‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 149 sur 282 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

votre esprit y soient gardés fidèlement , et qoe les nouveaux que nous avons à y mettre soient reçus avec une âme libre et déjà fortifiée < . La pluie qui tombe avec force glisse sur la terre sans la pénétrer ; mais celle qui tombe doucement s'imbibe , comme Thuile , dans ses entrailles et les remplit d'une humidité féconde. Ainsi , je vous distille peu à peu l'Écriture , afin que , semblable à une pluie spirituelle , elle arrive goutte à goutte jusqu'au fond de vos cœurs ^ • >

Si d'ordinaire il fait de trop longs exordes , il en donnera les raisons. « Je parle , dit-il , à une multitude nombreuse » à des hommes qui ont une femme , des enfants , un ménage , qui gagnent leur vie par un travail quotidien , qui sont tout occupés d'intérêts matériels ; et ce qu'il y a de plus fâcheux, ce n'est pas qu'ils soient continuellement occupés, mais nous ne les recevons ici qu'une fois par semaine. Donc , pour leur rendre nos paroles plus faciles à comprendre , nous cherchons par nos exordes à donner plus de clarté à l'enseignement. Celui qui n'a d'autre souci que l'étude des Écritures , n'a besoin ni d'exorde ni de préparation ; il comprend sans efforts tout ce qui se dit. Mais celui qui consacre la plus grande partie de son existence aux affaires du siècle et ne paraît ici que rarement et quelques instants, a besoin de préambules et d'explications qui lui préparent la voie, sinon il se retire sans aucun profit. Un second motif non moins important, c'est que sur un si grand nombre d'auditeurs, les uns viennent habituellement, le3 autres font souvent défaut. Il est donc nécessaire de donner des éloges à ceux qui viennent , de blâmer ceux qui ne viennent pas , afin d'encourager les uns à être plus zélés encore et de pousser les autres à sortir de leur apathie. D'ailleurs, la matière à traiter est quelquefois trop abondante pour être épuisée en un jour , et souvent il faut trois ou quatre expositions

* Chry». , t. 1, p. 736.

sur le même sujet. 11 est donc indispensable de reprendre le second jour ce qu on a dit le premier, afin de rattacher un discours à l'autre et de mettre dans l'enseignement une suite qui le rende plus clair * . »

Aux yeux de Jean , la clarté est la première qualité du discours. On raconte qu'une femme du peuple venue l'entendre, au début de son ministère, sortit du sermon en disant : Voilà des paroles perdues, je n'ai pas compris. Ce mot rapporté au prédicateur ^ fut un trait de lumière ; il ne songea plus qu'à proportionner son langage à ses auditeurs , et courageusement il se dévoua aux reproches qu'on devait lui faire et qu'on lui a faits d'être trop simple et trop populaire ^ .

Mais l'abaissement du talent atteste la grandeur de l'âme. Nous devons ajouter que si simple et si populaire qu'il soit, sa diction reste toujours pure et correcte. Bossuet, donnant des conseils pour la prédication , veut qu'on joigne ensemble comme sujets d'étude S. Augustin et S. Chrysostôme. «L'un, dit- il, élève l'esprit aux grandes et subtiles considérations , et l'autre le ramène et le mesure à la capacité du peuple. Le premier ferait, peut-être, s'il était seul, une manière dédire un peu trop abstraite, et l'autre, trop simple et trop populaire ; non que ni l'un ni l'autre ait ces vices , mais c'est que nous prenons , ordinairement , dans les auteurs ce qu'il y a de plus éminent. Dans S. Augustin, on trouvera toute la doctrine ; dans S. Chrysostôme , l'exhortation, Tincrépation , fa vigueur , la manière de traiter les exemples de l'Écriture et d'en faire valoir tous les mots et toutes les circonstances ^ . . Ses sermons sont les plus beaux qui oous soient restés de l'antiquité «. •

* Chrys., t. 3, p. 120.

'^ Mtlaph, in vil, S. — Baron., ad ann. 386, § 57. > Boss.dans Floquet, t. 2, p. S'il.

* Boss., Écrit, inéd. dans Floq., t. 2, p. 521. & Do88., t. 30, p. 505.

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