‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 15 sur 282 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

amour , c'est son inspiratioD , son éloiiuence , son talent , sa force, sa vie tout entière. On en sent la flamme dans chaciue mot qui sort de sa bouche. L'orateur n'est que Tinterprëte du saint.

L'art de Chrysostôme est de n'en pas avoir. Son discours est l'épanchement de son âme. Tout y est noble et simple, d'un ravissant abandon. Il parle une langue admirable , et il la parle admirablement. Qu'il expose, qu'il discute , qu'il objurgue , qu'il prie , qu'il soit populaire ou sublime , c'est toujours la bouche (for : sa phrase est harmonieuse , sa parole imagée ; mais jamais de tension , jamais d'enflure ni de recherche. Rien n'est donné à l'esprit; tout vient du cœur et s'adresse au cœur. Ce qu'il touche, il le rend lumineux; ce qu'il recommande , il le fait aimer. Les foules charmées demeurent suspendues à ses lèvres des heures entières. On ne se lasse pas de l'entendre. 11 plaît, il éclaire, il touche, il entraîne. Son âme enveloppe et saisit l'auditoire d'une étreinte magnétique , et toute résistance devient impossible. Les juifs, les païens , venus l'écouter par curiosité , s'en retournaient désarmés de toute objection et convertis à l'Évangile. Jamais parole plus attrayante n'impressionna plus profondément.

On l'a dit avec raison : le génie de Chrysostôme tient de Jérusalem et d'Athènes , de Démosthène et d'Isaïe ; il a l'éclat et l'abondance de l'Orient , avec la clarté , le sens positif et pratique de l'Occident. Ses accents, d'une incomparable beauté , tirent un grand prestige de la sainteté de sa vie. Ses vertus sont les plus vives images de ses discours. Mais au fond de ces vertus , les inspirant , les dominant toutes, resplendit la charité. Il semble n'exister que par elle et pour elle , et n'avoir reçu du Ciel la puissance de la parole que pour la célébrer, la propager, pour faire entrer plus avant dans les cœurs et dans les mœurs cette grande loi qui résume tout l'Évangile.

Un monument magnifique a été élevé à la gloire du Christianisme par l'éloquence de Jean. Cependant il ne songeait guère à la postérité. Il n'a pas écrit deux lignes pour elle. Ses œuvres, à très -peu près, ne çont qu'une collection de discours adressés à un peuple ardent et mobile , qui se pressait pour l'entendre , qui aimait à l'applaudir ; discours préparés au jour le jour , suivant l'inspiration des circonstances ou les besoins du moment , tantôt pour signaler une erreur, tantôt pour combattre une superstition , tantôt pour extirper un abus , toujours pour affermir et étendre le règne de l'Évangile sur des âmes trop pleines encore des souvenirs et des sentiments du paganisme. Les formes sévères et savantes de l'écrivain n'y paraissent jamais. C'est un pasteur qui parle à ses ouailles , un père à ses enfants. Mais au milieu de la familiarité touchante , de l'admirable désordre de ces entretiens multipliés , vous voyez se dérouler devant vous , dans toute sa magnificence, l'ensemble de la théologie catholique. S. Mathieu , S. Jean , S. Paul n'ont pas eu de plus solide interprète. La pensée, l'âme de Chrysostôme s'est si bien identifiée à la pensée, à l'âme de S. Paul, qu'on croit entendre l'un en écoutant l'autre , et qu'un peuple enthousiaste de son docteur se plaît à dire que le grand apôtre lui-même visite son disciple , et lui révèle le sens , lui dicte le commentaire de ses écrits ^ .

Mais nous aimons à le signaler de nouveau , celui des enseignements chrétiens auquel le ministère de Jean parait plus spécialement consacré , c'est la charité. Jamais le grand orateur ne fut plus beau qu'en plaidant la cause des pauvres, confondue dans son coeur avec la cause de Jésus-Christ. Prêtre , il s'était dépouillé de l'héritage de ses pères , pour en faire l'héritage des malheureux; évéque, toutes les

^ Brev rom. , ad t1 januarii.

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