‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 16 sur 282 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ressources comme toutes les influences d'une haute position furent employées par lui , avec un zèle incomparable , à développer sur une lai^e échelle , à multiplier sans fin les institutions et les bienfaits de la charité. Il songea quelque temps à l'extinction de Tindigonce , et même à établir , dans la ville fastueuse de Constantin, au milieu des chrétiens divisés et dégénérés de Byzance , quelque chose comme la communauté apostoUque et la fraternité primitive de l'Église de Jérusalem ^ : rêve généreux d'une belle âme , que les conditions de notre existence ici-bas et les vices de notre nature condamnent à n'être qu'un rêve éternel ! Mais toutes les misères du pauvre , toutes ses angoisses , tous ses désespoirs avaient un écho puissant dans ce noble cœur , dans cette bouche éloquente du pontife du Christ , et lui arrachaient des cris de douleur, à faire trembler l'égoïsme et l'orgueil même sur le trône . Disciple d'un maître adoré , dont il fut dit qu'il n'éteindrait pas la mèche fumante et n'arracherait pas le roseau cassé , son discours respire d'ordinaire fa mansuétude et l'onction ; mais à l'aspect des vices insolents , du luxe stérile et cruel d'une société corrompue , son accent s'élève , il gronde comme une tempête ; et l'on serait tenté , à la véhémence , à la sainte audace de ses attaques contre les grands , les riches , les oppresseurs du pauvre , contre la cour elle-même , de l'appeler tribun de la charité, si ces deux mots ne se repoussaient l'un l'autre , et si la parole de Chrysostôme, dans ses plus grands emportements , ne reflétait toujours la douceur de l'Évangile et la sérénité de son âme^ . Il ne fut pas le tribun ; il est le docteur de la charité. Toutefois, reconnaissons -le, la nature lui avait donné la parole et l'âme d'un tribun. II était né pour la lutte. A Athènes , à Rome , sa voix eût rempli le forum , agité la multitude, fait trembler le despotisme. 11 se fût

1 Hom. 9 , m Aet, apost.

2 Hom. 58 , in Gènes. , in fin.

plu aux orages de la liberté , et peut-être se fût-il brisé , lui aussi , à mauier, à gouverner les masses ignorantes et mobiles. Mais la charité avait transfiguré la nature , et d'un tribun du peuple fait un apôtre de Dieu. On ne comprend pas, quels que soient Taveuglement et la fureur de sa haine contre tout ce qui porte le nom de clirétien , que Zozime ait représenté comme une espèce do démagogue un homme à qui sans doute l'éloquence et la vertu avaient donné une grande puissance sur le peuple, mais dont la puissance ne fut jamais qu'au service de la vérité, de la justice, de la charité.

Avec cette flamme divine de la charité , vous respirez partout dans les œuvres de Jean un sentiment profond et puissant de la dignité humaine. Le cloître couvrait encore de ses ombres et de son silence le nom fatal de Pelage : le naturalisme impie de Thérésiarque n'effrayait pas la foi de rÉgiise , et rien n'obligeait les docteurs catholiques à défendre plus spécialement les dogmes universellement respectés de la déchéance et de la grâce. Au contraire, les sombres doctrines de Manès, bien que proscrites et contraintes de se cacher , ne comptaient que trop d'adeptes et de fauteurs. Leur influence ressentie au-delà même du cercle de leurs partisans , et les restes vivaces des vieilles croyances païennes à la fortune et au destin , poussaient à l'abandon d'elles-mêmes, à l'insouciance ou au désespoir, une foule d'âmes , abattues déjà sous le poids des malheurs publics , en qui d'ailleurs l'habitude de l'esclavage et la tyrannie de la centralisation romaine avaient singulièrement affaibli tout sentiment de noblesse et de responsabilité personnelle. C'est à peine si , dans ce honteux affaissement , quelquesuns conservaient une vague conscience de leur libre arbitre. C'est pourquoi le saint orateur se plaît à relever si souvent la grandeur et la dignité de la nature humaine , la magnificence des dons qu'il a plu à Dieu de lui conférer, les forces

Page 1