CHAPITRE IX. 96S
les homélies de Chrysostôme , allait applaudir au théâtre la danseuse Pélagie , suroommée la Perle ; on l'entourait , on l'escortait comme une reine quand eU« parcourait la ville , assise sur son âne à la façon de TOhent , la tète étinco* lante de pierreries , les pieds nus d'où retombaient des chaînes d'or, au milieu de jeunes gens qu'enivrait un de ses regards > .
Un jour la célèbre actrice, suivie de son joyeui cortège, passait devant l'élise de Saint-Julien, au laoment où plusieurs évéques assis sur la porte conversaient entre eux. Elle avait les épaules découvertes; un riche collier brillait a son cou ; Tau: sur son passage restait embaumé des parfums qui s'exhalaient de ses vêtements. Les prélats baissèrent les yeux. Un seul, Nonnus, d'Héiiopolis , osa la regarder et dire : Est-ce donc que cette beauté ne vous a pas plu ? Ses collègues gardaient le silence. Il baissa la tête et pleura. Puis, avec un profond soupir, cette beauté me plaît, s'écria-t-il. Car Dieu l'a choisie pour être l'ornement de son
trône , et nous , peut-êlre , nous serons condamnés !
Combien pensez-vous, reprit-il après un instant de silence, que cette femme a employé d'heures à se laver, à se parfumer pour plaire à ses adorateurs ? Et nous, appelés à contempLer dans le ciel le royal et magnifique époux de notre âme , à partager son bonheur, nous ne faisons rien pour embelhr cette âme et la rendre digne de lui > !.. .
La nuit qui précéda le dimanche , Nonnus eut un songe: Une colombe noire voltigeait dans leglise autour de l'autel ; et lui y la saisissant de sa main , la jetait dans le bassin d'eau du parvis , d'où elle ressortait resplendissante de blancheur. Le matin venu, il se rendit à la synaxe. Après la lecture de l'Évangile, l'évéque lui en remit le Uvre et le pria de parler au peuple. Or, Pélagie, qui avait figuré jadis parmi
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les catéchumènes , eut la fantaisie d*entrer ce jour- là dans le temple des Chrétiens. Elle écouta le saint orateur et se sentit émue. Bientôt ses yeux se remplirent de larmes , la grâce avait brisé son cœur. Rentrant chez elle dans une indicible agitation , elle rejeta avec dépit ses parures et écrivit au pontife, dont la voix venait de la remuer si profondément , une lettre pleine de repentir et de larmes , où elle implorait la permission de se présenter chez lui. Nonnus consentit à la recevoir en présence des autres évêques. Les pleurs de la pécheresse , ses humbles mais énergiques protestations, parurent à tous un gage suffisant de conversion. Elle fut instruite et baptisée . Une sainte diaconesse d' Antioche, Romaine, fut sa mère spirituelle, et le vieux pontife voulant célébrer par un festin cette heureuse naissance , fit ajouter un peu d'huile et de vin à son repas ^ .
Trois jours après, Pélagie apporta à Nonnus tout ce qu'elle avait d'or, de pierreries, de vêtements somptueux. Voilà , dit- elle , les richesses que je tenais de Satan , fais-en ce qui te plaira; je ne veux plus que celles de Jésus-Christ. Mais le sage prélat manda l'économe des pauvres et lui confia l'opulente dépouille , l'adjurant , par de terribles paroles , de n'en rien détourner pour l'église et de distribuer tout aux veuves et aux orphelins. Le même jour , la généreuse convertie affranchit ses esclaves , donna à chacun d'eux une chaîne d'or, les exhorta vivement à s'affranchir eux-mêmes du siècle mauvais pour se retrouver tous avec elle un jour dans la vraie vie , et ayant échangé sa robe blanche de néophyte contre un cilice, présent de Nonnus, elle disparut.
Deux ou trois ans s'étaient écoulés , quand un diacre d'Héliopolis, voyageant en Terre-Sainte et entendant parler de l'ascète Pelage, désira le connaître. Il vint au Mont des Oliviers , où résidait l'austère reclus , et frappant à la petite
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