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CHAPITRE IX

Bâtie d'abord sur une des rives de TOronte, Antioche passa vite sur l'autre , et, dans ses rapides accroissements, couvrit la plaine et les coteaux qui Fenceignent , sur lesquels elle étagea et déploya par gradins ses nombreux et somptueux monuments. On eût dit qu'elle voulait rivaliser, par ses magnificences architecturales , avec celles de la nature qui l'entourait , la plus belle peut-être du monde. Un ciel pur, un climat enchanté , où l'hiver dure à peine quelques jours , où l'été ressemble au printemps , un sol Tertile arrosé par quatre rivières < et tout couvert de grenadiers , de pistachiers , de vignes suspendues aux arbres , d'oliviers grands et larges comme des hêtres , de palmiers , de figuiers , de pêchers , de citronniers ; un paysage superbe , où les toits dorés des villas étincelaient entre les masses vertes des arbres , et dont les perspectives infinies portaient l'œil de bosquet en bosquet , de coteau en coteau , par une série de plans admirablement dégradés jusqu'aux sommets lointains et sourcilleux de l'Amanus , du Casius et du Liban ; le voisinage de la mer , celui de Daphné aux belles eaux , aux magnifiques ombrages , tout cela faisait d'Antioche un séjour délicieux, incomparable, qu'on eût voulu ne quitter jamais. On eût dit un coin de l'antique Éden , oublié par la colère de Dieu, embelli par le génie de l'homme.

Vue à vol d'oiseau , la ville avait la forme d'une ellipse arrondie , dont le grand diamètre était d'une lieue et demie de long. Son enceinte , encore reconnaissable à quelques débris restés debout , n'avait pas moins de quatre ou cinq lieues de circuit, et renfermait quatre villes dans une. Du moins» les quatre quartiers qui formaient la ville entière étaient clos chacun de murs et de portes comme une ville à part. Le plus ancien , le plus vaste , berceau des autres, portait le nom de Palée, et communiquait avec la ville

1 Strab., 1. 16, c. 2, d. 7. L'Oronte, TAreeulhus, le Labotas et l'Œnoparaa.

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nouvelle au-delà de TOronte , ou dans une (le du fleuve , par cinq ponts de pierre magnifiques < .

Ammien , qui était d'Ântioche , l'appelle avec raison la belle métropole de FOrient > , et en parle avec orgueil comme d'une ville connue et admirée de tout l'univers , sans rivale par les richesses de son sol et par celles qu'y faisait afQuer le commerce. Capitale du royaume de Syrie sous les successeurs d'Alexandre, elle avait vu toutes les merveilles de l'Asie et de la Grèce affluer dans les palais de ses rois , et nul souverain ne pouvait étaler aux yeux éblouis de Rome tant d'or, de pierreries, de chefs-d'œuvre 3. Tombée à son tour sous le joug qui courbait tous les peuples , elle devint le siège de l'administration romaine en Orient , et César la décora du titre de cité sainte et à jamais mémorable*. Les empereurs aimaient à la consoler de sa déchéance en la comblant de privilèges. Tibère avait fait creuser pour elle le port de Séleucie, auquel elle se reliait par l'Oronte , et qui n'était en définitive que le port d'Antioche. Et , toutefois , cette contrée si riante était une oasis sur un volcan. Un tremblement de terre la renversa de fond en comble au moment où Trajan y tenait sa cour. L'empereur, qui faillit périr dans ce grand désastre , la releva de ses ruines et la rendit plus belle que jamais. Elle était devenue déjà et continua d'être une résidence aimée des autocrates romains. Constance en faisait ses délices ; il l'orna de statues, de fontaines, de thermes, de palais, de magnifiques galeries , séjour royal des loisirs du peuple , et fit exécuter au port de Séleucie , pour le rendre plus sûr et d'un abord plus facile , des travaux grandioses. On trancha la montagne ; un immense bassin fut taillé dans le roc. Antioche

( Sirab., 1. 16, c. 2. Liban, m Ântioch.

3 Amm., 1. 21, c. 8; 1.22, c. 9.

• Cicer., in Verr. orat, 6, n. 61, 67.

4 Gibbon, c. 51, t. li, p. 28; d*après Jean Malala.

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