‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 142 sur 282 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Carême de 386. — Explication des premiers chapitres de la Genèse. — Création de Thomme. — Triple servitude dans Thumanité. — Succès de Jean. — Applaudissements — Prédication des Pères. — Prédication de Chrysostôme. — Qualités et défauts. — Sainte popularité. — Affection d'Antioche pour Chrysostôme. — Redites de Torateur. » Longueur des exordes. — Variété et clarté.— Appréciations par MM. Villemain et Albert. — Science des Écritures. — Commentaires de Jean. — Soin qu*il donne à ses discours. — Son genre de vie. — Promenades. — Consolations et découragements. — Surnom de Bouche-d^or.

Le carême de 386 suivit de près l'ordination de Jean et inaugura sa carrière apostolique ^ . On lisait alors dans l'assemblée des fidèles les premières pages de la Genèse : l'orateur en fit le thème de ses discours. C'est le sujet traité par S. Basile sous le nom A*Hexaëmeron; mais Chrysostôme s'occupe plus des origines de l'homme que de celles de la nature, dont il parle à peine. Du reste, des homélies prononcées dans cette circonstance , huit seulement sont venues jusqu'à nous 3. Elles eurent à Antioche le plus grand succès. Le peuple se précipitait aux synaxes pour entendre cette merveilleuse parole qui le charmait en l'instruisant; et, peu maître de ses impressions , il laissait éclater en bruyants transports son admiration indiscrète 3 .

L'orateur débute par quelques mots pleins de charme

I Le carême commençait, à Antioche, le lundi de la Quinquagésime , lequel, cette année, si Ton peut s'en rapporter aux tables pascales, était le 16 février.

^ On les a placées, dans le 4* vol. des œuvres du Saint, à la suite de son grand commentaire sur la Genèse.

sur le retour du carême. « Le printemps , dit-il , est agréable aux nautonniers , agréable aux laboureurs , mais il a pour eux moins de charmes que n'en a , pour ceux qui aspirent à la sagesse , cette époque de jeûne , qui est le printemps spirituel des âmes , la belle saison des pensées. Le printemps plaît aux laboureurs , parce qu'alors la terre se présente à leurs yeux couronnée de fleurs et parée d'un riche manteau de verdure ; il plaît aux nautonniers , parce qu'il leur permet de sillonner sans péril la plaine Uquide , où les dauphins jouent librement sur les flots apaisés et souvent même viennent bondir aulour des vaisseaux. Pour nous , le printemps du jeûne est aimable , parce qu'il calme les agitations, non de la mer, mais de nos passions, et qu'il nous tresse une couronne , non de fleurs , mais de grâces spirituelles. Tu orneras ta tête, dit le Sage, des dons de la grâce comme d*une couronne » . Le retour de l'hirondelle ne chasse pas l'hiver, plus sûrement que le retour du jeûne n'écarte de nos âmes les tempêtes des aiïections tumultueuses. Plus de combats entre la chair et l'esprit : l'esclave ne se soulève plus contre son maître. Donc , puisque nous jouissons de la paix et d'un calme parfait, mettons en mer la nacelle de l'instruction , et du port des Écritures conduisons-la dans celui de vos attentions bienveillantes. Courage , bien-aimés ! attaquons le sens caché de nos Livres Saints , et philosophons sur le ciel , sur la terre , sur la mer, sur la nature entière. La lecture du jour nous y invite. Mais à quoi bon, direz-vous, parler de la Création? C'est pour nous , mes bien-aimés , d'une grande importance ; car si la grandeur et la beauté des choses créées fait connaître le créateur, plus nous étudierons cette grandeur et cette beauté , plus nous avancerons dans la connaissance de celui qui en est l'auteur. Oui , il importe de se faire des idées

* Prov , c. 1, Y. 9.

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