‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 139 sur 282 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

homme > obscur et sans mérite ait été élevé à une dignité si haute? Que de pareilles erreurs aient lieu pendant la nuit, on peut l'admettre. Souvent des hommes mutilés, manquant de tout , se sont figuré en dormant qu'ils étaient beaux, bien faits, assis à la table des princes; mais ce n'est là que l'effet du sommeil et l'imposture d'un songe , car le songe , de sa nature , crée des chimères et se repaît de choses merveilleuses et fausses. Tout change avec le jour, et la vérité prend alors la place de l'illusion. Mais ici , ce qui est arrivé , ce qui est un fait bien réel , ce que vous voyez de vos propres yeux est plus incroyable qu'un rêve. Et voilà une cité importante , célèbre , un peuple nombreux et admirable , qui se presse autour de moi , avide de mes paroles , et attend de ma faiblesse quelque chose de grand et de beau ! Or, quand mon discours devrait couler comme un fleuve intarissable, quand des sources d'éloquence jailliraient de mes lèvres , l'aspect de cette multitude accourue pour m'entendre suffirait, en m'intiinidant, à arrêter la source et le fleuve. Mais loin de trouver en moi cette abondance et ces torrents , je ne suis pas même une petite pluie ; puis-je donc ne pas être troublé? Me voilà comme un homme frappé de terreur qui laisse tomber de ses doigts ce qu'il tenait, ce qu'il étreignait dans sa main. Je crains que mon esprit ne subisse le même sort, et que les pauvres pensées que j'ai recueillies avec beaucoup de peine ne s'évanouissent de ma mémoire et ne laissent mon imagination au dépourvu. Je vous supplie donc tous, et vous qui commandez, et vous qui obéissez, puisque vous avez causé notre embarras par votre empressement, de nous inspirer la confiance par la ferveur de vos prières , et d'obtenir de celui qui donne la puissance de la parole au prédicateur de son Évangile , qu'il veuille bien diriger ma langue

* 11 avait plus de 40 ans.

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dans ce jour où j'ouvre la bouche pour la première fois < . H vous est facile , à vous qui êtes en si grand nombre et qui avez tant de crédit auprès de Dieu , de rendre l'assurance à un jeune homme déconcerté par la crainte ; et il est juste que vous vous prêtiez à mes demandes, puisque c'est à cause de vous que je cours une telle chance. Oui , c'est votre bienveillance , dont l'empire est si puissant sur mon âme , qui m'a déterminé à parler en public , quand je n'ai aucune habitude de la parole ; à entrer dans cette lice de l'enseignement, quand je me suis tenu jusqu'à ce jour parmi les auditeurs, dans un loisir silencieux 9. Nous avions besoin du secours d'en - haut , même autrefois , alors que nous menions dans la solitude une vie libre de tout souci ; mais à présent qu'élevé au sacerdoce par la faveur de Dieu ou par l'affection des hommes (je ne conteste pas avec vous sur ce point , afin qu'on ne m'accuse pas de parler avec dissimulation ou ironie), à présent, dis -je, qu'élevé au sacerdoce, il nous faut courber ia tête sous un joug pesant et difficile à porter, nous avons besoin de beaucoup d'aides et de prières, afin de pouvoir rendre au Seigneur le dépôt qu'il nous a confié , au jour où il demandera compte à chacun des talents qu'il lui prêta'.»

Mais du fond même de son humilité des flots de poésie montent à ses lèvres. «Je voulais, dit-il, offrir les prémices de mes discours à celui dont la bonté souveraine m'a donné la parole.. Mais hélas! le sage m'impose silence en me disant : La louange nest point belle dans la bouche du pécheur *. Et comme dans les couronnes il ne suffit pas que les fleurs soient pures, si la main qui les tresse ne

* Chryt., Sertn. eùm eu, orâinat,^ t. i, p. 436. 9 /d.,t6td.,p. 437.

s /Md.^p. 443.

^ Eeel, e. 15, v. 9.

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