son zèle et la sagesse de son administration. Orthodoxe inflexible , il chassa du pays la secte impure des Massaliens : espèce d'illuminisme grossier qui condamnait le travail, interdisait toute autre occupation que la prière et la mendicité, et prétendait conduire à une vertu assez consommée pour qu'on pût, en se livrant à tous les désordres, ne commettre aucun péché. Mais à la rigide fermeté des principes, Flavien joignait la mansuétude et la charité. Sous ce rapport, personne plus que lui ne pouvait remplacer Mélèce. Le peuple d'Antioche, léger et mobile, qui conservait, en dépit de sa nature frivole , un profond souvenir de son vieux pontife , et entourait sa tombe comme les abeilles une ruche * , croyait le voir, l'entendre , lui obéir dans la personne de son successeur. On aimait dans celui-ci sa splendide vieillesse, sa figure imposante , son langage sans éclat, mais plein d'à-propos et de charme , l'humilité dans la grandeur, la charité surtout. Né dans l'opulence, il s'était dépouillé de sa fortune en faveur des pauvres , et n'avait
< Chrys., m S. Meitl., l. 9 , p. 5S«.