‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 152 sur 282 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tudes hors de l'église ; il pressent leurs fautes » dont ni ses paroles ni leur ancien repentir ne les préserveront ; il soutient leur courage et les rappelle à lui, dussent -ils faillir encore. On ne peut se figurer l'intérêt puissant et pathétique de ce dialogue entre une âme charitable et forte et tant d'âmes faibles , mobiles , que la passion , le préjugé, l'habitude disputaient à leur propre conviction et à la main de leur guide cvangélique. C'est à la fois l'action de la tribune populaire et du confessionnal ; c'est le forum et le sanctuaire, l'union de ce qu'il y a de plus élevé dans la parole oratoire, do plus pénétrant et de plus intime dans la direction secrète des consciences et des cœurs * . »

Aux grandes qualités qui font l'orateur, Chrysostôme joignait une science profonde de l'Écriture. Jeune , il l'avait étudiée sous Mélèce , puis sous Diodore et Cartérius. Plus tard , pendant six ans , au désert , il n'eut dans ses mains d'autre livre que la Bible ; il ne s'occupa d'autre chose que du texte sacré. Lu et relu , appris par cœur mot pour mot, il fut jusqu'à la fin de ses jours l'objet constant de ses méditations. Disciple de l'école d'Antioche, Jean ne repoussait pas la lumière qui lui venait d'ailleurs , et n'était étranger à aucun des travaux célèbres des écoles de Césarée, d'Édesse, d'Alexandrie. II avait étudié Eusèbe d'Émèse ^ , était pénétré d'admiration pour S. Athanase , et connaissait Origène , auquel il fait de fréquents emprunts sans le nommer. En un mot , il possédait à fond les saints livres , et se les était tellement appropriés et assimilés , qu'ils étaient devenus le fond même de son esprit et comme sa substance intellectuelle. « Nul orateur chrétien , dit encore Téminent écrivain cité tout-à-I'heure , ne fut plus pénétré de l'Écriture-Sainte, plus coloré de ses feux, plus empreint de

I ViUero., Tabl. de l'éloq. chrét., p. 179 et suiv. ^ S. Hier., de vit. iUustr.

303 S. JEAN CHRYSOSTOHE.

son génie ^ > De là , le charmé sacré , ToncUon puissante de son langage. On éprouvait , en Tentendant , comme les pèlerins d'Emmaiis dans la conversation du divin Maître , je ne sais quelle chaleur douce et sainte qui devenait lumière dans Fesprit et vertu dans le cœur : c'est l'impression qu'il produit encore aujourd'hui quand on le lit. On sent la parole de Dieu sous sa parole , et il est impossible de ne pas admirer avec le Bréviaire Romain la piété et la splendeur de ses discours et de ses écrits, surtout sa manière d'interpréter les saints livres et d'en exposer le sens > . Fénelon avait raison quand il disait que sur l'explication de l'Écriture on ne peut mieux faire que d'imiter la solidité de S. Chrysostôme 3. Ses œuvres, en effet, forment le commentaire le plus sûr, le plus beau , le plus complet du Nouveau-Testament et d'une grande partie de la Bible. Et l'Église , le jour de la fête de S. Jean Chrysostôme , remercie le Seigneur de ravoir glorifiée par les vertus et les enseignements de ce grand pontife.

Sans s'astreindre à écrire ses discours , Jean , quand la chose était possible, n'abordait la chaire qu'après de sérieuses méditations. Toutefois, les circonstances l'obligeaient souvent à parler sans préparation , et sa parole improvisée n'en avait que plus de chaleur et de mouvement. Elle coulait de sa bouche , dit un ancien , avec plus d'abondance que les cataractes du Nil «. Des notaires ou sténographes recueillaient le discours à mesure qu'il était prononcé ; puis on présentait ce travail à l'orateur, qui le revoyait et quelquefois le publiait. C'est ainsi que furent éditées entre autres les belles homélies sur S. Jean et sur S. Mathieu «.

< Vinem., Tabl., etc., p. 1b4.

^ Brev. Rom.f tijanuar.

5 Fénel., t. 21, p. 118.

4 Suid., t'fi verb, Joann.

6 Chryt., Aom. 7, in 1 ad Corinth,, 1. 10, p. 53.— Slilt., t. 4. Sept. , p. 488.

Page 1