CHAPITRE ONZIÈME
Jean controversîste. — Les Anoméens. — L'Âriaoisme. — Semi-Ariens. — Doctrine d^Eunomius. — Sa position dans la secte. •— Ses antagonistas.
— Anoméens à Ântioche. *- Gontroycrse de Jean avec les Anoméens. — Deux natures et deux volontés en Jésus-Christ. —Vision intuitive de Dieu.
— Charité de Jean. — Efficacité de la prière publique. — Affluence et applaudissements aux discours de Chrysoslôme. -— Juifs à Antioche. — Chrétiens judaisanls. — Polémique de Jean contre les Juifs. — Caractère et portée de celle polémique. — Livre de la divinité de Jésus-Christ contre les Juifs et les Gentils. — Accomplissement des prophéties.— Établissement du Christianisme. — Tentative impuissante de Julien pour rebâtir le temple des Juifs. — Glorification de la Croix. — Signe et représentation de la Croix partout. — Travaux de Jean à cette époque* — Panégyriques de S. Mélèce, de S. Philogone et autres. — S. Lucien. — Fête de Noël. — Témoignage sur la présence réelle. •— Schisme d*Antioche.
— Sermon sur Tanathème.
On a voulu distinguer, étudier séparément dans Chrysostôme le controversiste , Texégète, l'orateur. Mais évidemment Texégète et l'orateur absorbent le controversiste. Ce n'est pas qu'il manquât des qualités nécessaires à la controverse. Cet heureux génie, souple et riche, possédait d'infinies ressources et prenait sans effort tous les tons. Mais , apôtre du peuple , il est tout à lui , et il regarde comme un faux emploi de ses facultés tout ce qui n'a pas pour objet immédiat l'instruction et l'amélioration du peuple. Ne cherchez pas son talent hors de cet orbite : les besoins intellectuels , l'intérêt moral du peuple sont la limite de son essor. Prêtre d' Antioche, évêque de Constantinople , de nombreux devoirs , de grandes sollicitudes pèsent sur sa pensée et l'empêchent de se déployer librement : il agit et il parle , ou , s'il écrit parfois , sa plume a la rapidité de
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l'improvisation. Sans doute, on rencontre dans ses Homélies quelques attaques contre le polythéisme et la philosophie , et il a consacré un petit nombre de discours à combattre les Anoméens et les Juifs ; mais sa controverse a toujours lieu devant le peuple , et ne dépasse jamais la portée d'intelligence et d'attention qu'on peut demander au peuple. Vous n'y trouverez ni une critique bien sûre, ni une argumentation bien savante , ni la sévère précision du langage philosophique, ni conception profonde, ni vues d'ensemble, ni le vol soutenu de la haute théologie. Il faut , à ce David de la tribune , une armure légère , et la fronde plutôt que le glaive. De vives et brillantes escarmouches, voilà sa polémique. Les combats en règle, les discussions suivies lui déplaisent. Il dédaigne trop ses adversaires pour les traiter sérieusement. Hérétiques ou philosophes ne sont à ses yeux que des ennemis vaincus : il célèbre leur défaite ; il rabat leur orgueil ; il ne descend guère à les réfuter. Que lui importent leurs raisonnements subtils et compliqués? Contre leurs sophismes , il a les saints livres , et c'est assez. Prouver le dogme , c'est l'affaibUr : il l'affirme , et son affirmation tient lieu de démonstration. Quelquefois il se contente de lancer une ironie , de pousser un cri de victoire , de faire à grands traits un tableau des rapides progrès de l'Évangile. L'exactitude chronologique l'inquiète peu. Si, de temps à autre, il croit devoir opposer des arguments à des arguments , les siens sont toujours d'une simplicité élémentaire. Pourvu que l'auditoire comprenne, il est satisfait. Les dissidents qui viennent l'écouter ne sont ni plus instruits ni plus exigeants que le gros des fidèles ; et il n'a qu'à leur tendre la main de la charité pour les ramener à la vérité.
Telle est , si on peut l'appeler de ce nom , la controverse de Chrysostôme. Vous aurez à admirer le pieux et savant exégète, le grand, le puissant orateur, qui plaît, qui émeut,