CHAPITRE X
incertaines > . Ne quittons pas ce qui est solide , pour établir le salut de notre âme sur des considérations vaines et fallacieuses. Restez fidèles aux enseignements reçus, et dites sans cesse : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Viennent Marcion , Manès , ceux qui sont atteints de la folie de Valentinien , vienne tout autre novateur, vous n'avez qu'à leur opposer ces quelques mots. S'ils rient , tenez-les pour des insensés. Leur visage est pâle , leurs yeux sont baissés , ils affectent une grande modestie de langage : que ces apparences ne vous trompent pas ; reconnaissez le loup sous l'enveloppe de la brebis ; haïssez-les d'autant plus , qu'en se montrant doux et pleins de bonté pour leurs compagnons de servitude , ils attaquent avec la fureur de chiens enragés le maître commun de tous les hommes et font au Ciel une guerre implacable. Repoussez loin de vous ce poison mortel, détestez ces funestes bfeuvages, et gardez avec soin ce que vos pères vous ont transmis , la foi et la doctrine des Écritures^ : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. »
Telle est au fond la première homélie, éloquemment terminée par une chaleureuse exhortation à l'aumône.
L'orateur a consacré la seconde à l'homme. 11 en relève la dignité par les termes mêmes dans lesquels sa formation est racontée. Bossuet, dans ses Élévations, s'est visiblement inspiré de Chrysostôme. « Dieu a dit : Faisons l'homme à notre image et ressemblance. Or , je demande d'abord pourquoi ce langage? Pourquoi Dieu , qui , dans la création du ciel , de la lumière , de tout le reste , s'est servi de ce seul mot : Fiai, parle-t-il autrement quand il s'agit de l'homme ? Pourquoi dit-il: Faisons, et tient-il conseil, et délibère-t-il avec un autre lui-même? Quel est donc ce personnage qui, môme avant d'exister, est l'objet de tant de déférence et
* Sap., r. 9, ▼. 14.
3 Chrys., t. i, iervn, 1, in Genei. , p. 648-649.
d'honneur? C'est Thomme , cet être si grand , si admirable , qui , dans la pensée de Dieu , l'emporte sur toute créature ; l'homme pour qui la terre , la mer, toutes les choses visibles ont été faites ; dont Dieu a tant aimé le salut que pour lui il n'a pas épargné son propre fils. Au moment de le créer, Dieu consulte et délibère, non qu'il ait besoin de conseil , mais pour montrer par ces paroles quel prix il attache à cette créature nouvelle... Mais pourquoi, dira-t-on, si l'homme est d'une condition supérieure à celle du monde , est-il créé après le monde ? Précisément , parce que sa condition et sa nature le mettent fort au-dessus du monde. De même que l'empereur , quand il doit arriver dans une ville , est précédé de préfets , de généraux , de gardes , d'une foule de serviteurs , avec la mission de préparer sa demeure et de tout disposer pour lui faire une réception triomphale ; ainsi, à l'entrée de l'homme dans ce monde dont il est roi. Le soleil a précédé , le ciel a couru en avant , la lumière est venue d'abord , toutes choses ont été créées et arrangées, et c'est alors que l'homme a été solennellement introduit dans son royal et magnifique palais > . »
Le saint orateur montre ensuite que dans ces paroles : Faisons C homme. Dieu s'adresse , non pas aux anges , mais à son propre fils ; et il soutient que Timage de Dieu dans l'être humain est le pouvoir reçu par celui-ci de commander à tous les animaux.
Il revient sur cette idée dans le troisième discours , et , rappelant une homélie qui avait dû précéder celle-ci , mais que nous n'avons pas, il dit que les animaux sur lesquels l'homme est appelé à dominer , ce sont ses passions , et qu'il ressemble à Dieu surtout par la pratique de la vertu , quand il imite sa clémence et sa bonté. A l'objection des païens, qui arguaient de mensonge l'écrivain sacré, sous
1 Cbrys., t. 4, p. 652.