CHAPITRE IX
Gbrysostôme y prêchait quelquefois en présence de Flavien. Mais c'est à la Palée qu'il se faisait plus souvent entendre.
La Palée , ainsi nommée à cause de son antiquité j ou peuirétre pour sa situation dans la vieille ville , était l'église apostolique, et, comme dit Chrysostôme, l'église- mère. Les fidèles d'Antioche la préféraient à toutes les autres. C'était là qu'ils se réunissaient, en des temps moins heureux , quand les Ariens , maîtres de la grande église , faisaient peser sur leurs adversaires la plus dure oppression. On croyait, d'ailleurs, que les apôtres eux-mêmes l'avaient fondée. Du moins, il semble qu'elle ait remplacé la pauvre maison où S. Pierre et S. Paul avaient souvent réuni les premiers hommes qui portèrent le nom de Chrétiens « . Détruite et rebâtie plusieurs fois , elle fut abattue de nouveau sous Dioclétien. Mais , la persécution finie , Vitalis , digne successeur des grands pontifes d'Antioche , s'empressa , selon l'expression de Baronius , de réunir les pierres éparses du sanctuaire >, et de relever de ses ruines cet antique berceau de la foi , consacré par de si grands souvenirs. L'œuvre qu'il avait commencé en 315, S. Philogone l'acheva en 319 , à la même époque où PauUn de Tyr édifiait la magnifique église célébrée par Eusèbe de Césarée. Sans pouvoir rivaliser avec la basilique d'Or, la Palée était cependant fort belle , et remarquable par son pavé de mosaïque et la hauteur de ses plafonds. Depuis que Jean y prêchait , on la trouvait petite ; et , quoique très-aérée , on se plaignait d'y étouffer. Socrate remarque qu'elle n'était pas orientée 3 .
C'est là que Chrysostôme avait son ambon , sa tribune , son trépied ; là , que l'inspiration s'emparant de son âme la versait en flots de lumière et d'harmonie sur un peuple
1 Chrys., t. 3, p. 60. -. Tillem., t. 6, p. 197.
2 Baroa., ad ann. 314, § 77. — Tbeod., 1. 1, c. 3.
9 Cbryt., t.3, p. 109, 160; t. 4, p. 42; t. 8, p. 16.— Socr., 1. 5, c. ââ.
impressionnable» enthousiaste, avide des nobles plaisirs de Foreille et de la pensée , autant que de spectacles et de fêtes. Il prêchait le dimanche et le samedi « ; plus souvent, quand se rencontraient dans la semaine des fêtes de martyrs à célébrer. On voit, par les Hotnélies sur la Genèse, qu'il parlait quelquefois cinq jours de suite ^ . Dans le Carême , les prédications étaient habituellement plus nombreuses , et aux environs de Pâques elles avaient lieu tous les jours 3. D'ordinaire les synaxes se tenaient le matin et finissaient avant midi ^ ; cependant , dans quelques circonstances , on se réunissait encore le soir ». Chrysostôme avait presque toujours un auditoire immense 0.
2 Id., t. i, p. 99 et 645.
9 /d, t. 2, p. 377; t. 4, p. 694; t. 5, p. 504 ; t. 8, p. 5 cl 143; 1.9, p. 335.
» /rf., t. 2, p. 97; t. 4, p. 66S.
^ Voir la note £/ à la fin du volume.