CHAPITRE IX
l'est aussi ; de môme dans les hymnes sacrés il ne suffit pas que les paroles soient saintes , si Fâme qui les chante ne l'est encore. Or, mon âme est souillée : la confiance me manque.... « Mais tout-à-coup il lève la tête : la grande voix des mondes chante à son oreille la gloire de Dieu, «louez le Seigneur, habitants des cieux, louez-le dans les hauteurs du firmament. Anges, archanges, séraphins, puissances célestes , formez ensemble un seul chœur. Que toutes les créatures s'unissent à ce concert , les visibles et les invisibles, les supérieures et les inférieures; qu'elles exaltent dans un hymne sans fin le roi suprême de l'univers. Louez-le, habitants de la terre; louez-le, dragons, abymes des eaux ; feu , grêles , vents , tempêtes , louez le Seigneur.... Le monde est une lyre; mais il y a dans cette lyre une corde discordante et à retrancher, c'est le pécheur. ... Que faire donc? Garderai-je le silence? Personne ne me permettra-t-il de célébrer mon maître et mon Dieu? Sera-ce en vain que j'aurai réclamé vos prières? Non, ce n'est pas en vain. Elles ont brillé à mes regards comme un astre dans les ténèbres. Grâce à elles, j'ai trouvé une manière de glorifier le Seigneur : c'est de louer mes frères et mes semblables > . . . »
Ce discours, qui respire d'un bout à l'autre, avec une humilité sincère , un sentiment profond de la grandeur et des devoirs du sacerdoce , est aussi un hommage solennel à la charité de Flavien et à la mémoire vénérée de Mélèce. H fut accueilli par la faveur unanime des auditeurs. Cet accent de piété , dans une bouche éloquente , avait touché et ravi tout le monde. La puissance de l'orateur était désormais assurée.
Antioche possédait plusieurs églises , entre autres celle de Saint-Babylas , celle de Saint-Julien , la Palée, et la grande
» Chrys , t. 1, p. 438-439.
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église qu'on appelait aussi Y église cfor. Commencée pac Constantin en 326, terminée par Constance en 341 , la grande ^lise , dédiée à S. Pierre , était un superbe vaisseau de forme octogone , entouré de' portiques et couronné d'une haute coupole , dans le style nouvellement inauguré au Saint-Sépulcre et à Bethléem. On y avait prodigué les marbres précieux , les riches mosaïques , les peintures à fond d'or, toutes les splendeurs de l'art byzantin. Des lames de cuivr)^ doré recouvraient sa toiture , d'où lui venait son nom d'église d^or « •
La dédicace de cette basilique avait été l'occasion et le prétexte de ce malheureux concile d'Antioche , où S. Athanase fut déposé et Grégoire de Cappadoce élu à sa place. Ce fut là, dans cette déplorable assemblée , dont le chef de l'Arianisme , Eusëbe de Nicomédie, était l'âme , que fut invoqué contre le grand évéque d'Alexandrie ce prétendu canon qui , plus tard , devait être appliqué avec la même injustice à S. Chrysostôme , savoir : que si un évéque déposé par un concile rentre dans son siège sans s'être justiHé devant un autre concile , on doit le chasser de l'élise sans l'entendre même dans sa défense. Personne, dit Socrate, n'avait jamais entendu parler de ce canon , que la secte fabriqua sans doute pour la circonstance. « Du reste, ajoute le même historien , Jules , évéque de Rome , n'assistait pas à cette réunion , et n'y avait envoyé personne à sa place, bien que, suivant une ancienne règle ecclésiastique, il ne soit pas permis de rien ordonner dans l'Église sans le consentement de l' évéque de Rome « . »
Long-temps possédée par les Ariens , la grande église fut attribuée aux catholiques et remise à Mélèce , après la mort de Valens , par les commissaires de Gratien . Elle était devenue depuis lors le siège patriarcal d'Antioche.
1 Eus., m vit. Const., 1. 3, c. 49, aliàs 50. — Chrys., t. 11, p. 77 et 78. ^ Socr., I. 2, c. 8. — Voir la note 7 à la fin du volume.