‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 137 sur 282 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Cérinthe s'y glissèrent de bonne heure entre le Judaïsme et rÉvangile. La gnose de Saturnin y établit son siège principal : celle de Marcion y poussa des racines profondes ; les Manichéens et les Ëncratites y tinrent école. Mais la plus grande épreuve de cette fille-aînée de S. Pierre lui vint de son propre pasteur, quand Paul de Samosate, niant la divinité de Jésus-Christ , eiïaçant les personnes divines, essaya de substituer un rationalisme impie à l'antique foi de son troupeau. Parvenu à Tépiscopat on ne sait comment, cet homme alliait avec le titre d evéque celui d'inspecteur des impôts, et, cupide, sans probité, sans honneur, il s était ramassé en peu de temps , à force d'exactions et de concussions, une fortune considérable. Sa vie était aussi scandaleuse que ses enseignements ; mais sa haute position dans l'ËgUse, ses grandes richesses, son habileté à dissimuler ses erreurs en les propageant, le rendaient dangereux. 11 connivait aux faiblesses des uns , il achetait l'approbation des autres; bientôt il eut des partisans assez fanatiques pour remplacer, par des hymnes en son honneur, les hymnes chantées jusqu'alors à la gloire du Sauveur ; et .pendant plusieurs années , il tint dans une vive agitation la Syrie chrétienne et tout l'Orient « .

Mais la foi d'Anlioche trouva d'autres périls dans le sein même de l'école destinée à l'expliquer et à la défendre. Fondée après celle d'Alexandrie , l'école exégétique d'Antioche compta parmi ses maîtres ou ses disciples de grands saints et d'illustres docteurs : S. Théophile , S. Sérapion , venus tous les deux du paganisme et tous les deux célèbres par leurs travaux, S. Asclépiade, élève de Clément d'Alexandrie, S. Euslhate, S. Mélèce, l'évêque Flavien, Jean, le grand orateur, le martyr S. Lucien, qui publia une édition revisée de la Bible des Septante , Malchion , qui

1 Eus.» HUt., 1. 7, c. 29.

970 S. JEA^i CHRYSOSTOME.

démasqua Paul de Samosate, S. Dorothée s qui professa les saintes lettres avec éclat , Diodore de Tarse , qni fat le maître et Tami de Chrysostôme , mais aussi de Théodore de Mopsoeste , Théodore! , dont l'orthodoxie est moins in* contestable que la vertu ; mais rivale de Técde d'Alexandrie , dont elle n eut ni la célébrité ni la puissance , elle mit sa gloire à opposer une méthode à une autre , l'interprétation littérale du texte sacré à l'interprétation allégorique chère aux docteurs alexandrins. Plus sage au premier aspect , ce système , trop réaliste , amoindrissait la portée des divins oracles , renfermait implicitement le dédain de la tradition , véritable clef des écritures , et glissait sur la pente du libre examen et du rationalisme. On le vit par Paul de Samosate , par Lucien , regardé comme le précurseur d'Arius >, et plus tard, par Apollinaire, Théodore de Mopsueste , Jean d'Antioche et Nest(»rias , sortis tous de la môme école ; en sorte qu'on a pu la signaler, non sans raison, comme le vrai berceau de l'ApoUinarisme , du Pélagianisme , du Nestorianisme, peut-être même de FArianisme ^. L'esprit de Paul de Samosate lui survivait dans l'école (f Antioche et n'en disparut jamais ^ .

Mais les hérésies qui purent troubler, opprimer cette grande Église fondée par le chef des apôtres , ne purent lui ravir la pureté de sa foi. Siège primitif de S. Pierre, elle avait avec l'Eglise Romaine une parenté trop intime pour s'en séparer. Un hérésiarque s'assit sur la chaire de ses pontifes , et , loin de réussir à l'^arer, il lui fournit l'occasion de réunir dans son sein d'illustres conciles , où l'erreur

1 Eus., 1. 7, c. 32.

3 D. Ceillier (t. 4, p. 51 ), Rohrb (I. 30, t. 7, p. U) élablissent que ee Lucien, ami d'Eusèbe et disciple de Paul de Samosate, qui resta excla de l'ëglise sous trois t^véques (Lettre de S. Alexandre. -* Theod., lîb. t, e. i), n*est pas le saint martyr de ce nom.

s Theod., 1. 1, c. 4. — Philostorg., 1. 2, c. 14 et 15.

4 Mar. Mercai. daos la patrol. de Migne, t. 48, p. 258.

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