CHAPITRE XI. 31 Q
se Dîer Tune l'autre : Dieu peut être parfutement connu par la raison pure ; — Dieu ne peut être connu par Tbomme , il est inexprimable. — Mais on Ta remarqué à bon droit, Ëuno* mius distinguait en nous une double connaissance de Dieu : Tune qui vient de l'Être lui-même , fournie par la raison pure; l'autre qui a pour intermédiaires les 6i\ergies, les œuvres. Il les sépare strictement l'une de l'autre. Rejetant la méthode ordinaire qui consiste à s'élever, au moyen de l'analogie , de l'œuvre à l'ouvrier , du monde créé à la puissance créatrice et à l'essence divine dont la notion , malgré les lumières de la foi , reste toujours imparfaite , il ne laisse subsister, comme satisfaisante, que la connaissance immédiate de Dieu, et il déclare que celle-ci, dans toute son étendue, est au pouvoir de la raison pure >.
Eunomius, du reste, avait conquis sa haute position dans la secte , par son zèle ultra-nectaire et son importance vaniteuse , autant que par son talent et sa réputation de savoir. Sorti on ne sait d'où, il s était attaché , après une jeunesse humiliée et orageuse, à Aëlius, et avait appris de lui l'art de torturer la parole et de manier le sophisme. Peu versé dans les lettres saintes , peu dans les profanes , il s'était occupé de spéculalious philosophiques et en possédait assez bien la langue ; mais , malgré ses grandes prétentions et ses airs de haute portée intellectuelle, il n'avait rien de large dans l'esprit , aucune vue supérieure , aucune puissance réelle de synthèse. C'était un homme plein de luimême , beau parleur, argumentateur infatigable , se faisant écouter avec plaisir quoiqu'ayant un défaut de langue , mais chargeant son discours de plus de mots que de choses. Sa taille, son geste, ses traits ajoutaient au prestige de sa parole. Quelques taches sur son visage, signalées par les CathoUques comme des traces de lèpre , relevaient sa beauté
> Ritter., Hitt. de la phil. chrét., p. 64.— Greg. Nyss., aiti.Eun&m. 12.
5f0 S. JEAN GHRYSOSTOME.
aux yeux de ses fanatiques admirateurs. La secte le mettait en avant comme son plus grand orateur et estimait ses écrits à régal des évangiles. Les deux ouvrages que nous avons de lui ' , les fragments qui nous restent des autres , font peu regretter ce qui s est perdu, et nous le présentent comme un écrivain pesant , confus , aspirant à la profondeur et n'arrivant qu'à Tobscurité». Il acheva plutôt qu'il ne vivifia TArianisme.
Sa réputation d'éloquence était telle dans le parti , que les Ariens de Constantinople , l'ayant appelé à Calcédoine sur la côte d'Asie , en face de la ville impériale interdite à leurs réunions , une foule de gens traversaient la mer pour aller l'entendre. On exaltait en tous lieux et au-dessus de tout son esprit et le charme de sa parole. La secte se flatta , qu'ému de ses éloges, Théodose lui-même serait curieux de connaître un orateur si renommé, et qu'ainsi TArianisme pourrait se montrer de nouveau avec quelque faveur dans celte ville des Césars où il avait si long-temps régné. L'impératrice Flacilla, qui joignait les plus hautes vertus à la foi la plus pure , déjoua ces espérances et détourna l'empereur d'une démarche qui l'eût mis en contradiction avec lui-même : Eunomius reçut l'ordre de quitter Calcédoine, et il fut enjoint aux Ariens de n'avoir plus à se réunir ni à la ville ni à la campagne 3.
Du reste, l'audacieux novateur attaquait le système d'Arius presque autant que la doctrine catholique. H disait que le Saint-Esprit est la créature du Fils, comme le Fils celle du Père , et faisait rebaptiser tous ceux qui venaient à lui, qu'ils vinssent de l'arianisme ou de l'orthodoxie. 11 baptisait par une seule immersion , tantôt au nom de
' L*Apologie, et la Connaissance de la Foi. On a perdu, entre autres, sept livres de commentaires sur TépUre aux Romains.
^ Socr., 1. 4, c. 7. — Sozom., 1. 6, c. 27. — Philost., î. 10, c. 6. — s. Hier. adv. rtgi/., t. 4, ait. p. 285. — Tillem., t. 6, p. 510.
' Sosom., ibid»