CHAPITRE X. S
ténèbres honteoses où elle se complaît , à toates ces coutûmes , fruits de rignorance y restes de l'idolâtrie qui déshonorent encore la société nouvelle , aux folies du cirque , aux obscénités du théâtre , aux orgies des tavernes , pour lui inculquer cette douceur, cet amour du travail, cet esprit de dévoûment , cette dignité de mœurs , ces vertus qui font les vrais chrétiens. Ce genre de popularité , Chrysostôme en avoue Tambition ; mais il ne rachètera ni par une lâcheté ni par une faiblesse. Il lui sacrifiera la rhétorique, le goût quelquefois, jamais la dignité de son ministère, jamais le respect de lui-même; et, tout en exprimant à ce peuple son profond attachement , à cause même de cet attachement , il ne cessera de lui reprocher ses erreurs , d'attaquer ses vices , de lui faire honte de ses penchants. Du reste , ce n'était pas seulement sur l'attrait de sa parole que reposait la popularité de Jean, mais aussi et surtout sur l'estime de son caractère et de ses vertus. Le peuple aimait l'homme plus que l'orateur : il aimait sa franchise , son courage , son noble désintéressement, cette austérité de mœurs unie à la plus parfaite indulgence , son infatigable dévoûment aux souffrances , aux besoins , aux intérêts de ses frères , cette grande charité qui l'avait dépouillé de tous ses biens en faveur des pauvres , et se manifestait tous les jours par de nouveaux bienfaits. Il le voyait à l'œuvre ; il pouvait suivre pas à pas cette existence toute d'amour et d'immolation , et il savait que l'orateur parlant en chaire de sa tendresse pour le peuple ne faisait qu'exprimer le sentiment qui remplissait et inspirait sa vie toute entière. Si donc il n'y eut pas de popularité plus soutenue , c'est qu'il n'en fut jamais de plus pure ; et tout en lui proteste contre cette qualification de démagogue et de tribun qu'on a osé lui donner.
Quant à sa prédication , Chrysostôme en explique volontiers les procédés. S'il se répète souvent, c'est , dit-il , que
«lorsqu'on veut extirper de Tâme une passion qui- s'y est enracinée , il faut du temps et de la peine , et , au lieu de parler un jour ou deux sur le même sujet , y revenir à plusieurs reprises et pendant bien des jours , à moins qu'on ne proche par vanité et pour le plaisir de ceux qui écoutent, non pour leur profit. C'est à cause de cela que je vous ai entretenus plusieurs fois de suite sur les serments , et que je vais en faire autant à propos de la haine ; car, selon moi , la meilleure manière d'instruire est d'insister sur les mêmes vérités , jusqu'à ce que nos paroles aient produit quelque effet. L'orateur qui parle aujourd'hui de l'aumône , demain de la prière , après-demain de la modération , ne fera entrer aucune de ces vertus dans l'âme de ses auditeurs ; mais s'il attend quelque fruit de ses discours , il doit ne pas quitter le sujet qu'il traite avant que ses première»Jnstructions aient pris racine chez eux. Ainsi , les maîtres qui apprennent à lire aux enfants , ne les font passer aux syllabes que quand ils connaissent les lettres ' . » S'il distribue en plusieurs discours les sujets plus étendus, c'est qu'il ne veut pas charger d'un fardeau trop lourd l'attention de son auditoire. «La parole, l'ouïe, tous les sens, dit-il , ont des règles et des bornes qu'on ne peut enfreindre ni franchir impunément. Quoi de plus doux que la lumière! Et cependant si l'œil en soutient l'éclat trop long-temps , il en éprouve de la souffrance. Tant il est vrai que partout l'excès fatigue , tandis que l'usage modéré est aussi agréable qu'utile « ! C'est pour cela que nous cherchons moins à vous dire beaucoup de choses à la fois , qu'à bien graver nos instructions dans votre mémoire ; et , loin de vous verser d'un seul trait la coupe de la doctrine , nous la faisons durer plusieurs jours , laissant reposer votre attention dans les intervalles , afin que les premiers enseignements déposés dans
« Chr)'8., t. i, p. 748.
* /rf., t. i, p. i80.