CHAPITRE DL. M
Après avoir soivi Tévéqae aux tombeaux vénérés des martyrs dans les champs , on désertait la synaxe inachevée , pour aller prendre place au grand cirque , et Ton y passait la nuit pour ne pas manquer, le matin , la course des chars. Tout était spectacle pour ce peuple intelligent et frivole. Il avait rendu toutes les villes tributaires de ses plaisirs. Tyr et Béryte lui fournissaient des comédiens, Laodicée des conducteurs de chars , Césarée des pantomimes , Héliopolts et Ascalon des chanteurs et des lutteurs , Castaballa des danseurs de corde et des jongleurs. De brillants étalages, déployés dans les rues et sur X agora, offraient au regard ébloui toutes les fantaisies du luxe, les produits et les splendeurs de toutes les parties du monde connu. Rien n'était saisissant comme Taspect de cette cité moitié grecque, moitié asiatique , commerçante , chrétienne , lettrée « voluptueuse , ivre de doctrines et de plaisirs , s'endormant dans ses rêves joyeux au bruit des fêtes et du marteau , bercée par les oscillations menaçantes du sol sur le bord d'un abyme.
L'Église d'Antioche avait été lune des premières et des plus brillantes créations de l'Évangile. Fondée par S. Paul et S. Barnabe , elle eut pour premier évêque S. Pierre » , qui la gouverna sept ans , jusqu'au jour où , par l'ordre du CieU il transférait à Rome , avec sa chaire pontificale , le centre immortel de la catholicité. S. Luc, qui a consacré quelques pages à l'Éghse d'Antioche , sa mère , nous la montre prospère et florissante dès sa naissance «. On n'y comptait presque que des prophètes, des apôtres et des martyrs : c'était digne de la seconde des Églises-mères , de celle que l'on peut appeler le second berceau du Christianisme , dont les membres ont été les premiers à porter le
« Eui., Hut., 1. 3, c. 36. — Cliry»., t. 3, p. 70. -^ W , t 2, p. 597 — TUlem., t. 1, p. 168.
9 Act. dM Ap., c 11 8111.
268 S. JEAN GHRYSOSTOME.
nom de Chrétiens. Paul aimait à la visiter, et y séjouraa une année entière. On montrait encore, au temps de Chrysostôme , la maison qu'avait habitée le grand Apôtre s et la grotte où quelquefois il fut obligé de se cacher. A part TËglise de Rome, nulle autre ne pouvait se glorifier de compter tant de saints parmi ses pontifes , ni d'avoir donné tant de martyrs à la cause de Dieu. Évodius, Héron, Théophile, Sérapion , Asclépiade, Babylas, Philogone , Ëusthate , et par-dessus tous le grand Ignace , avaient perpétué sur ce siège éminent la doctrine et Tâme de S. Pierre. Pourquoi faut- il que le nom de Paul de Samosate se trouve mêlé à de si beaux noms ?
La campagne d'Antioche était toute couverte d'oratoires consacrés à la mémoire des martyrs et dépositaires de leurs reliques. C'était, suivant une parole de Chrysostôme , le diadème de la cité. Mais quels joyaux dans ce diadème que les noms de Lucien , de Barlaam , de Théodoret , de Nicephore, de Julien, dé Domnine avec ses deux filles, de Bonose et Maximilien, les magnanimes soldats, de Romain, qui, la langue coupée, parlait encore de Jésus-Christ, de Pélagie , l'héroïque enfant , qui se précipita du faite de sa maison dans le sein de Dieu pour sauver son honneur avec sa foi ! Le désert , même au-delà d'Antioche , était d'une sublime fécondité. Pierre, Zenon, Aphraate, Macédonius s'efforçaient de vivre sur la terre à la manière du ciel , et rivalisaient avec les plus grandes figures de la Thébaïde et du Sinaï.
Placée sur un grand confluent de doctrines , l'Église d'Antioche eut à préserver son enseignement du contact corrupteur des enseignements qui l'environnaient. Toutes les écoles de philosophie, toutes les sectes judaïques étaient représentées dans la brillante capitale de l'Orient. Ébion et
< Ghrys. t. 9, p. U3 , hom. 9. in ep. ad Hom.