CHAPITRE XI. 5i
Mais , répliquait le hardi dogroatisear, non-seulement la coexistence de plusieurs personnes en Dieu , mais celle de plusieurs attributs , est une négation de la simplicité divine. La bonté, la justice, la sagesse ne sont que Fessence divine considérée sous divers aspects, des noms divers donnés à la même essence selon ses rapports avec les objets extérieurs. Dieu n'a ni propriétés ni forme*. A l'objection que , la substance divine étant infinie , nul ne peut dire qu'elle ne renferme pas en effet des principes divers qui ne soient ni des substances ni des parties de substance, et que, pour oser le dire, il faudrait connaître parfaitement l'essence de l'Être absolu: il répondait que Dieu peut être compris par la raison comme il se comprend lui-même, et que c'est se montrer indigne du nom de chrétien que de professer l'impossibilité de connaître la nature divine et la manière dont le Fils a été engendré 2. En vain, disait'il , le Seigneur a été nommé la porte, si personne ne peut entrer ni arriver à l'intuition du Père ; en vain il est appelé la voie , s'il n'ouvre pas à qui le désire une issue vers Dieu ; en vain on a prétendu qu'il était la lumière, s'il ne manifeste pas à l'intelligence et le Très-Haut et lui 3.
Eunomius allait plus loin: il regardait comme insuffisante la révélation de Dieu par le monde et par le créateur du monde , et voulait que la raison du croyant s'élevât au-dessus de la création , au-dessus même du Fils , pour connaître en elle-même, immédiatement, l'essence divine. Sans doute le Verbe créateur est l'intermédiaire de notre connaissance, puisqu'il nous a créés , qu'il a créé la lumière , Ta communiquée à ses disciples , et qu'il est la lumière véritable qui éclaire tout homme dans le monde ; mais par - delà cette lumière , si véritable qu'elle soit , il y a la lumière inacces-
* Eunom., apol. 11.
2 Gr. Nyss., cont, Eunom, 11.
s Ibid. 10. — Riiter., Hisl. delà phil. chréi., t. 2, p. 59
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sible du Père que rieD de créé ne doob apporte. Les choses temporaires nous révèlent la volonté , l'énergie , non ressemé de Dieu ; le phénoménal, non TétemeL Les noms même des choses, quoique plus anciens que les choses, quoique exprimant ridée ou l'essence des choses, ne peuvent dévoiler à nos yeux la simplicité éternelle et absolue de Dieu, antérieure et supérieure à toute dénomination. C'est donc le devoir de la raison pure, de monter plus haut que tous les êtres sensibles et intelligibles , et , sans s'arrêter même à la procession du Fils, d'aspirer directement à la connaissance du premier Être , non dans ses énergies , mais dans son essence * . Car cette connaissance immédiate et parfaite de Dieu n'est pas réservée exclusivement à la vie future : c'est un problème que l'homme peut et doit résoudre dès la vie présente ^ , Ce qu'Eunomius formulait par cette incroyable assertion : « Dieu ne sait de sa propre substance rien de plus que nous ; nous en avons une connaissance aussi claire que lui ; ce que nous en savons, il le sait ; ce qu'il en sait, nous le trouvons immuable en nous >. »
Cette prétention est si étrange , que des théologiens catholiques ont cru « qu'elle avait été faussement attribuée à l'hérésiarque par ses adversaires, entraînés au-delà d'une exacte appréciation par l'ardeur de la polémique. Mais outre les témoignages formels de S. Épiphane, de S. Grégoire de Nysse, de S. Jérôme », outre que Socrate cite les propres paroles d*Eunomius , ce qui nous reste des écrits de celui-ci ne permet pas le doute sur ce point. Il est vrai qu'on trouve chez lui ces deux propositions qui semblent
I Ritter. , Hist., de la pbil chrël., p. 69 et 70. -^ Gr. Nyis., aév- Eun^m. 12. — Eunom., apol. 20.
« Ritter., iWd., p. 60 et 61,
* Socr. , 1. 4, c. 7.
^ Vasquez , in 1 part, difput. 37, c. 3.
s S. Epiph. Hier. 76. — Greg. Nyss., loo, ctl. H. — Hieron. m e, 11 5. Math. — Nat, Alex., Hiat. ecd., t. 4, p. 53.