‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 151 sur 282 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

est vivement frappée ; les personnages s'animent , ils agissent, ils parlent; Chrysostôme est l'interprète de leurs sentiments , on plutôt le plus souvent il supplée à la sobriété du récit par d'éloquentes mais confuses additions. Des plus simples détails il fait jaillir une lumière inattendue ; du moindre mot il tire un enseignement. Le récit primitif , simple et nu , disparaît sous les éclatants ornements dont il le couvre. Mais toute digression a son but. Job est oublié, Lazare est oublié, S. Jean -Baptiste est oublié, mais les auditeurs ne le sont pas. C'est pour venir à eux qu'il a quitté ces patriarches et ces saints. 11 n'est plus dans les temps antiques, au berceau du monde, sur les rives du Jourdain, à la cour d'Hérode. On le sent auprès de soi; sa parole vibrante , émue, ironique ou terrible, pénètre avant dans le cœur. Il a cessé d'expliquer, il prêche; ce n'est plus le commentateur qu'on entend , c'est le moraliste passionné , c'est l'orateur, c'est l'apôtre « . »

Dans son admirable tableau de l'éloquence chrétienne au iv^ siècle , M.Villemain apprécie avec autant d'élévation que de justesse la manière de notre Saint. « La prédication de Chrysostôme , dit-il , savante mais populaire , saisit presque toujours ses auditeurs par des images présentes et liées aux incidents de leur vie. Attentif à tout ce qui peut émouvoir ou distraire Antioche , il est un conseiller public pour la ville , en même temps qu'un guide et un consolateur pour chaque âme fidèle : de là s'est formée une nature d'éloquence et de pouvoir dont le génie même de nos grands orateurs du XVII® siècle ne peut donner l'idée. Plus courtes et moins habilement composées que leurs sermons , les homélies du prêtre d' Antioche n'ont en rien la méthode puissante , le raisonnement profond et serré de Bourdaloue ; elles n'avancent pas dans un ordre régulier, par des divisions subtiles

I Paul Albert, Thèse sur S. Jean Chrys.. p. 176 et guÎT.

exactement suivies , vers la démonstration complète d'une vérité de morale ou de foi. Non , Fimagination de l'orateur chrétien de Grèce et d'Asie veut rester plus libre. Sa parole a plus d'effusion ; il ne saurait l'assujettir à cette lente dialectique ; il croit trop vivement pour avoir besoin de preuves ; il aime avec trop d'ardeur son Dieu et son Église pour raisonner si patiemment. N'est-il pas d'ailleurs encore tout inspiré de l'enthousiasme des premiers jours, et comme rayonnant de leur lumière , à peu de distance du berceau miraculeux de la foi , dans la ville où elle a pris son nom ? p^'est-ce pas d'Antioche qu'est parti , dans le premier siècle, l'éloquent martyr qui vint chercher les lions du cirque à Rome et jouir de leurs morsures? Et ses restes rapportés , du temps de Ghrysostôme^ dans sa ville natale, n'ont-ils pas, traversant comme en triomphe les foules chrétiennes d'Asie , ressuscité l'âge héroïque de l'Église encore si récent, et ranimé toute la ferveur de sa foi naïve? Enfin, près d'Antioche , . . . l'idolâtrie vaincue ne garde-t-elle pas encore dans le temple et les bocages de Daphné les dernières hontes de son antique corruption , comme pour faire éclater par le contraste la sainte pureté du culte nouveau ?

» Tout permet donc à Chrysostôme plus d'ardeur que de logique , plus d'images que d'arguments ; il émeut ; il passionne , il attendrit des âmes d'avance convaincues , et qui , dans les tremblements de terre de leurs villes d'Asie , croyaient entendre encore la voix prolongée des miracles du premier siècle. Devant celle foi vive, l'orateur n'a pointa démontrer le dogme , mais il célèbre et inspire la vertu. Pour cela, il est familier, persuasif, en intelligence avec ses auditeurs. Il leur parle de tout ce qui les occupe : tantôt il se loue de leur pieuse attention , de leurs larmes plus précieuses pour lui que leurs éloges ; tantôt il se plaint de leur froideur, de leurs fréquentes absences et des distractions que leur donne le théâtre. 11 les suit de ses inquié-

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